D&D n°769 – Brutal mais sympathique

 

« Le Bâtard de Kosigan I. L’ombre du pouvoir » de Fabien Cerutti

D’habitude, je goûte moyennement la fantasy moyenâgeuse à la GRR ou à la Gentle qui n’en finit jamais. Mais, vous me connaissez, j’essaye de rester ouvert d’esprit. Alors – la faute à Pascal Godbillon – je tente ce Prix des Imaginales et des lycéens 2015. Eh ben, je me suis fait avoir. C’est prenant et bien enlevé. On ne s’ennuie pas et on est souvent surpris au détour d’un chapitre.

J’ai malgré tout été gêné par la deuxième trame narrative et épistolaire. Contrairement aux aventures impossibles du quasi invincible chevalier mercenaire dans une Champagne uchronique du XIVe siècle, elle concerne son héritier à la fin du XIXe. Sans doute est-ce aussi une façon de pousser le lecteur à acquérir la suite ?

Bon, encore un du microcosme, mais, pas comme d’autres plus en vue, celui-là a mérité ses prix, à mon mauvais goût et humble avis.

D&D n°768 – De retour de grognonerie

 

« F.E.L.I.N.E. » d’Arnauld Pontier

Bien aimées lectrices et honorables lecteurs, mes expériences récentes de lecture furent décevantes, voire pénibles. Comme les auteurs essayés sont de gentilles personnes du microcosme de la SFFFF, conformément aux engagements que j’ai pris avec moi-même, je n’en dirai mot.

Par contre, je peux causer de ce bouquin que je viens de terminer sans déplaisir. Il s’inscrit dans la tradition de la SF de papa, des space-op’ où on se déplace d’un bout à l’autre de la galaxie sans souci avec le temps ni la relativité. Pour changer, c’est une héroïne, un peu à la Barbarella, qui dispose de superpouvoirs et ne déteste pas les parties de jambes en l’air. Elle fait aussi un peu James Bond avec permis de tuer les ennemis de son Superviseur, une de ces IA qui font la pluie et le beau temps dans la galaxie.

Mais ces « déviants » qu’elle doit éliminer sont-ils vraiment les méchants ? Ils prétendent vouloir reconquérir la liberté que la machine a confisquée aux hommes et aux autres peuples humanoïdes. Et elle-même, avec sa capacité extraordinaire à se déplacer plus vite que le temps, est-elle aussi une machine ? Notre héroïne trouvera une partie des réponses après moult aventures, tribulations, combats, trahisons et retournements de situations. Distrayant, sans prise de tête et d’une longueur optimale (181 pages).

D&D n°767 – Pour changer

 

« 52 plus belles couvertures de Rivière Blanche »

Ce bifton ne parlera pas de romans (je souffre en lisant, actuellement) ni de séries télé (les bonnes sont en cours de saison) mais d’illustrations.

Rivière Blanche, ce petit éditeur (qui ne gagne pas de sous mais à être connu), se fait un plaisir qu’il partage pour pas cher avec ses fidèles lecteurs, qui ont eux-mêmes choisi ce best of.

Il y a de tout comme inspirations, comme styles et comme nationalités des artistes. Et il n’y a pas que du sous-Brantonne (gaffe à la couv’ des couv’) mais des genres très variés, du space-op au fantastique, ou au steampunk, de l’horreur à la féérie fantasique.

Mon pote Hervé, qui publie là-bas, a une de ses couv’ classée onzième préférée. Merci Stephan Martinière, dit-il, reconnaissant.

Que serait un roman de gare sans couv’ qui claque ? Hein ? Confondu avec de la blanche à la Gallimard ? Nan, c’est pas possib’, j’y crois pô, répond l’autre.

D&D n°766 – Du mauvais goût

 

« Le dernier château et autres crimes » de Jack Vance

Depuis le début de ces biftons, en mars 2006, j’ai prévenu que j’avais un goût que beaucoup allaient trouver mauvais, rarement en phase avec ceux qui savent, éditent et glosent, ceux des connaisseurs et érudits en SF. Ce qui m’a valu, malgré ces avertissements liminaires, moult rejets et ruptures d’amicalitude. Mais on ne se refait pas, surtout à mon âge avancé.

J’ai lu quelques Jack Vance avec plaisir, il y a longtemps, les cycles de Tshaï en CLA et de Lyonnesse en Pocket. Depuis, j’ai souvent été déçu. Eh ben ça continue.

Dans ce bouquin il y a quatre romans courts ou novellas, censés flirter avec le genre policier, comme expliqué savamment par la préface. Soit c’est mal traduit, ce qui semble peu probable puisqu’ils s’y sont mis à trois par texte, soit c’est mal écrit. Les phrases trop courtes sont bourrées de noms impossibles à mémoriser.

Les histoires (j’en ai fini deux parce que c’est bref) sont basées sur une idée et un monde à la Vance, avec des peuples bizarres et une zoologie ou une botanique bien particulière. Dans Les maisons d’Izhm, des arbres produisent des maisons très recherchées, ce qu’un innocent vindicatif va apprendre à ses dépens. Il y a un peu d’humour et une chute qui se veut drôle. Mais je me suis ennuyé. La deuxième histoire, Alice et la cité, n’a aucun sens ni fond, sauf qu’une belle richarde se joue de truands. J’ai essayé les premières pages des deux autres novellas mais non, la prose de Jack m’est indigeste. Et ce malgré l’humour (que j’espère volontaire).

D&D n°765 – Long, lent et circonstanciel


« Akiloë ou le souffle de la forêt » de Philippe Curval
Par un étrange hasard, au moment où la Guyane s’embrasait et faisait sa grève générale, je commençais ce bouquin qui trainait depuis longtemps dans ma bibal de « à lire ».
Vu les circonstances, je me suis forcé à aller au bout. Parce que ce fut long. Pas difficile, le verbe est beau, fort et précis, mais ce n’est pas un thriller. On s’arrête facilement.
Le roman raconte la vie d’un Indien warana de l’Amazonie guyanaise, orphelin de père puis de mère en bas âge dans sa forêt, recueilli d’abord par une institurice et son mari gendarme du village « civilisé » voisin, puis par un physicien polonais, devenu restaurateur dans un trou non loin de Cayenne, qui adoptera cet adolescent. Quand ce père adoptif meurt à son tour, il entre à la Légion comme sportif et devient recordman du monde de saut à la perche. Il finira astronaute. Deux ou trois femmes feront son éducation sexuelle et amoureuse.
Ce n’est ni de la science-fiction ni du fantastique, c’est le parcours physique mais surtout intellectuel d’un sauvage amérindien, ses croyances, ses découvertes, ses évolutions intellectuelles, morales et émotionnelles. C’est original mais on se demande tout le temps comment l’auteur a pu se mettre à la place de son drôle de héros et nous inventer ses modes de pensée.

D&D n°764 – Londres en couleurs

 

« Capital » (« Main basse sur Pepys Road ») (2015), minisérie de la BBC d’après le roman de John Lanchester

Le capital du titre se réfère à Londres, pas à Karl Marx. Les habitants d’une rue reçoivent des cartes postales avec dessus un étrange message inquiétant « We want what you have ». C’est l’occasion de portraits assez formidables et drôles des londoniens ordinaires : un banquier surfriqué, une vieille dame seule, un épicier pakistanais, une fille au pair hongroise, un ouvrier du bâtiment polonais, une contractuelle réfugiée clandestine du Zimbawé … Plus leurs familles, leurs gosses et leurs amis. Il y a aussi un flic chargé de l’enquête.

En quelques mois tout ce petit monde va être bouleversé et les choses finiront bien, mais pas pour tout le monde. C’est sympathique, remarquablement joué (pas comme dans les séries prétentiardes et nulles de France 2) et, cerise sur le cake, les flics n’ont pas le beau rôle.

Vu la date de la première courte saison, je crains qu’il n’y en ait pas de deuxième. Dommage.

D&D n°763 – La magie à vapeur subtile

 

« Le Paris des Merveilles. II. L’élixir d’oubli » de Pierre Pevel

Sans doute passe-je par une période de bonne humeur, histoire de contrarier mon pseudo, mais j’ai lu avec avidité et plaisir ce tome II, peu après le tome I.

Sur une autre trilogie de l’auteur, façon mousquetaires et dragons, j’avais calé au milieu de deuxième volet. Mais là, pas du tout, les aventures extraordinaires du mage Griffont et de la belle enchanteresse Isabel m’ont tenu en haleine, le sourire aux lèvres, tout du long.  Je ne comprends pas vraiment pourquoi mais le fait est. L’élégance des personnages, d’esprit comme de costumes, s’accorde parfaitement avec le style à l’ancienne mais pas trop qui sait rester léger et alerte.

On y rencontre,  steampunk oblige, des personnages célèbres comme Lupin et Lord Dunsany en ce début de XXe siècle, ou  Cartouche dans le long flashback au XVIIIe, et même Merlin ! Mais ils apparaissent presque naturellement dans l’histoire, sans aucune lourdeur.

Alors non, il n’y a pas plus de message philosophique ou moral dans cette trilogie que dans la précédente mais cette fois je n’en ai pas éprouvé le manque. La légèreté et l’élégance seraient-elles des remèdes à la mélancolie ?