D&D n°710 – Sale gosse.

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« Un Vampire au Pont du Diable » de Colette Vlérik

Avec mes sages résolutions de ne plus dire du mal des écrivains français, je n’ai plus grand-chose à vous raconter. Je laisse tomber environ trois bouquins sur quatre, à la page 20 ou 150, mais je ne finis pas, même pas en diagonale. Pourquoi m’ennuyer quand j’ai tant à lire ou à relire ? Hein ?

Je vous ai déjà causé de Colette, puisque je la lis volontiers,  dont un rompol sans cadavre. Là, bien que dans la même collection, toujours en Bretagne dans un milieu petit bourgeois, va  y avoir du drame familial !

Dès son plus jeune âge, Sébastien est insupportable, capricieux, antipathique, mais intelligent. La décision qui va orienter son existence, il la prend à la naissance de son petit frêre, vers 4-5 ans, quand ses parents déménagent en Bretagne. On suit alors l’évolution de son projet monstrueux de meurtres de membres de sa famille pour garder sa maison d’enfance. On peut penser aux histoires de Gudule, mais le style et l’ambiance sont fort différents.

C’est prenant (genre thriller haletant mais en restant soft), bien qu’on sache ce qui va arriver, à travers les pensées de Sébastien gamin, pré ado, ado et adulte, mais aussi avec le journal d’une écrivaine amie de la famille. La psychologie subtile des différents personnages, dont la grand-mère, fait tout le sel de ce roman.

J’ai fini, donc, parce que le style est simple et efficace, qu’on ne s’ennuie pas, qu’on peut y retrouver des références à Fred Astaire, qu’on y boit du champagne et du whisky, qu’on y mange des petits plats et que, derrière l’horreur des faits, on prend le temps de vivre et d’admirer les roses.

M’est avis que le nombre des années (bientôt fini la sixième décennie – ben oui quand même! -) n’est pas étranger à mes capacités à lire certains trucs avec plaisir alors que d’autres. primés et adulés par nos contemporains, me courent gaiement mais provisorement et non impunément sur le haricot, Toto.

D&D n°709 – Quand il fait froid au Cameroun.

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« La forêt de cristal » de J.G. Ballard

Sans doute avais-je lu ce roman en Présence du Futur mais il ne m’avait pas particulièrement marqué. Je l’ai relu (un demi-siècle environ plus tard) dans sa nouvelle traduction par Michel Pagel [merci au dirlit Pascal de sa tolérance à la bademouderie !] et je reste circonspect.

Je ne vais pas, comme d’aucuns critiques stakhanovistes, vous pondre douze pages expliquant comment et pourquoi ce roman est (en fait presque ?) un chef d’œuvre. Pas mon style.

C’est un roman qui veut faire de la vidéo, ou de la peinture. Enfin, il décrit des images, des situations très cinématographiques avec un paysage d’une beauté à couper le souffle. Malheureusement je n’ai pas les bonnes lunettes 3D, ou mes neurones d’imagination ne se branchent pas très bien. Je comprends les phrases mais elles ne font émerger que quelques images, dont un crocodile en joaillerie et un type courant avec un crucifix en pierres précieuses, mais guère plus.

Le narrateur, médecin de lépreux, désabusé, est une sorte d’anti-héros égotiste à l’extrême. Bon d’accord, il se demande si une non-mort en cristaux ne vaudrait pas mieux que sa petite vie de séducteur à deux balles.

Le roman a beau être « court » (selon les critères d’aujourd’hui qui ne sont pas les miens), une belle idée ne suffit pas pour plus de deux-cent-cinquante pages. On finit par s’ennuyer dans ces descriptions de lumières que l’on ne voit pas, ces scènes d’action comme rajoutées pour dire, ces personnages à la psychologie sommaire.

Chacun ses goûts et, vous êtiez prévenus, les miens sont mauvais.

D&D n°708 – Un traitement intelligent de la singularité.

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« Person of Interest », saison 5 et finale (2016), série créée par Jonathan Nolan

Une de mes séries préférées de ces dernières années se termine. J’en raconte assez dans mes précédents biftons (saison 1, saison 2 et saison 3) pour ne pas recommencer le pitch.

Bien que déçu par la saison 4, j’avais hâte  de retrouver Shaw la belle brune, qui est bien vivante (mais dans quel état !), et Root son amie à demi machine. On est vite happé par la série comme aux meilleurs moments des premières saisons. Evidemment que les choses tourneront mal, mais pas pour tout le monde, heureusement.

Aucune envie de vous dévoiler le dénouement en cascades. Si vous avez apprécié les saisons précédentes vous adorerez cette finale subtile pleine de morale, d’éthique, de philosophie existentielle, de sentiments  amicaux et amoureux.  Le tout sans jamais ennuyer, larmoyer ni prendre la tête. Du grand art.

D&D n°707 – Du complotisme de bon aloi.

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« Manhattan Marilyn » de Philippe Laguerre

Bien connu pour son travail d’éditeur et d’auteur, Philippe Ward (utilisez donc le bouton recherche avec son blaze, bande de cossard(e)s) abandonne son pseudo et signe ce roman de son vrai nom.

Le thriller est la nouvelle forme adoptée par les auteurs d’imaginaire, c.-à-d. de fantastique, fantasy et science-fiction, pour accroître leur lectorat et donc leur retour sur investissement. J’en ai essayé quelques-uns sans accrocher. Celui-là, par contre, est vraiment cool.

Le Philippe est tombé amoureux de la Grosse Pomme, et comme il l’était déjà de Monroe, il nous a concocté un petit mélange goùtu avec sa ville préférée en atmosphère (ça sent le vécu pour un frenchie) et une histoire impossible qui démarre à tombeaux ouverts et ne s’arrête qu’à la fin. C’est, de facto experimento perso, un vrai tourneur de pages où on croise bien sûr l’icône blonde et ses amants, plus ou moins connus, mais on suit surtout une héroine brune qui est un peu son image inversée, un milliardaire sympathique (?) et d’immondes personnages du FBI ou au service d’autres maîtres du monde…

Je ne divulguerai  rien de cet imbroglio. J’avoue m’être fait avoir plusieurs fois au tournant (de la page ! faut suivre !) et le grand secret vaut son pesant d’arachides en suspension.

L’auteur semble partager les idées de son héroïne, ex-militaire et membre actif d’Occupy Wall Street, mais son partenaire milliardaire apparaît aussi fort sympathique.  Concernant les autres,  gentille et méchants,  je vous laisse la surprise.

Malgré quelque petites sentences étranges selon ma sensibilité (un fusil qui emprisonne des munitions ou un canapé qui tend des bras réconfortants) qui ont interrompu (le temps d’un haussement de sourcils) ma lecture quasi compulsive, c’est de la belle et sympathique et intelligente histoire à la fois d’aujourd’hui et en provenance d’un monde parallèle.

Je précise – que vous l’ayez noté zoupa – que ça fait des semaines que tout (particulièrement l’adulé et le primé, genre repris chez FolioSF) me tombait des yeux, des mains et du canapé sans que je dépasse la trentième page. Là, c’est carrément à lire, à mon mauvais goût et ô combien humble avis.

D&D n°706 – Au-delà du pessimisme.

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« Joko fête son anniversaire » de Roland Topor

Un roman court et un coup de poing dans la gueule.

Topor, génie multi-tâches, est aussi à l’aise dans l’écriture que dans le dessin et bien d’autres formes artistiques. Sa vision macabre et profondément originale de l’humanité ne le quitte pas, quand tout se tord et devient monstrueux.

Joko va devenir un porteur de gens, plus horribles et méchants les uns que les autres. Les pires horreurs vont lui arriver. Et ça finit mal, forcément.

Formidable traitement de la méchanceté brute, qui caractérise l’humain.

Incontournable et indispensable, accrochez-vous mais lisez-le !

 

D&D n°705 – Dans la série : héros qui ont passé l’âge…

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« Vengeances » de Colette Vlerik

Y a des périodes comme ça, où ce que vous lisez vous recolle le bourdon, genre les années qui filent et la mort qui rôde et se rapproche.

Ce roman n’y est pour rien, fort sympathique et facile à lire. Mais son héros, ou presque, un certain Léon, a la septentaine bien tassée. Ce qui ne l’empêche pas de retomber amoureux de son amour d’enfance tout en jouant l’aventurier. Même si, contrairement à Dave Robicheux, il boit volontiers du whisky et déteste la violence physique.

Bon, c’est sympathique et très bien vu, psychologiquement parlant. Les autres personnages principaux sont, selon la formule consacrée, bien campés et crédibles. L’histoire réserve des surprises et on a hâte de connaître les réponses. On pourrait donc qualifier ce livre  de thriller, mais d’un genre tranquille. Et pourtant toute l’histoire tient en une semaine. Paradoxal ? Inattendu, plutôt, ce besoin de douceur dans les sentiments et la nécessité de prendre le temps de manger, entre amis si possible.

Au-delà de l’histoire à rebondissements, une philosophie de vie, ou un art de vivre, transparait dans les propos des unes ou des autres, comme l’épilogue beau et triste à la fois.

D&D n°704 – Abracadabrantesque.

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« Le Carnaval aux Corbeaux » de Anthelme Hauchecorne

Votre Riri chéri ou honni lit peu, ces temps. Ainsi va  la vie, imprédictible. Mais, même en lisant doucement, quelques pages après la télé et avant le dodo, comme un pingouin moyen,  j’ai été au bout de ce drôle de roman avec une sorte de délectation proche du gustatif, plutôt éclair au chocolat ou polonaise que madeleine, si vous voyez ce que je veux dire.

Je vous ai déjà causé de ce gars aux drôles de nom et prénom. Je me sens bien avec lui. Il écrit du sombre, du macabre, du terrible, avec une prose à la fois recherchée et vulgaire, prosaïque et poétique, tragique et ironique à la fois. Bref, le monsieur a du style et de l’humour, et ça transpire même dans les  périodes les plus dantesques.

Inutile de pitcher, ce n’est pas vraiment racontable. Dedans il y a plein de trucs mythologiques (matière où je suis d’une innocence crasse) sur la Mort, et tout ce qui peut bien exister entre Elle et nous les vivants. Et ça passe par une sorte de cirque, de carnaval d’automne, d’octobre plus précisément, à la Toussaint, quoi.

Une ambiance, une atmosphère, très lourde et très légère en même temps, et indiscutablement une patte, voire une aile, de corbeau, évidemment.

Vivement et mortellement recommandable.

P.S.: Le livre lui-même est relié en dur et abondamment mais remarquablement illustré.