D&D n°804 – Chez les Frisons

« Comme un rat mort » de J. van de Wetering

Dans les années huitante et nonante du XXe siècle, je prenais souvent le train et j’achetais des poches adaptés au voyage. Je dévorais les 10/18 « Grands Detectives » (Napoléon flic métis du bush australien ou frère Cadfael le bénédictin du Moyen-Âge, entre autres) et les Rivages/Noir : Tony Hillerman, Donald Westake, James Lee Burke, George Chesbro et… Janwillem van de Wetering.

Ses flics d’Amsterdam, de Gier, Gripjstra et le commissaire ont des façons très particulières de mener les enquêtes et c’est encore le cas dans ce roman qui se passe en Frise, une province des Pays-Bas très indépendante. Entre le comique de situation (ils se perdent tout le temps), les personnages impossibles dont des Chinois et une fliquette motarde libérée, les trois policiers philosophent sur tout et rien, de la condition des femmes à la beauté des paysages et de leur métier au concept de culpabilité. L’intrigue policière demeure quand même en fil rouge et réserve, comme il se doit, des surprises, en plus du rat.

Le plaisir de lecture est dans le climat très particulier, l’ambiance décalée qui se dégage des romans de van de Wetering, entre humour et zénitude.

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D&D n°803 – Un post-apo romantique

« Un éclat de givre » d’Estelle Faye

Après l’Apocalypse, au XXIIIe siècle, Paris est toujours là. Mais il a bien changé. La Butte est envahie par une vigne mutante, au Luco pousse un gazon carnivore et, dans la piscine Molitor, s’ébattent des sirènes avec des gènes de piranha. Le Quartier Latin ressemble à ce qu’il était au Moyen-Âge. Quant à Notre-Dame, je vous laisse découvrir.

Et il y a les habitants, des modifiés chirurgicalement aux mutants psys. Chet est chanteuse de jazz la nuit mais le jour c’est un jeune homme qui sait se battre et remplir différentes missions dangereuses. Sa motivation pour parcourir les pires endroits de cette capitale déglinguée, c’est l’amour. Celui qu’il porte à ses amants, en particulier le dernier en date, et celui qui le ronge depuis l’enfance, pour son amie de toujours, mais qui n’est pas partagé.

Dans une course poursuite incessante où il risque sa vie à chaque chapitre, Il va nous faire connaître tous les endroits et tous les personnages de ce Paris-là, manipulé mais motivé par ses sentiments amoureux.

Original et plaisant, une découverte pour le Bademoude que ce roman d’une écrivaine talentueuse.

D&D n°802 – Magie hybride

« Satinka » de Sylvie Miller

En voilà un drôle de bouquin. En Californie, de nos jours, une jeune femme rêve de trains ! Ben oui. Elle serait une sorte de réincarnation physique d’une immigrante irlandaise du XIXe siècle. La première partie du livre, très documentée, nous raconte l’arrivée des visages pâles en Californie, pendant que les ouvriers amenés de Chine construisent la ligne de train qui reliera le Pacifique à l’Atlantique et que l’on massacre les peaux-rouges. C’est ce que vit dans ses visions la jeune femme.

Quand on avance dans cette histoire, enlevée et au style agréable, commencent à apparaître les magies. Car il y en a plusieurs : celle du Clan des Irlandais, celle des Chinois et celle des Amérindiens. La pauvre héroïne a bien du mal à s’y retrouver et à comprendre ce qui lui arrive. Le lecteur aussi parfois qui ne sait trop où il va avec tous ses pouvoirs fabuleux que la petite ne contrôle pas et qui la font voyager dans le temps.

Sans dévoiler la fin optimiste, on sera surpris de tous ces mélanges mais satisfait que, comme le veut la génétique, la vigueur hybride triomphe.

L’objet livre n’est pas à mon (mauvais) gout : relié épais et rouge et avec une couverture un peu « jeunesse » pas très adaptée.

Le site de la dame : https://miller.noirduo.com/

D&D n°801 – Pas mal

« La ménagerie de papier » de Ken Liu

Faut ben combler les trous béants de son inculture SF, hein. On cause beaucoup de l’arrivée des Chinois. Là c’est un mec qui a déboulé de Chine aux USA à dix ans et qui écrit en amerloque. Mais bon.

Les recueils de nouvelles, comme chacun sait, il y a toujours à boire et à manger, du gouleyant et du fadasse. Mis à part un texte qui se veut drôle sur Dieu demandant à un juif chinois de faire un golem, vraiment nul, et quelques trucs un peu prétentieux comme le livre chez diverses espèces, la plupart des textes sont corrects, lisibles, parfois intéressants et originaux.

J’ai été un peu surpris par les nombreuses références au Japon (!) et par un texte de pur polar (garanti sans fantastique) dans la Chine antique. La nouvelle sur les algorithmes de l’amour m’a bien plu mais le dernier sur la singularité ultime était vraiment too much.

Faites-vous votre idée.

D&D n°800 – Confus

« Les enfants de l’Histoire » de Kurt Steiner

Ce petit poche s’était glissé derrière une rangée de gros. Celui-là je ne l’avais jamais lu. Du Steiner, me dis-je, ce doit être bien. Ben pas vraiment.

Au XXIIIe siècle, la Terre, Vénus et Mars ne vivent que de commerce, d’achat et de vente de produits fabriqués dans les colonies lointaines par les enfants qui y sont expédiés à 16 ans. Seuls 1/10 restent sur les trois planètes. Alberg est chasseur de mutants, il gagne ainsi sa vie, mais les mutants veulent sa peau et envoient Iona pour le tuer après l’avoir séduit. Mais l’un et l’autre préfèrent baiser. Bon. Après, le roman est d’une totale confusion où s’affrontent les mutants, les enfants devenus sauvages et rebelles, les hommes naturels adeptes d’un mode de vie à l’ancienne et diverses armées privées ou officielles.

Le faux héros antipathique (tiens, un assassin, ça me rappelle quelque chose) entreprend de manipuler les chefs des factions et c’est l’apocalypse où tout le monde tue tout le monde sans trop savoir pourquoi. Heureusement que le bouquin est court, je ne l’aurais pas fini sinon.

D&D n°799 – Aventures fantastiques

   

« Les habitants du mirage » de Abraham Merritt

Eh oui, encore un tirage aléatoire dans ma collec’ de reliés OPTA des années 70. Comme pour le Carsac, aucun souvenir, même pas une bribe. Pourtant c’est vraiment pas mal pour un truc sorti en 1932.

Un géant blond genre Viking part en expédition scientifique dans le désert de Gobi. Doué pour les langues, il est repéré par des Ouigours qui le prennent pour la réincarnation d’un de leurs anciens rois. Et, bizarrerie de la génétique ou autre explication de cet atavisme, il retrouve des souvenirs et des façons de penser de ce type de l’ancien temps. Dans une vallée secrète, les prêtres l’aident à redevenir celui qui invoque un très méchant dieu, en forme de kraken, et qui exige des sacrifices humains !

De retour dans son monde, il voyage avec un ami cherokee dans le grand Nord. Ils découvrent là encore toute une région, quasi tropicale, sous un mirage. Les habitants, des nains dorés (le Petit Peuple !) emmenés par une beauté brune, sont en conflit avec des Ayjirs, surtout des femmes rousses dont une belle sorcière mais aussi un autre grand costaud méchant et un prêtre sournois qui – vous l’aviez deviné – invoque ce dieu du Vide à tentacules en lui sacrifiant des jeunes filles. Devenant alternativement cet horrible ancêtre puissant ou le gentil grand blond, le narrateur vit des aventures impossibles et combat les unes ou les autres.

Le plus remarquable est la recherche d’explications rationnelles à base de mondes parallèles, et j’ai apprécié ce paragraphe, page 253 : « Et je me dis, alors, que la science et la religion sont vraiment proches parentes , ce qui explique en grande partie pourquoi elles se haïssent si fort, que les hommes de science et de religion sont parfaitement semblables dans leur dogmatisme, leur intolérance, et que chaque âpre bataille religieuse sur telle ou telle interprétation de foi ou de culte a son équivalence dans les batailles scientifiques sur un os ou un rocher. » Bon, après, il tempère et fait l’éloge de « Einstein qui a osé bousculer toutes les conceptions de l’espace et du temps… »

Encore un classique, dont HPL était fan (il me semble), mais qui mérite (hi hi !) lecture.

Les illustrations sont de Michel Desimon, qui fit aussi des couv’ du vieux Fiction et c’est vrai que les dames sont peu vêtues chez Abraham

D&D n°798 – Soucoupes volantes et petits hommes verts

« Ceux de Nulle Part » de Francis Carsac

Meuh non ! Les soucoupes sont des ksills, les vaisseaux des Hiss, des extra-terrestres au sang vert.

L’avantage d’être vieux c’est qu’on peut relire des trucs lus il y a longtemps sans s’en rappeler une ligne. Comme ce que j’achète m’ennuie, je prends un de mes vieux CLA au hasard. Celui-là (deux romans de Carsac) est préfacé par Jacques Bergier et illustré par ? Moebius ! Mais franchement on ne dirait pas, tellement cette première manière est loin de ce qu’on connaît du maestro.

Au milieu des fifties, la SF ne se la pétait pas et racontait des histoires pleines d’aventures, de danger et d’amour (interspécifique en l’occurrence). Bon, on ne va pas hurler au chef d’œuvre. C’est sympathique mais ça a vieilli. Même si Bergier s’extasie sur la justesse des hypothèses scientifiques de l’éminent préhistorien (dans la vraie vie) en matière d’astrophysique ( !), le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne comprend pas grand-chose à la biologie avec ses « protoplasmes » identiques entre créatures nées dans des galaxies différentes.

Sinon il y a aussi la religion, multiverselle en l’occurrence, où le Bien et le Mal deviennent Lumière et Ténèbres, les méchants éteignant les étoiles. Et les gentils les rallumant ! De ça j’aurais dû me souvenir !

Bon, faut avoir lu les classiques, hein !