D&D n°792 – De la littérature jeunesse

 

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« Alice automatique » de Jeff Noon

En1996,  Jeff Noon écrit un troisième tome aux aventures d’Alice de Lewis Carroll. Excusez-moi les connaisseurs, experts et érudits, mais je laisse tomber après 30 pages environ.

J’aime beaucoup Noon et je l’ai maintes fois bavassé dans mes biftons, mon pote Hervé aussi. Mais là, soyons clairs, il fait de la littérature jeunesse et, excusez-moi encore, je n’ai plus douze ans depuis trop longtemps.

Dans cette nouvelle trad’, sans doute les jeux de mots sont-ils bien rendus, mais ça reste des jeux de mots pour les nienfants, entraînant des dialogues lourdingues plutôt que drôles. Le non sense ausssi m’a paru artificiel et peu fin. Bref, j’ai pas aimé et c’est la première fois que ça m’arrive avec Jeff.

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D&D n°791 – L’Histoire décalée

 

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« Le Bâtard de Kosigan. II. Le fou prend le roi » de Fabien Cerutti

Oui, je sais, c’est de la fantasy historique moyenâgeuse. Voir mon bifton sur le premier tome. La quatrième de couv’ est, comme d’habitude, imbécile qui compare Cerutti à deux que je n’aime pas, Jaworski   et Gentle. Comme ces derniers vendent bien, ce doit être attractif ? Bref, pour moi, heureusement que les aventures du Bâtard ne ressemblent pas à ce qu’on lit chez ces deux-là.

L’auteur est agrégé d’Histoire alors je le crois quand il raconte le début de la Guerre de Cent Ans. Mais m’est avis qu’il invente tout ce qui concerne la sorcellerie, les méchants elfes noirs, les druides, les ogres et les dragons. Toutes ces « races anciennes » (plutôt des espèces), dont certaines sont intelligentes, ont été éradiquées par l’Inquisition mais il en reste. D’ailleurs, la quasi invincibilité du héros n’est-elle pas due à son sang noir ? Alors de l’Histoire, oui, mais avec des méchants vraiment zarbis (la preuve ? Même les Anglois peuvent être gentils !).

Alors ça ferraille, bastonne et cavalcade sans arrêt. Il y a des blessés et des morts, et même un peu de torture, mais pour le héros qui ne s’en ressent presque plus le lendemain (sang noir, tout ça). Dans ce tome, il n’a pas le temps de culbuter la marquise mais il sauve la jolie dame qui lui rendra la pareille.

Alors c’est bien de la fantasy historique mais ce n’est pas lourd (malgré le nombre de pages), on comprend presque tout le vocabulaire et la plume est alerte.

Il y a toujours cette deuxième trame qui se passe à la fin du XIXe et qui sert de caution « véridique » aux mémoires de Kosigan. Son descendant d’alors aurait-il, lui aussi, un destin ?

D&D n°790 – J’aurais dû me méfier

« Guide de survie pour le voyageur du temps amateur » de Charles Yu

Me méfier d’un titre à rallonge à velléité comique, même si, en amerloque, ce serait plutôt « Comment vivre en sécurité dans un univers science-fictionnel ».

J’arrête donc vers la page 50 parce que je m’ennuie, je ne comprends pas grand-chose (faut dire que le style et la construction…) et ne trouve pas ça drôle du tout. Le narrateur est un pauvre type, bien que très fort en maths et physique, qui répare des machines à voyager dans le temps. C’est remarquable à quel point sa vie et ses pensées ne présentent strictement aucun intérêt. Il y a aussi des graphiques abscons pour illustrer l’incompréhensible.

Comment peut-on éditer un truc pareil ? Parce qu’il a gagné un deuxième prix dans une université du Kansas ?

D&D n°789 – Par monts et par vaux

« Futurs insolites – Laboratoire d’anticipation helvétique », anthologie dirigée par Elena Avdija et Jean-François Thomas

Comme attendu, on n’échappe pas aux clichés associés à la suissitude : élevage bovin, chocolat, secret bancaire, tranquillité, neutralité, ordre et propreté. On y ajoute un nouveau : le pays du suicide assisté. Deux nouvelles, plutôt insipides, s’en inspirent.

Sur quatorze nouvelles, je n’en ai pas fini que deux (ennui et style impossible) et j’en ai apprécié quelques unes : celle de Jean-Marc Ligny, une sorte de spin-off à son remarquable Exodes, celle de François Rouiller, un texte étonnant (de la part d’un pharmacien) sur la mémoire de l’eau, politique, poétique et romantique, celle de Bruno Pochesci, où un train noir emmène vers l’enfer ses passagers et celle de Gulzar Joby, une histoire de géants.

La postface du directeur de La Maison d’Ailleurs est complètement absconse, exemple : « l’articulation syntagmatique des signes textuels génèrent plusieurs virtualités paradigmatiques ».

Sinon, pour un lecteur qui ne goûte guère les anthologies, j’ai été plutôt satisfait du voyage.

D&D n°788 – Interpellé

« La glace et le sel » de José Luis Zàrate

Je vais être honnête, comme d’hab’. J’ai laissé tomber deux fois ce bouquin pourtant très court. Pour des raisons que je vais tenter d’expliquer. C’est Sandrine, une collègue du temps jadis, qui vient d’en causer par là, qui m’a convaincu de le finir.

C’est le capitaine du « Demeter » qui raconte le transport de Dracula et de sa terre maudite de là-bas jusqu’en Angleterre. Une sorte de spin off littéraire vraiment spécial, d’un auteur mexicain !

L’écriture est d’une incroyable puissance lyrique et poétique, tout à fait formidable. Mais plus de la moitié du livre, là où j’ai abandonné deux fois, est d’un érotisme homosexuel torride. Alors oui, on est tous un peu les deux, homo et hétéro, tout ça etc., question de position du curseur, nia nia nia. Mais là, bon, je dois être trop hétéro pour suivre et adhérer au délire du capitaine qui ne fait que ça, rêver de baiser ses hommes d’équipage (il ne peut pas) ou carrément son bateau ! Parce qu’il a trop aimé un autre qui en est mort. Rêves érotiques appuyés et réalité se mélangent pendant toute la longue première partie.

J’ai donc écouté Sandrine et été au bout. Les deuxième et troisième parties sont complètement différentes, le lyrisme fait place à un journal des faits (disparition progressive des membres de l’équipage) puis à une analyse sensible d’une fin annoncée.

Alors à vous de voir, l’écriture est splendide et addictive, l’histoire est un bout méconnu du mythe fondateur de la bitlit eudmerde, le traitement est très original mais parfois difficile à adopter pour un vieux straight.

D&D n°787 – Voilà du nouveau

« Greenland » de Heinrich Steinfest

Du nouveau pour Henri, bien sûr, qui a acheté ce bouquin sur les conseils d’un libraire éclairé (il lui en a acheté d’autres mais qu’il n’a pas pu finir, comme biftonné précédemment). Précisons que, outre mon mauvais goût proverbial, je suis totalement inculte en littérature teutonne.

Ce livre est aux frontières des genres mais ressort plutôt du fantastique, qui se passerait dans un futur proche, c’est donc aussi de la SF. Un gamin de 10 ans voit soudain un store vert qui pend à sa fenêtre et qui est une porte vers un autre monde. Un monde hostile mais il a le courage de s’y rendre pour y sauver une petite fille.
Quarante ans après il est cosmonaute en route pour Mars et il retrouve le store vert dans son vaisseau spatial.

Je n’en dirai pas plus. Le texte change de couleur quand on change de monde (noir ici et vert là-bas) C’est plein de surprises et surtout c’est à la fois noir et léger, dramatique et humoristique. Je n’avais jamais rien lu de pareil et ne peux que vous le recommander chaudement.

La littérature avec de la légèreté dedans, c’est toujours mieux que sans, m’est avis.

D&D n°787 – Un écrivain, un vrai

 

« Une ambition dans le désert » de Albert Cossery

Je réalise que, depuis plus de onze ans que je ponds ces biftons d’humeur souvent maussade, je ne vous ai jamais parlé d’un de mes auteurs préférés, cet Égyptien qui écrit un formidable français.

D’habitude il nous emmène au Caire, celui des années 40  quand il y résidait avant de s’établir à Saint-Germain-des-Prés, où il nous raconte des histoires réalistes et tendres sur les petites gens, misérables en argent mais riches en humanité.

Dans ce roman de 1984, l’histoire ne se déroule pas en Égypte mais dans un émirat fictif du Golfe, Dofa. Nous suivons Samankar, un libertaire qui aime sa vie paisible faite d’amour, de fête, de haschich, de musique et de philosophie et rigolade avec ses amis, quand des bombes artisanales se mettent à exploser et à perturber la vie simple de ce pays épargné par l’horreur du monde occidental (il n’y a pas de pétrole).Ce n’est pas tant l’enquête menée par Samankar que les conversations et descriptions de sa vie et de celles de ses amis et connaissances qui font le sel de ce roman court mais très agréable dans son écriture, sa verve, ses idées, sa vie.

La vraie littérature, ça vous change de tous ces faiseurs qui pondent toujours les mêmes conneries avec des chevaliers, des dragons et de la vapeur et qui pensent faire œuvre d’écrivains en utilisant des mots rares ou en tordant la langue en tournures alambiquées.

 

Une fois n’est pas coutume, un reportage sur ce type formidable :

http://www.grec-info.com/fiche_film_visionneuse.php?id_film=176