D&D n°785 – Grignotage sans ennui

 

« Dimension Arnauld Pontier » de Arnauld Pontier

J’avais apprécié son roman chez Rivière Blanche, alors j’essaye son recueil de nouvelles au titre bizarre mais c’est la collection qui veut ça. Parce qu’il n’y a pas qu’une dimension, ni au monde, ni à l’auteur.

On ne s’ennuie pas pour plusieurs bonnes raisons. D’abord les nouvelles sont courtes (en briton ou amerloque des shorts, pas de novelettes ni de novelas). Donc, si vous vous faites suer, vous passez à la suivante (y en a plein : vingt-sept). Cela m’est arrivé sur un truc tellement hard science que je n’ai pas tenu. Ensuite ce sont de vraies histoires avec une fin, une chute on dit. Et j’ai lu des paquets de textes où seule l’ambiance importait, avec une fin ouverte ou pas de fin du tout. Et enfin c’est un joyeux mélange de SF et de fantastique, ce qui fait que l’on est chaque fois surpris.

J’ai apprécié l’esprit, avec un humour  discret et une légèreté générale. Par contre j’ai tiqué sur les introductions précédant chaque texte. Cet exercice difficile a une fâcheuse tendance à être prétentieux (la palme revenant à ce vieil Isaac) et ne sert pas à grand-chose. Chacun(e) peut voir ou comprendre ce qu’il veut dans un texte, pourquoi l’auteur l’a écrit n’a pas, pour moi, d’intérêt.

Dommage que le recueil s’achève sur un texte hommage à velléité humoristique qui ne m’a pas fait rire.

Sinon, le temps passé à la lecture de ce bouquin était agréable et ce n’est pas à chaque fois, comme vous le savez…

D&D n°783 – Bondieuserie

 

« Le Moineau de Dieu » de Mary Doria Russell

Vous commencez à me connaître, j’ai mauvais caractère mais je m’efforce de garder l’esprit ouvert et de prendre l’avis des autres (gentils libraires et aimables blogueurs). Alors j’achète des pavés, que j’ai souvent du mal à finir. Voir le billet précédent.

Ce bouquin-là est également unanimement considéré comme un chef d’œuvre incontournable, qui a gagné plein de prix à la fin du siècle dernier. Dont acte. Ce qui devait arriver arriva : je coince et m’arrête à la moitié environ, page 251.

L’auteur est une maline, elle utilise un procédé rarement employé : commencer par la fin. Une expédition financée par les Jésuites sur une planète proche s’est très mal terminée et le seul survivant est un prêtre torturé qui aurait tué et se serait prostitué. Boum. Puis on entrelarde le passé, l’origine de cette expédition, la rencontre de tous ces héros et héroïnes sympathiques, avec le présent du prêtre en grande souffrance physique et morale. Par un deuxième procédé, beaucoup plus courant, le lecteur est tenu en haleine par la divulgation, par toutes petites touches, de ce qu’il s’est vraiment passé. Alors forcément c’est longuet, hein, les circonvolutions psychologiques des unes et des autres, les considérations philosophiques de chaque idée ou décision, la révélation métaphysique des événements, etc.

Mais j’ai abandonné parce que l’essentiel du bouquin, le fond, est de prouver l’existence de Dieu, ou en tout cas la beauté de la Foi. Alors, je ne sais pas vous, mais je n’achète pas un bouquin de SF pour y lire l’apologie de la Compagnie de Jésus qui, malgré ou grâce à ses défauts assumés, serait le plus extraordinaire et fascinant des ordres religieux.

Alors oui je n’ai pas de patience, je n’ai fait qu’entrevoir le pourquoi de l’échec et du comportement du curé, un excès d’humanisme appliqué à des non-humains ou quelque chose comme ça, parabole ( !) des relations entre deux civilisations. Mais trop de bondieuserie pour moi, excusez.

D&D n°781 – C’est pas l’extase

 

« Les talents de Xanadu » de Theodore Sturgeon

Trouvé pour un nieuro chez un libraire, je me disais que je n’avais pas lu celui-là ou que je n’en avais plus souvenance.

La première nouvelle qui donne son titre au recueil est fort sympathique, les autres moins, parfois longues et ennuyeuses. Il est vrai que dans les années 40 et 50 du XXe siècle, du temps de l’Age d’Or de la SF, les auteurs mangeaient grâce à leurs textes courts dans des revues.

Pourtant, hormis ces chefs d’œuvre incontestés que sont Cristal qui songe et Les plus qu’humains, j’avais bien aimé aussi deux novellas noires de Maître Sturgeon.

D&D n°780 – Ben ça le fait

 

« Odyssée sous contrôle » de Stefan Wul

À l’époque bénie du Fleuve Noir Anticipation, les romans étaient formatés, à 200 pages environ, et j’en suis nostalgique. Y a bien aujourd’hui une collec’ de novellas ou romans courts mais j’ai pas eu de chance avec jusque-là. Sinon, au passage, je rabâche encore que c’est un blog de billets d’humeur, pas de critiques littéraires. Un jour les pontes autoproclamés finiront par le comprendre. Je ne désespère pas.

Stefan nous embarque dans des aventures complètement dingues dont il a l’habitude, sur une planète impossible peuplée de drôles de loustics, dont des nains a priori sympathiques et des cépodes qui le sont moins. Le héros grand fort beau et pas bête tombe amoureux et devra s’employer tout du long pour sauver sa belle. Il en vivra des trucs pas croyables. La fin est un formidable retournement dont je ne vous dirai rien.

Le roman est suivi de trois nouvelles courtes (novelettes ?) où l’humour est roi.

Une lecture délassante et sympathique, que demande le peuple ?

(Comme souvent, la couverture n’a strictement rien à voir avec le texte)

D&D n°779 – Drôle de truc

 

« Frankenstein délivré ou le nouveau Prométhée déchaîné » de Brian W. Aldiss

C’est vraiment une lecture étrange dans une construction des plus bizarres. Faut dire que le bouquin est sorti en 1973, une période particulière du monde occidental et de sa SF.

En 2020 (oui, encore cette manie des dates garanties fausses), il y a une guerre nucléaire entre la Terre et la Lune et tout le continuum perd sa cohérence. Joe, un paisible retraité, ancien conseiller du prez des States, subit un glissement spatio-temporel.  Il se retrouve à Genève en 1816, quand Mary Shelley écrit son Frankenstein. Mais il ne s’agit plus d’un roman car Victor existe bien et vient de libérer sa créature.

Du coup le narrateur rencontre Byron, Shelley et Mary, avec qui il passe une journée d’amour (fantasme spatio-temporel ?). Il veut qu’elle intervienne (comment ?) pour empêcher la pendaison de la servante de Victor (heureusement j’avais relu le Frankenstein de Shelley il y a peu). Victor disparait et Joe est accusé de son meurtre. Il est emprisonné. Puis il y a une inondation, il s’évade, puis le lac disparait, remplacé par un désert froid.

À L’image du temps qui se détraque de plus en plus, le lecteur est balloté d’un paysage à l’autre et d’une ambiance à l’autre. Le narrateur dérive dans ses pensées et dans ses actes. On a droit à des discussions philosophiques un peu attendues et répétitives sur le destin de l’humanité, la morale et la science. Tout d’un coup il y a deux lunes dans le ciel, puis on passe à autre chose. Je ne vous raconte pas la fin inracontable qui ressemble à la fin du monde.

D&D n°777 – Mais bof, quoi !

 

« Le choix » de Paul J. McAuley

On ne lit que du bien sur cette nouvelle collec’ du Belial’ consacrée aux novellas (longues nouvelles ou romans courts). Vous me connaissez. Je me suis dit : c’est pour moi !

J’avais lu du McAuley en Ailleurs et Demain. Les Diables blancs, un truc en Afrique avec de la bio un peu hard qui ne m’avait pas déplu. On partait donc avec des a priori positifs.

Après une longue et lente introduction pour décrire les problèmes débiles de deux ados (l’un a une mère écolo grabataire, l’autre un père qui le tabasse), dans une Angleterre où la mer a monté, et comment ils font bien de la voile, les jeunes découvrent un artefact alien (un dragon, ben voyons) qui explose. L’un des deux va choisir de vendre l’écharde métallique qui l’a blessé, l’autre pas. Voilà le choix. La fin tourne vaguement au roman noir mal écrit. C’est nul et sans aucun intérêt.

Ah oui, prix Sturgeon…  pauvre Theodore.

P.S.: Evidemment, les couv’ d’Aurélien Police, ça aide.

D&D n°776 – Pauvre Jean-Pierre

 

« Le paradoxe de Fermi » de Jean-Pierre Boudine

Pour nous donner sa réponse au fameux paradoxe, cet agrégé de mathématiques nous raconte la fin du monde qui commence en 2022 (je suis toujours étonné que les auteurs de SF donnent des dates qu’ils savent fausses à l’avance, mais bon, attendons 22).

Toute la civilisation mondiale se délite peu à peu à cause d’une crise boursière. C’est l’engrenage fatal, plus d’énergie, conflits nucléaires, etc. En un rien de temps, quelques années, les humains sont retournés à la sauvagerie primaire et tout le monde s’entretue. Le narrateur s’est réfugié dans la montagne, seul et affamé, et raconte comment il a vécu cette apocalypse. Tout ça pour arriver à une longue discussion qu’il a eue sur le paradoxe. Je vous laisse découvrir sa réponse.

L’auteur est donc matheux mais pas biologiste du tout et il aurait pu se renseigner. Selon lui la famine serait liée au fait que les variétés cultivées sont stériles. Ah bon ? Quant à ses délires sur les chiens et les loups, je les lui laisse. Le personnage mange surtout de la viande crue (alors qu’il fait du feu pour la fumer) et s’étonne que, lors des premières crises alimentaires, les gens aient relâché leurs animaux domestiques au lieu de les manger.

Quant aux sentiments ordinaires de l’être humain, l’amour et l’amitié, ça n’existe tout simplement pas. Il parle de relations seulement vers la fin et parce qu’il faut bien, dirait-on. On ne peut que plaindre un être dépourvu de toute empathie.

Ce roman a l’avantage d’être court (199 pages) et se lit vite. C’est noir foncé, profondément pessimiste.

Il est suivi d’une postface de Jean-Marc Lévy-Leblond qui, lui, discute vraiment du paradoxe de Fermi à la lumière de la pullulation récente des exoplanètes.