D&D n°821 – Un Viking anglais chez les Incas

 

« La Vierge du Soleil » de H. Rider Haggard

Henry sait y faire pour raconter des histoires incroyables. Loin de She ou de Allan Quatermain, les aventures extraordinaires sont celles d’un pêcheur du port d’Hastings au XIVe siècle.

Il y a d’abord un Livre I où ce courageux descendant d’un fier Viking, dont il a hérité une épée formidable, se bat contre des Français venus piller et incendier sa ville. Il sauve une aristo aux beaux yeux bleus. Il se rend alors chez son oncle à Londres où il devient en quelques années un des plus riches commerçants. Il recueille un étranger basané qui devient son ami. Mais la belle aristo débarque, avec un favori du Roi et il va tout perdre. Il se sauve alors avec son pote sur un de ses bateaux. Une terrible tempête va les entraîner de l’autre côté de l’Atlantique. Et commence alors le Livre II.

Je  ne vous raconte pas la suite, j’ai déjà trop défloré. Mais vous la devinez. Après de terribles épreuves il parviendra au pays de son copain, un prince Inca en fait, tombera encore amoureux, cette fois d’une fille de la Lune, mais ce sera très très compliqué pour devenir enfin son mari et le Roi de son peuple.

Bon, être anglais est quand même un avantage, hein, la culture, la science infuse, le christianisme vous rendent plus fort !

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D&Dn°819 – Un classique un peu longuet et un peu raciste, forcément.

« Le collier du Prêtre Jean » de John Buchan

Dans la collection Néo, outre les couvertures de Nicollet, il y avait du fantastique, de la SF et de l’aventure. On est clairement dans la troisième catégorie avec cette histoire racontée par un écossais de 19 ans qui va, à lui tout seul, éviter une guerre terrible entre les Noirs et les Blancs dans une Afrique du Sud du tout début du XXe siècle (ce « Prester John » est publié en 1910).

Le jeune homme est envoyé comme adjoint d’un entrepot dans un trou paumé où il n’y que trois blancs, son patron alcoolique et désagréable, son copain le maître d’école et lui. Il va mettre à jour les prémisses d’une guerre de libération dirigée par ce prêtre noir qu’il avait croisé, enfant, en Ecosse. Dans une suite incessante de cavalcades, de grimpettes et de souffrances où il fait la preuve de son incroyable courage, il  va réussir à dérober ce fameux collier de gros rubis qui est le symbole de royauté chez les Cafres, d’une royauté remontant à la Reine de Saba et dont ce prêtre bizarre serait le descendant.

Un livre d’aventures, donc, pour la jeunesse vu l’âge du héros mais pas que. Les réflexions sur la supériorité de la civilisation blanche en général et britannique en particulier reflètent l’époque (le début de la colonisation) comme les remarques sur la sauvagerie naturelle des Noirs qui ont bien besoin de maîtres…

D&D n°814 – Symbolisme belge

 

« Bruges-la-Morte » de Georges Rodenbach

On me prête ce drôle de livre, d’un auteur qui m’est complètement inconnu.

Le texte est relativement court mais très travaillé, presque lourd. Il faut s’arrêter aux virgules, laisser l’ambiance vous envelopper, ce climat humide et gris et ces maisons tristes, ces rues sombres et ces canaux glauques.

Le narrateur a choisi cette ville pour y vivre son deuil. Son épouse adorée est morte et sa maison est un musée à son souvenir, y compris ses splendides cheveux en tresse sous verre. Il vit et se promène avec sa tristesse quand il rencontre une femme qui ressemble tellement à la défunte. Il entreprend une relation avec elle mais n’aime que la morte. La nouvelle veut s’établir avec lui et profiter de son aisance pécuniaire. C’est alors que le drame survient.

Écrite dans la deuxième moitié du XIXe siècle, cette histoire est aussi celle des contraintes sociétales de cette ville très catholique, où la religion y est tellement prégnante qu’elle ne pourrait accepter ce veuf éploré qui entretient maintenant une femme légère.

Aux limites du fantastique par son ambiance plus que par son histoire, cet étrange texte m’a surpris.

D&D n°812 – Grave respect

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« Ordo » de Donald Westlake

Certains ont dû lire tout Westlake, un homme aux plus de cent romans et dix pseudonymes, moi pas et tant mieux, du plaisir m’attend.

Ce court roman coup de poing a été publié en 1986 aux States et traduit par Jean-Patrick Manchette la même année pour Futuropolis. Ré édité moult fois depuis, je le découvre enfin.

Non ce n’est pas dans la veine comique des Dortmunder, même si le texte ne manque pas d’humour. C’est plutôt dans celle d’Adios Shéhérazade  , un concentré d’émotions et de sentiments, sans une once de sentimentalisme ou de pathos baveux.

Un marin découvre, quinze ans après, qu’il a été marié brièvement avec celle qui est devenue une star de Hollywood. En cherchant à comprendre comment on peut changer à ce point, il va la rencontrer et trouver sa réponse.

Tout en subtilité, sans oublier d’égratigner le milieu du cinéma, en 150 pages, c’est un chef d’œuvre.

D&D n°807 – Sale

« Le mystère de la crypte ensorcelée » de Eduardo Mendoza

Qui n’a pas envie d’ouvrir ce bouquin avec « Mon tombeau » de Clovis Trouille en couverture ? C’est malheureusement mensonger, il y a bien des nones mais ce sont des coincées revêches normales. Quant aux jeunes femmes dévêtues il n’y en a pas non plus. Il y en a bien une sans soutien-gorge mais dans les 80’ c’était d’une grande banalité.

Un délinquant légèrement malade mental, le narrateur, sera libéré s’il résout le mystère de la disparition d’une (ou deux) jeunes filles d’un pensionnat de bonnes sœurs. Pourquoi le flic de la Mondaine lui confie cette tâche alors qu’il ne lui fait pas confiance n’est pas expliqué.

Le « héros » se caractérise par son extrême puanteur : il ne se lave jamais et se déguise avec ce qu’il trouve dans les poubelles.

On croit deviner des velléités d’humour dans les phrases emphatiques et les situations grotesques. Je n’ai même pas souri et la complaisance dans la crasse et l’immondice m’ont empêché d’adhérer.

Il me semble avoir déjà lu du Mendoza. Eh oui. Hélas.

D&D n°806 – C’est bel et bon

« Relever les déluges » de David Bosc

Déjà le titre ! Emprunté à Rimbaud, précise l’auteur. J’ai acheté ce bouquin très fin, dans tous les sens du terme, après avoir lu la note de Marianne Charybde. Merci.

Ces quatre textes, de la taille de nouvelles, racontent des destins d’hommes libres. Le premier est un empereur du XIIIe siècle, Frédéric petit-fils de Barberousse, plus méditerranéen que germanique. Comment, par insouciance, il perd une bataille et pourquoi il s’en moque, tout à ses plaisirs.

Mirabel est un ouvrier agricole du début du XVIIIe. Il veut changer de vie et découvre ou fait croire qu’il a découvert un trésor. Son escroquerie (?) durera le temps de vivre en nanti, brièvement mais intensément.

Le texte qui suit décrit la vie d’un petit artisan qui va participer à la guerre d’Espagne et, même s’il est de leur côté, les communistes ne sont pas des plus sympathiques.

La dernière histoire, ma préférée, se passe de nos jours. C’est le parcours d’un solitaire qui va croiser la route et adhérer aux actions d’un groupe d’anarchistes à Marseille, et y trouver l’amour.

Ces résumés ne peuvent rendre compte du plaisir de lire une langue magnifique, belle sans effets de style, au service d’histoires originales remarquablement racontées.

D&D n°795 -On the road

« Gringoland » de Julien Blanc-Gras

Il m’arrive, comme à vous, de lire des ressentis de lecture, des chroniques, des critiques ou autres recensions sur des bouquins. Il y a un dingue, Hugues de la librairie Charybde, qui lit et publie comme une mitraillette, qui aime plein de trucs différents, dont ce titre qui m’a interpellé. Bonne pioche.

Je ne savais pas – mais que sais-je ? – qu’il y avait encore des routards au XXIe siècle. Non seulement j’ignorais tout de ces « néo hippies » mais je n’imaginais pas à quel point ce qu’ils vivaient était semblable à ce que j’ai connu entre 1966 et 1971. Il y a une différence pourtant énorme, plus personne ne croit qu’un monde meilleur soit possible. Mais on peut y rechercher une solution individuelle, ce que choisit le narrateur (au prénom si zarbi qu’on ne le connaît qu’à vingt pages de la fin).

J’ai sauté avec enthousiasme dans ce roman-récit. Léger, drôle, percutant, iconoclaste. Le début vous accroche et vous ne décrochez plus. Je ne connais rien du Mexique, ni d’hier ni d’aujourd’hui, mais j’ai cru à tout ce qu’il me racontait, ses aventures, joies et aléas de routard, ses rencontres formidables ou décevantes, ses lubies, folies, retours de bâtons ou de bad trips. On s’y croit vraiment, ça sent le vécu.

Puis, vers le dernier quart du livre, il quitte le Mexique pour la Californie. L’ambiance change complètement. Il vit avec une féministe qui n’a pas froid au zizi ni ne s’encombre de morale ou d’éthique pour réussir dans la mode. Ils se retrouvent à quatre dans la limo de Sharon Stone et son mec. Là j’ai repris mon incrédulité et regretté cette fin tout en amertume et mélancolie.

Je ne dirai pas dommage parce que Valentin devait bien, un jour ou l’autre, réintégrer son monde de blanc occidental. Au contraire, je vous en recommande la lecture, ex-routard(e) ou pas.