D&D n°784 – Un Breton entrepreneur

 

« Un air de liberté » de Colette Vlérick

Non ? Si ! Tout arrive même l’impossible : votre vieil Henri lit de la littérature « terroir » ou régionale. Eh ben ça le change de la littérature d’imaginaire ennuyeuse mais qu’il faut lire. Les deux-cent- cinquante pages s’avalent comme du petit lait.

Et on change aussi de monde et de société. Les Bretons à la fin du XIXe siècle ce sont des sortes d’extraterrestres, avec leur coutumes et traditions rigides, leurs fringues impossibles, la différence de classes entre ouvriers miséreux, paysans avec ou sans bien, petits commerçants et gros industriels hyper riches et puissants. Jean-Marie Le Guen – plus breton tu meurs – , parti de tout en bas, va gravir les échelons de cette société en essayant de faire le bien.

Bien qu’hyper documenté et donc, parfois, un peu abscons (sur le fonctionnement d’une filature ou le détail des armoires et des vêtements), c’est un roman vivant et prenant. On ne peut qu’admirer le talent de conteuse de Colette dont j’avais déjà bavassé.

D&D n°771 – Une dérive en Chine

 

« Le vol du pigeon voyageur » de Christian Garcin

Sans pouvoir me souvenir qui m’avait recommandé ce petit roman, je l’extrais de mon étagère de à lire et le termine en deux jours. Oui, c’est de la blanche, il m’arrive d’en lire aussi.

Outre que c’est fichtrement bien écrit, le narrateur a tous mes défauts (paresse, indécision, doutant de lui comme des autres) et il m’est fort agréable de partager les non-aventures en Chine de cet écrivain sans le vouloir et journaliste sans conviction. Son gros patron l’envoie en Chine rechercher sa fille. Dès l’avion, il rencontre des gens, puis d’autres et visite Pékin et Xian.

Il s’adapte à la philosophie et au comportement des Chinois, se fait fleuve plutôt qu’arbre et finira par boucler son enquête en prenant des détours plutôt que la voie directe.

Tout du long j’ai pensé à une dérive, comme disaient les situationnistes, une errance à travers les rues et les sites mais aussi les pensées et les opinions.

D&D n°765 – Long, lent et circonstanciel


« Akiloë ou le souffle de la forêt » de Philippe Curval
Par un étrange hasard, au moment où la Guyane s’embrasait et faisait sa grève générale, je commençais ce bouquin qui trainait depuis longtemps dans ma bibal de « à lire ».
Vu les circonstances, je me suis forcé à aller au bout. Parce que ce fut long. Pas difficile, le verbe est beau, fort et précis, mais ce n’est pas un thriller. On s’arrête facilement.
Le roman raconte la vie d’un Indien warana de l’Amazonie guyanaise, orphelin de père puis de mère en bas âge dans sa forêt, recueilli d’abord par une institurice et son mari gendarme du village « civilisé » voisin, puis par un physicien polonais, devenu restaurateur dans un trou non loin de Cayenne, qui adoptera cet adolescent. Quand ce père adoptif meurt à son tour, il entre à la Légion comme sportif et devient recordman du monde de saut à la perche. Il finira astronaute. Deux ou trois femmes feront son éducation sexuelle et amoureuse.
Ce n’est ni de la science-fiction ni du fantastique, c’est le parcours physique mais surtout intellectuel d’un sauvage amérindien, ses croyances, ses découvertes, ses évolutions intellectuelles, morales et émotionnelles. C’est original mais on se demande tout le temps comment l’auteur a pu se mettre à la place de son drôle de héros et nous inventer ses modes de pensée.

D&D n°761 – La réalité dépasse la fiction

 

« La vie secrète des arbres » de Peter Wohlleben

J’aurais pu cataloguer ce bouquin en fantastique mais c’eut été mensonger. Peter est un forestier teuton qui nous fait partager sa passion pour les arbres. Mais qu’est-ce qu’il nous fatigue avec de la vulgarisation scientifique, le Bademoude ? vous questionnerez-vous. Parce que ce n’est pas du tout vulgaire, déjà, et que même un biologiste de métier comme moi en ressort ébahi.

Les arbres communiquent, ça vous le saviez, mais en plus ils pratiquent l’entraide et la solidarité. Ils ont une foule de stratégies variées pour croître, se défendre des importuns (voisins ou parasites), et élever leurs enfants. Ils s’adaptent, évidemment, et contournent les obstacles. Ils possèdent également une mémoire des événements. De là à penser qu’ils ont un cerveau, il n’y a qu’un pas que Peter franchit allègrement. Il pratique l’anthropomorphisme à fond, et c’est novateur et intéressant.

Beaucoup d’auteurs de fantastique et de SF ont donné une âme ou une volonté consciente aux arbres et aux forêts. Peter leur démontre qu’ils n’avaient pas tort.

D&D n°745 – Sans moi

 

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« Dans la forêt » de Jean Hegland

Trop sensible aux avis autorisés, et nonobstant curieux, je m’achète encore de la blanche. Mauvaise pioche.

Au bout de cinquante pages – quand même !- j’arrête de m’ennuyer dans la tête d’une jeune fille qui vit isolée avec sa sœur et dont les parents sont morts. Mais ils reviennent dans les pensées de la narratrice qui nous inonde de détails sans intérêt sur la danse classique et nous cite l’encyclopédie parce qu’elle a déjà lu deux fois tous les bouquins. Il y aurait semble-t-il une apocalypse douce en cours car l’électricité et l’essence viennent à manquer. Mais je sais déjà que je vais m’ennuyer pendant des heures alors non, à mon âge, j’ai autre chose à faire pour occuper mes yeux et mes neurones.

Désolé pour ce « magnifiquement écrit et profondément émouvant ». Chacun(e) ses mauvais goûts et les vaches seront bien gardées.

D&D n°730 – Points d’interrogation

 

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« Vente à la criée du lot 49 » de Thomas Pynchon

Mon fils, cet intello barbu au sourire si doux, ne veut pas que son vieux meure inculte, alors il lui donne à lire du Pynchon. J’ai lu le bouquin jusqu’au bout, ce qui me donne règlementairement le droit d’en causer. Heureusement il était court.

L’histoire est celle d’une femme, exécutrice testamentaire d’un super riche qui fut son amant. Elle cherche à comprendre cet héritage. Une poste parallèle aurait-elle existé ? Cette quête de preuves la conduit à rencontrer toutes sortes de personnages, à boire beaucoup de bourbon et à se poser des questions, sur les timbres et sur elle-même.

Comment dire ? Les descriptions sont longues comme les phrases pleines de noms que je ne connais pas, à moins que les noms ne soient inventés. J’avoue avoir sauté des pages, celles décrivant l’histoire absurde d’une pièce de théâtre élisabéthain. Il y a des morceaux d’humour dedans, enfin je crois. Il y a surtout beaucoup d’Amérique et énormément de détails (là où se cache le diable ?). Peut-être s’agit-il d’une nouvelle approche de la réalité quotidienne, où tout devient signe ou révélation ? Ou est-ce de la paranoïa ? Le lecteur en décidera, l’auteur finissant son livre par son titre.

D&D n°720 – Too much

 

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« Madame la Marquise et les Gentlemen Cambrioleurs » de Frédéric Lenormand

Cet auteur célèbre et prolifique m’était complètement inconnu. J’ai acheté son dernier roman sur les conseils de Fantasio (qui a lâché son blog mais continue à chroniquer sur facebook) et l’ai lu sans partager son enthousiasme. Il faut dire que le roman historique n’est pas vraiment ma tasse de thé.

Mais c’est agréable à lire et ça ne manque pas d’humour, ce qui est déjà largement suffisant pour aller au bout sans ennui. Un humour qui ressemble un peu à celui de Chandler, avec des comparaisons excessives ou absurdes, mais pratiqué ici de manière systématique. Tout est un peu « trop » d’ailleurs, la marquise exagère dans ses vêtements et frasques pour se faire remarquer, le flic est trop bête, les personnages si caricaturaux qu’ils n’entrainent pas la sympathie et les aventures trop peu probables pour croire au récit.

Bref, c’est sympathique et distrayant mais sans fond ni grand intérêt.

Et il n’y a qu’un seul gentleman cambrioleur, Alfred Lupin, le frère de l’autre.