D&D n°807 – Sale

« Le mystère de la crypte ensorcelée » de Eduardo Mendoza

Qui n’a pas envie d’ouvrir ce bouquin avec « Mon tombeau » de Clovis Trouille en couverture ? C’est malheureusement mensonger, il y a bien des nones mais ce sont des coincées revêches normales. Quant aux jeunes femmes dévêtues il n’y en a pas non plus. Il y en a bien une sans soutien-gorge mais dans les 80’ c’était d’une grande banalité.

Un délinquant légèrement malade mental, le narrateur, sera libéré s’il résout le mystère de la disparition d’une (ou deux) jeunes filles d’un pensionnat de bonnes sœurs. Pourquoi le flic de la Mondaine lui confie cette tâche alors qu’il ne lui fait pas confiance n’est pas expliqué.

Le « héros » se caractérise par son extrême puanteur : il ne se lave jamais et se déguise avec ce qu’il trouve dans les poubelles.

On croit deviner des velléités d’humour dans les phrases emphatiques et les situations grotesques. Je n’ai même pas souri et la complaisance dans la crasse et l’immondice m’ont empêché d’adhérer.

Il me semble avoir déjà lu du Mendoza. Eh oui. Hélas.

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D&D n°806 – C’est bel et bon

« Relever les déluges » de David Bosc

Déjà le titre ! Emprunté à Rimbaud, précise l’auteur. J’ai acheté ce bouquin très fin, dans tous les sens du terme, après avoir lu la note de Marianne Charybde. Merci.

Ces quatre textes, de la taille de nouvelles, racontent des destins d’hommes libres. Le premier est un empereur du XIIIe siècle, Frédéric petit-fils de Barberousse, plus méditerranéen que germanique. Comment, par insouciance, il perd une bataille et pourquoi il s’en moque, tout à ses plaisirs.

Mirabel est un ouvrier agricole du début du XVIIIe. Il veut changer de vie et découvre ou fait croire qu’il a découvert un trésor. Son escroquerie (?) durera le temps de vivre en nanti, brièvement mais intensément.

Le texte qui suit décrit la vie d’un petit artisan qui va participer à la guerre d’Espagne et, même s’il est de leur côté, les communistes ne sont pas des plus sympathiques.

La dernière histoire, ma préférée, se passe de nos jours. C’est le parcours d’un solitaire qui va croiser la route et adhérer aux actions d’un groupe d’anarchistes à Marseille, et y trouver l’amour.

Ces résumés ne peuvent rendre compte du plaisir de lire une langue magnifique, belle sans effets de style, au service d’histoires originales remarquablement racontées.

D&D n°795 -On the road

« Gringoland » de Julien Blanc-Gras

Il m’arrive, comme à vous, de lire des ressentis de lecture, des chroniques, des critiques ou autres recensions sur des bouquins. Il y a un dingue, Hugues de la librairie Charybde, qui lit et publie comme une mitraillette, qui aime plein de trucs différents, dont ce titre qui m’a interpellé. Bonne pioche.

Je ne savais pas – mais que sais-je ? – qu’il y avait encore des routards au XXIe siècle. Non seulement j’ignorais tout de ces « néo hippies » mais je n’imaginais pas à quel point ce qu’ils vivaient était semblable à ce que j’ai connu entre 1966 et 1971. Il y a une différence pourtant énorme, plus personne ne croit qu’un monde meilleur soit possible. Mais on peut y rechercher une solution individuelle, ce que choisit le narrateur (au prénom si zarbi qu’on ne le connaît qu’à vingt pages de la fin).

J’ai sauté avec enthousiasme dans ce roman-récit. Léger, drôle, percutant, iconoclaste. Le début vous accroche et vous ne décrochez plus. Je ne connais rien du Mexique, ni d’hier ni d’aujourd’hui, mais j’ai cru à tout ce qu’il me racontait, ses aventures, joies et aléas de routard, ses rencontres formidables ou décevantes, ses lubies, folies, retours de bâtons ou de bad trips. On s’y croit vraiment, ça sent le vécu.

Puis, vers le dernier quart du livre, il quitte le Mexique pour la Californie. L’ambiance change complètement. Il vit avec une féministe qui n’a pas froid au zizi ni ne s’encombre de morale ou d’éthique pour réussir dans la mode. Ils se retrouvent à quatre dans la limo de Sharon Stone et son mec. Là j’ai repris mon incrédulité et regretté cette fin tout en amertume et mélancolie.

Je ne dirai pas dommage parce que Valentin devait bien, un jour ou l’autre, réintégrer son monde de blanc occidental. Au contraire, je vous en recommande la lecture, ex-routard(e) ou pas.

D&D n°787 – Un écrivain, un vrai

 

« Une ambition dans le désert » de Albert Cossery

Je réalise que, depuis plus de onze ans que je ponds ces biftons d’humeur souvent maussade, je ne vous ai jamais parlé d’un de mes auteurs préférés, cet Égyptien qui écrit un formidable français.

D’habitude il nous emmène au Caire, celui des années 40  quand il y résidait avant de s’établir à Saint-Germain-des-Prés, où il nous raconte des histoires réalistes et tendres sur les petites gens, misérables en argent mais riches en humanité.

Dans ce roman de 1984, l’histoire ne se déroule pas en Égypte mais dans un émirat fictif du Golfe, Dofa. Nous suivons Samankar, un libertaire qui aime sa vie paisible faite d’amour, de fête, de haschich, de musique et de philosophie et rigolade avec ses amis, quand des bombes artisanales se mettent à exploser et à perturber la vie simple de ce pays épargné par l’horreur du monde occidental (il n’y a pas de pétrole).Ce n’est pas tant l’enquête menée par Samankar que les conversations et descriptions de sa vie et de celles de ses amis et connaissances qui font le sel de ce roman court mais très agréable dans son écriture, sa verve, ses idées, sa vie.

La vraie littérature, ça vous change de tous ces faiseurs qui pondent toujours les mêmes conneries avec des chevaliers, des dragons et de la vapeur et qui pensent faire œuvre d’écrivains en utilisant des mots rares ou en tordant la langue en tournures alambiquées.

 

Une fois n’est pas coutume, un reportage sur ce type formidable :

http://www.grec-info.com/fiche_film_visionneuse.php?id_film=176

D&D n°786 – Même pas drôle

 

« Fan Man » de William Kotzwinkel

Je ne sais pas s’il existe un mot pour la nostalgie des choses que l’on n’a pas vécues, mais j’ai souvent cette impression quand je rencontre des gens qui parlent des années 60-70 alors qu’ils n’étaient pas nés ou à peine. Ce doit être la motivation de l’éditeur qui a fait traduire en 2008 ce bouquin de 1974.

Alors c’est peut-être rigolo en amerloque, peut-être. C’est l’histoire d’un hippie crasseux défoncé en permanence qui vend des ventilateurs (d’où le titre) et tente de monter une chorale avec des filles de moins de quinze ans qu’il essaye de sauter. Cela avait sans doute des échos avec une actualité new-yorkaise à la fin des 60’. Mais cela ne correspond à rien aujourd’hui.

Désolé mais je n’ai pas ri une fois, même pas souri, alors que ce bouquin est vendu comme chef d’œuvre comique. C’est court, pourtant, mais je n’ai pas pu finir les 194 pages, mec. Comme chacun sait : l’humour est chose du monde bien mal partagée.

D&D n°784 – Un Breton entrepreneur

 

« Un air de liberté » de Colette Vlérick

Non ? Si ! Tout arrive même l’impossible : votre vieil Henri lit de la littérature « terroir » ou régionale. Eh ben ça le change de la littérature d’imaginaire ennuyeuse mais qu’il faut lire. Les deux-cent- cinquante pages s’avalent comme du petit lait.

Et on change aussi de monde et de société. Les Bretons à la fin du XIXe siècle ce sont des sortes d’extraterrestres, avec leur coutumes et traditions rigides, leurs fringues impossibles, la différence de classes entre ouvriers miséreux, paysans avec ou sans bien, petits commerçants et gros industriels hyper riches et puissants. Jean-Marie Le Guen – plus breton tu meurs – , parti de tout en bas, va gravir les échelons de cette société en essayant de faire le bien.

Bien qu’hyper documenté et donc, parfois, un peu abscons (sur le fonctionnement d’une filature ou le détail des armoires et des vêtements), c’est un roman vivant et prenant. On ne peut qu’admirer le talent de conteuse de Colette dont j’avais déjà bavassé.

D&D n°771 – Une dérive en Chine

 

« Le vol du pigeon voyageur » de Christian Garcin

Sans pouvoir me souvenir qui m’avait recommandé ce petit roman, je l’extrais de mon étagère de à lire et le termine en deux jours. Oui, c’est de la blanche, il m’arrive d’en lire aussi.

Outre que c’est fichtrement bien écrit, le narrateur a tous mes défauts (paresse, indécision, doutant de lui comme des autres) et il m’est fort agréable de partager les non-aventures en Chine de cet écrivain sans le vouloir et journaliste sans conviction. Son gros patron l’envoie en Chine rechercher sa fille. Dès l’avion, il rencontre des gens, puis d’autres et visite Pékin et Xian.

Il s’adapte à la philosophie et au comportement des Chinois, se fait fleuve plutôt qu’arbre et finira par boucler son enquête en prenant des détours plutôt que la voie directe.

Tout du long j’ai pensé à une dérive, comme disaient les situationnistes, une errance à travers les rues et les sites mais aussi les pensées et les opinions.