D&D n°756 – De la perplexité

 

« Le chaos sans visage » de Dumè Antoni

J’aime bien La Rivière Blanche, un petit éditeur qui ne gagne pas de sous mais à être connu. D’ailleurs il m’envoie des SP. On y trouve à boire et à manger et, mon goût différant de celui du dirlitt, du bon et du mauvais. Je ne bavasse que de ce que j’arrive à lire jusqu’au bout parce que l’éditeur est petit et les auteurs peu connus.

Le livre de Dumè est un gros pavé de 400 pages et j’ai failli arrêter vers la moitié, les choses n’avançant pas assez vite, mais j’ai poursuivi. C’est l’histoire d’un pêcheur corse qui rencontre un alien sans visage et qui se retrouve transformé. C’est bientôt le cas également de sa femme, puis de son fils adolescent. Pendant ce temps-là (si j’ose dire), ailleurs, sur la planète alien, l’empereur se meurt et son fils est parti. Cette deuxième trame narrative est imprimée en italiques et on ne comprend pas grand-chose aux écritures sacrées et autres prédictions.

Ce n’est que dans le dernier quart du livre que les  choses finissent par s’emboîter et les trames narratives se rejoindre. Autant ce qui se passe en Corse est facile à lire et à comprendre, autant les voyages cosmiques et philosophiques des aliens sont difficiles à suivre.

Pour des raisons qui m’échappent, plusieurs niveaux de complexité sont alors  ajoutés au récit avec un calcul en base 7, des terres aussi nombreuses que des chromosomes et surtout de nouveaux personnages venus du futur et d’une autre planète quoique parfaitement humains et rigides comme des militaires. Les raisonnements sur les paradoxes temporels combinés à l’absence de temporalité me sont passés par-dessus la tête quand la chronologie poursuivait son chemin dans le livre.

L’écriture est agréable quand elle reste terrienne et les sentiments justement exprimés mais la cosmologie alien et les complications de la fin m’ont fait perdre le fil et m’ont plongé dans la perplexité.

Pour information, la couverture ne reflète pas du tout ce qui est raconté dans le livre.

D&D n°755 – Oxford dans les sixties

 

« Endeavour, saison 4 » (2017), série créée par Russel Lewis

Ce n’est ni la première ni la dernière fois que je le dis : les Anglois savent faire des séries télé. Et ils s’en foutent des formats. Cette quatrième saison est constituée de quatre téléfilms d’une heure et demi. Avec à chaque fois, une enquête originale et difficile, à rebondissements, qui peut interférer avec les relations humaines compliquées qu’entretient le jeune Morse avec ses collègues, son mentor et la fille de ce dernier, et le reste du genre humain.

Comme déjà bavassé plus tôt, cette série préquelle qui n’a plus à voir avec les romans de Colin Dexter que par son personnage principal, est parfaitement imaginée et réalisée. Et, vous l’aurez compris, on y trouve bien plus qu’une enquête bien ficelée. Les acteurs y sont, comme d’habitude, remarquables.

D&D n°754 – Du bizarre elliptique à La Défense

 

« La Panse » de Léo Henry

Il arrive à Folio SF et à son dirlitt Pascal Godbillon de publier direct des bouquins, sans passer par la case grand format avant. C’est le cas de Léo, un de ces jeunes auteurs talentueux adoubés par la critique, Lehman et La Volte. Excusez du peu. J’avais d’ailleurs parlé de sa nouvelle dans Retour sur l’horizon  et de son Rouge Gueule de bois . Son précédent roman chez Folio, Le casse du continuum, fait partie de ceux qui me tombent des mains trop vite pour que je m’autorise à en biftonner. Celui-là par contre je l’ai lu en entier, alors…

C’est l’histoire d’un mec, un peu lâche et sans ambition, qui n’aime pas sa petite fille ni son ex mais s’inquiète pour sa sœur qui a disparu. Il la retrouve à La Défense, qui semble embringuée dans une secte. Il devient technicien de surface et c’est long et glauque et les dirigeants de cette organisation secrète lui découvre des dons (Ah bon ?). La description des souterrains, parkings et tunnels du quartier d’affaires occupe une très large place, inutile pour ceux comme moi que cela ne fascine pas, mais crée une ambiance. Il y a une drôle de drogue dorée qui fait perdre la tête et un étrange secret sur sa provenance. Y aurait-il un lien avec un énorme insecte préhistorique ?

C’est original dans le traitement au présent, de  l’indicatif et de­ celui des smartphones, ­ d’un fantastique un peu gothique. Une curiosité, quoi.

D&D n°753 – Les elfes ne sont pas gentils

 

« Comme un conte » de Graham Joyce

Comme un conte… de fées. Sauf que ce sont des elfes et qu’ils ne sont pas vraiment gentils. Enfin, si on croit ce que raconte Tara, qui a disparu pendant vingt ans et qui revient retrouver sa famille et son petit ami après avoir passé seulement six mois dans l’autre monde.

Graham est un vrai malin qui joue sur tous les tableaux. Personne ne peut croire ce que raconte cette femme de trente-six ans qui en paraît dix-huit. Personne, ni ses parents, ni son frère, ni son psychiatre qui cherchent assidûment une explication rationnelle.

Remarquablement écrit et construit, en variant les points de vue et les souvenirs, le lecteur est emmené par le bout du nez et change de perspective selon les chapitres.

Ce n’est pas la première fois que je dis du bien de Joyce. De nombreux biftons en attestent (mais j’ai la flemme de vous chercher les liens). Le plus récent est par-là.

D&D n°752 – Légèreté et élégance

 

« Le Paris des Merveilles, I. Les Enchantements d’Ambremer » de Pierre Pevel

Décidément, je devrais me méfier de mes a priori concernant les genres littéraires. D’autant que ces derniers pratiquent allègrement l’hybridation et produisent donc, comme chacun sait, une progéniture vigoureuse. Je ne goûte guère la fantasy en général et déjà dit du mal du steampunk, histoire d’entretenir ma réputation de vieux rouspéteur. Or j’ai pris du plaisir à lire ce bouquin.

Il s’agit dans ce roman, le premier d’une trilogie (forcément), d’une fantasy steampunk où, au début du XXe siècle, dans un Paris parallèle, se côtoient mages et fées, enchanteresses et gnomes, dragons et chats ailés et même de méchantes gargouilles et des flics sympathiques.

On y lit les aventures d’un mage et d’une enchanteresse, tous deux beaux, élégants, drôles et intelligents et qui s’aiment d’un amour compliqué. Chacun vit sa vie mais ils vont combattre ensemble la très méchante Reine Noire, sœur jumelle de la Reine des Fées.

Le roman est suivi d’une nouvelle. Ha ! vous exclamerez-vous si vous avez lu mon précédent billet. Mais non ! vous répondrai-je, cette nouvelle se passe dans le même monde, avec les mêmes personnages et y trouve parfaitement sa place. Très steampunk, d’ailleurs, avec le Nautilus de Verne, originale et drôle.

En espérant que le tome II ne me fasse pas le même effet qu’avec Les Lames du Cardinal, une autre trilogie du même auteur.

D&D n°751 – Post-apo chez les ploucs

 

« Une camionnette qui servait de volière » de Brice Tarvel

Suite à un accident nucléaire, des survivants se débrouillent comme ils peuvent dans un coin perdu dans la cambrousse profonde. Et ce, malgré les mutations et maladies dégénératives physiques et psychiques qui touchent les humains, les animaux, les plantes, et même les androïdes. Ils sont surveillés par les Scruts de la ville proche, qui se déplacent en ballons et se croient à l’abri des rayons.

On suit les aventures de quelques personnages hauts en couleur et aux caractères bien trempés. C’est rigolo et improbable mais logique, à sa manière. Les plus sympathiques s’en sortent bien et on referme ce livre avec un sourire aux lèvres qui ne vous a pas quitté tout au long de la lecture.

Le roman est suivi d’une nouvelle dont je n’ai pas vu l’intérêt. J’avais déjà eu ce même sentiment de dommage lors d’un précédent livre de Brice, très différent à tout point de vue (une terrible histoire de cannibale) mais également suivi de nouvelles. C’est bizarre cette nouvelle forme d’édition. Pour augmenter le nombre de pages, imagine-t-on.

D&D n°750 – De la science-fiction

 

« L’effet Churten » de Ursula K. Le Guin

Cela faisait bien longtemps, des décennies, que je n’avais pas lu Ursula. Dire que ce bouquin m’a enthousiasmé serait vraiment exagéré. Non, c’est sympathique et facile à lire, malgré la prolifération des noms à coucher dehors et les relations sexuelles extrêmement compliquées.

L’effet Churten est la possibilité de voyager instantanément d’un endroit à l’autre, y compris entre deux planètes séparées par des années-lumière. Mais il a des conséquences sur l’esprit humain.

Ces trois histoires ont trait à ce phénomène et se déroulent dans l’Ekumen, ce rassemblement de planètes peuplées par des humanoïdes et décrites par Ursula dans ses bouquins.

Ce que j’ai trouvé de plus intéressant dans ce petit livre est la postface de Bernard Henninger qui replace ces textes  dans l’œuvre de la dame et nous rappelle tout ce qu’elle a fait pour la sciencce-fiction. Très utile pour de jeunes innocents ou pour des vieux lecteurs aux neurones fatigués comme les miens.