D&D n°544 – Des baveux en costard.

 

Suits

« Suits », saison 1 (2011), série créée par Aaron Korsh.

Une série avec des avocats, pour moi c’est comme les séries avec des médecins, ça me gonfle a priori. Et pourtant…

Je n’arrive pas à comprendre toutes les subtilités du droit américain, le jargon en vo comme les sous-titres involontairement comiques ne m’aident pas. Et pourtant…

Les deux héros sont intelligents et sympathiques, pas forcément éthiques. Après tout, ce sont des avocats d’affaire qui gagnent beaucoup d’argent et vivent comme des princes. Et pourtant…

Les histoires d’amour sont d’une banalité remarquable. Et pourtant…

Pourtant, c’est une série dynamique, pleine de vie, sans violence ni meurtre mais avec de l’énergie, du charme et de l’humour à revendre

L’argument est mince : le plus jeune est un surdoué à mémoire eidétique. Mais il n’est pas avocat et ne sort pas d’Harvard. Son mentor gardera le secret – c’est son intérêt -, mais jusqu’à quand ?

Les acteurs sont excellents et les seconds rôles prodigieux, ça doit jouer.

D&D n°543 – Subtil et optimiste

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« Crop Circles » de Jonas Lenn

Mon pote Hervé a des relations dans le microcosme, il y a même des amis. Ceux-là lui envoient leurs dernières productions (c’n’est pas très courant, me précise-t-il, espiègle) et il me les refile à lire après.

J’avais déjà lu et vous avais répercuté mes impressions sur deux bouquins plutôt sympathiques de Jonas Lenn, une ré écriture de Sinbad et les enquêtes d’un flic du futur. Là, c’est un recueil de nouvelles publiées dans différents supports entre 2000 et 2007. Toutes ont une tonalité nettement science-fictives puisque les histoires se passent dans le futur. Mais elles ont surtout une tonalité humaine, voire humaniste.

J’aurai bien du mal à me mettre au niveau de Maître Andrevon qui lui a écrit une superbe préface. Je partage tout à fait son sentiment. Jonas aime la Nature, que je majuscule pour l’occasion, et c’est à son contact qu’il cherche ce sentiment fugace qu’est le bonheur. Face aux défis technologiques mal contrôlés du présent et du futur proche, il s’efforce de trouver les moyens, matériels comme intellectuels, pour encore espérer dans l’humanité. Ses nouvelles sont parfois drôles, souvent mélancoliques, elles concernent des gens simples qui cherchent des raisons de vivre et d’y prendre plaisir, même face à la mort, et même après la mort.

D&D n°542 – De la SF théologique.

 

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« Un cantique pour Leibowitz » de Walter M. Miller Jr.

Ce grand classique de la post-apo, j’avais dû le lire il y a bien longtemps en Présence du Futur. J’en gardais un souvenir si confus que je pouvais le relire sans peine. Dans ce souvenir il y avait comme un goût d’ennui, que j’ai retrouvé.

Pourtant, ça démarre très bien avec une première partie pleine d’humour et de légèreté quand, six siècles après les bombes et la remise à zéro de l’humanité retournée à la barbarie, un apprenti moine retrouve des documents de nature scientifique.

Dans la deuxième partie, six siècles après, la « civilisation » se reconstruit. Quelques esprits scientifiques la font redémarrer. Les discussions théologiques interminables entre science approximative et religion obscurantiste m’ont gravement ennuyé et j’ai commencé à lire en diagonale les paragraphes pleins de phrases creuses dénuées d’intérêt, d’où tout humour avait disparu.

La troisième partie, encore six siècles après, nous fait vivre les affres mystiques d’un abbé – toujours dans le même monastère de celui du début et du milieu – qui voit l’enfer atomique pointer de nouveau son nez.

Alors ce n’est pas votre mécréant Bademoude qui va vous fournir des analyses filandreuses sur le Mal ou le Diable inhérent à l’humain, la vertu de la prière ou de la foi, en quoi la douleur vous rapproche de Dieu et tout ce genre de salades. Il y a quand même de beaux passages émouvants à la toute fin, précédés de l’envol dans l’espace de tous ces curetons qui emportent avec eux la Science.

Bref, je vais encore baisser dans l’estime des érudits, connaisseurs, et autres analystes autoproclamés, mais je n’ai pris plaisir qu’à la première partie, les deux suivantes m’ont été pénibles et bien sûr que je n’essayerai pas la suite, même si c’est Terry Bisson, un auteur que j’apprécie pour son humour, qui l’a achevée.

P.S. : ce bouquin ultraconnu et adulé par tous les vrais critiques a obtenu le prix Hugo en 1961.

D&D n°541 – Une plume d’exception pour la baie de Somme.

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« Juste à temps » de Philippe Curval

En quelques mois, le hasard a fait que j’ai lu le premier et le dernier roman de Curval.  Plus d’un demi-siècle les sépare mais une chose reste : la beauté de l’écriture. Dans ce nouvel étrange roman où le temps se détraque, l’auteur passe des pages et des pages à décrire les paysages de la baie de Somme , toujours changeants et pas deux fois pareils.  Et ce n’est jamais ennuyeux, à cause du style, précis et classique. Chapeau et respect.

L’histoire elle-même, par contre, ne m’a pas toujours emporté et, en refermant ce livre, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris. Les voyages involontaires dans le temps du héros, ses rencontres, ses amitiés et ses amours m’ont moins intéressé, moins ému. La motivation première du narrateur, réaliser un film sur les pionniers picards de l’aviation, en est peut-être la raison (traduisez : j’n’en ai rien à foutre). Et aussi ses raisonnement et attitudes envers les hommes et les femmes qu’il rencontre, que j’aurais rarement fait miens, contrairement aux remarques sur les choses à boire et à manger.

Il n’empêche que cette histoire est profondément originale et intrigante, que vous tenez absolument à savoir ce qu’il va se passer… et que les phrases sont tellement belles que les lire est un plaisir constant.

P.S. : Un léger bémol coquillesque : pages 157, 158 et 180, je crois bien que le XIXe a été confondu avec le XXe siècle. Dommage pour un voyage dans le temps.

D&D n°540 – Laissez dehors votre incrédulité avant d’entrer.

 

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« Haven », saison 2 (2011), série créée par Sam Ernst et Jim Dunn.

Il y a peu, je vous parlais de cette série un peu foutraque que je viens de découvrir.  Après une première saison parfaitement incroyable – dans le sens où c’est particulièrement difficile à croire -, la seconde va encore plus loin dans les différentes manifestations des « perturbations » (« troubles ») dont souffrent un certain nombre d’habitants de cette petite ville du Maine.

Outre des classiques comme des allumeurs de feu par la pensée, les scénaristes imaginent des trucs carrément oufs comme la nécessité pour certains de retourner vivre sous l’eau, ou la capacité à rendre réels leurs rêves les plus fous comme un débarquement d’extraterrestres. Et ce ne sont que deux exemples sur la douzaine de la saison. Vous me direz c’est pareil avec les vampires, les zombies ou les loups-garous, mais c’est plus facile à admettre, sans doute parce que ce sont des classiques. Là – notez qu’il y a aussi des fantômes bien classiques – ces personnes voient soudain apparaître leur invraisemblable pouvoir ou particularité, et c’est héréditaire. Leurs parents ou grands-parents l’avaient déjà expérimenté, il y a des dizaines d’années.

Pour moi, cette série qui frise le grand n’importe quoi doit son charme aux personnages principaux, et notamment l’héroïne qui ne sait pas qui elle est sauf qu’elle est là pour sauver ces pauvres perturbés (c’est dans leurs gènes, c’est pas de leur faute). Elle n’est pas de ces canons dont on a l’habitude, mais a du charme à revendre plutôt que de la beauté. Les deux autres héros, le gentil flic et le voyou sympa, ne manquent pas non plus de mystère sur leur passé, dignes ou indignes fils de leurs pères.

D&D n°539 – Ne tient pas la distance.

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« Elementary », saison1 (2012-2013), série créée par Robert Doherty

J’avais été séduit par le début de cette série,  la énième avec Sherlock Holmes, actualisée à la sauce du XXIème siècle, et un Docteur Watson de genre féminin. Une bonne idée. J’avais alors émis l’hypothèse que ça promettait. Erreur. La série tient à peu près jusqu’au dixième ou douzième épisode (me rappelle plus), puis après ça se délite, se répète et devient ennuyeux.

Les acteurs font ce qu’ils peuvent avec des scénarios approximatifs et le Sherlock en fait trop, à parler à toute vitesse dans son absence de barbe, et à s’agiter ou se comporter en surdoué ou en autiste asperger (le truc préféré des scénaristes amerloques).

Alors, ils nous ressortent le comble des ennemis, Moriarty, forcément, et, sur la toute fin, Irene Adler. Et bon, s’il y a des courageux pour aller au bout, je ne vous en dirai pas plus, mais c’est franchement bête comme point de vue.

Mes excuses pour un premier bifton abusif et portez-vous bien, gentilles lectrices et estimés lecteurs, en visionnant une autre série, il y en a pléthore, légion et tellement.

D&D n°538 – Trop c’est trop.

L-insoumis

« L’insoumis, Les livres des rai-kirahs, II » de Carol Berg

Parmi tous les bouquins essayés, abandonnés, retentés, puis définitivement laissés de côté, dont je vous causais dans le dernier bifton, un avait survécu. Celui-là, de la fantasy pur sucre avec magie, démons, métamorphoses et tout le toutim, vient de rejoindre les autres.

J’avais lu sans mal et avec plaisir le premier tome de cet énorme bouzin à rallonge. Et cette suite ne démarrait pas mal, pas compliqué et linéaire. Bien sûr que le héros est reparti dans les ennuis et les questionnements. Là, c’est son peuple, et même sa meuf (qui est la Reine en plus), qui l’obligent à accomplir une autre quête. Et, encore une fois, il retombe dans les douleurs indicibles. Ce ne sont plus celles de l’esclavage, c’est carrément l’enfer chez les démons.

Mais là, plouf, j’en ai marre. Des chapitres entiers de souffrances et de différentes façons de mourir pour le retrouver intact quand même, pas du tout mort, mais qui continue. Alors ça va. Pondre des kilomètres de phrases pour dire la même chose, tirer sur l’élastique pour arriver à un nombre insensé de pages pour raconter un truc qui tient dans un paragraphe, j’en ai marre. J’arrête page 479 sur 745 et jamais je ne continuerai (parce qu’il y a bien sûr un troisième tome),

C’est quand même bizarre la littérature d’aujourd’hui, où on applique un principe sans doute valable pour d’autres choses : plus c’est long, plus c’est bon. Mais d’où sort donc ce concept ? Les auteurs seraient-ils rétribués au nombre de pages ? Ou sont-ce les lecteurs qui n’aiment rien tant que lire pendant des semaines la même chose ?