D&D n°565 – La grande classe.

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« Jésus prend la mer » de James Lee Burke

Après une – excusez-moi les gens qui n’ont pas mon mauvais goût – daube, il me fallait me réconcilier avec mon plaisir favori : la lecture. J’avais, prévoyant que je suis, dans mon étagère des « à lire », une friandise gardée pour ces cas-là : un recueil de nouvelles. Quoi ? Oui je sais, les recueils de nouvelles ne sont pas ma tasse de thé, mais – mes contradictions ne me posent aucun problème car ce sont les miennes – il s’agit d’un de mes auteurs préférés, James Lee Burke.

Si, par un malencontreux hasard et que vous ne faites rien, par principe, de ce que ce mécréant et malotru de Bademoude vous suggère, vous n’avez jamais lu ce génie vivant de la littérature américaine, essayez donc ce tout petit livre.

Rien à voir avec les longs voyages, à la fois doux et violents, extrêmes et subtils comme les parfums et les climats changeants de la Louisiane de Robicheaux, de ses tourments et de ses joies, ses amours et ses amités, ces quelques nouvelles devraient vous donner une idée la prose de James Lee. Il vous raconte de courtes histoires, inventées ou vécues, de son enfance dans les années quarante, à son adolescence dans le rock n’roll des fifties, aux traumatismes de ceux qui reviennent du Viêt Nam, jusqu’au triste présent de l’ouragan Katrina, avec sa patte inimitable d’humanité, de lyrisme et de réalisme en même temps.

P.S. : Si vous êtes curieux (et pourquoi pas ?) de ce que j’ai bavassé sur Burke, allez-donc utiliser les boutons « recherche » de la yozone ou de mon ex-overblog de pouêt.

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D&D n°564 – La zombit-lit me tombe des mains.

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« Les faucheurs sont les anges » de Alden Bell

Le titre est aussi beau qu’intriguant. Ce doit être la raison. Parce que l’histoire, comment dire ? Une jeune fille qui manie le sabre japonais comme le kung fu vit seule dans un monde plein de zombies. Les humains qui restent sont gentils ou méchants. Un méchant maigre en veut à son petit derrière, hop elle le tue, mais sans faire exprès parce qu’elle est gentille. Et le frère du méchant, encore plus méchant mais costaud, part à sa poursuite. Alors j’ai arrêté. C’est sans aucun intérêt, écrit moderne avec les pieds où dialogues et narration et pensées sont tous typographiés pareil. Incidemment, merci au traducteur, on apprend qu’on peut « chambrer une cartouche »…

J’arrête à la page 82. Je comprends que Bragelonne édite ce genre de sous-littérature pour ados ou adus dépourvus de cervelle et de goût (ça se vend donc c’est bon), mais chez Folio SF ? Avec une quatrième de couv’ citant Cormac Mc Carty ! Vraiment ? Je n’ai pas aimé ce bouquin trop glauque pour moi, mais il y avait une force et un talent que ce brave Alden n’a pas. Son histoire et son monde postapo zombique à deux balles n’ont rien à voir avec La Route.

Ne vous faites pas avoir par le titre, la couverture ou l’argumentaire commercial au dos. C’est de la daube pour midinettes et mi(di)nets.

P.S.: (rajouti du lendemain) Après m’être fait copieusement insulté ici ou là, j’ai été lire les chroniques. Pratiquement tous ont apprécié, qui ne sont ni midinettes ni midinets. Qu’elles et ils ne le prennent pas mal, je n’ai aucune patience.

D&D n°563 – Les poubelles des Visiteurs.

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« Stalker » (Pique-nique au bord du chemin) de Arkadi et Boris Strougatski.

Malgré une préface et une postface, on ne s’explique toujours pas pourquoi le vrai titre est devenu le sous-titre. Si ce n’est à cause de la renommée du film que Tartovski en a tiré. Boris explique pourtant que le texte publié est bien l’original, et non celui censuré par le parti. La société spectaculaire et marchande aurait-elle définitivement gagné sur le socialisme d’état ?

Bref, le vrai titre exprime bien l’idée formidable de ce bouquin. Des visiteurs extra-terrestres sont passés par la Terre et sont repartis en laissant des « zones » encombrées d’artefacts divers et incompréhensibles, comme les restes d’un pique-nique dans un endroit sans poubelle. Cette belle idée est illustrée par les aventures d’un « stalker », un type qui prend des risques fous pour récupérer ces déchets dans une Zone interdite et les revendre.

La narration est d’abord à la première personne du présent, et j’ai dû m’accrocher pour aller au bout de ce premier des quatre longs chapitres. Après ça va mieux. Il y a énormément d’actions et c’est seulement sur la fin qu’une discussion intéressante entre un prix Nobel de physique et un homme d’affaires élève le propos sur le pourquoi de toute cette histoire. Il n’y a strictement aucune idéologie ni message politique (ou je suis bête) mais l’étrange parcours d’un type avec une fin dite « ouverte ». On peut y voir la parabole habituelle en SF sur l’incommunicabilité avec une intelligence différente ou supérieure.

Un classique qui se lit bien, malgré quelques hoquets comme « Nique ta mère ! »(p.133, qui ne fait pas vraiment bouquin des seventies), des bouts de phrases incompréhensibles « à propos de chat en poche » (p.137), ou encore le savant qui se « murge ». Mais je ne lis pas le russe et ce sont peut-être des facéties des deux frères.

P.S. : J’ai vérifié parce que j’avais un doute : on écrit un pique-nique ou un piquenique (ta mère !), mais avant c’était féminin, ou on écrivait aussi pic-nic ou picnic comme les Brittons.

D&D n°562 – Meurtres au soleil.

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« Death in Paradise », saison 2 (2012-2013), série créée par Robert Thorogood

Je vous ai déjà entretenu de cette série british qui se passe dans une île inventée des Antilles. Vous pouvez vous reporter à ce vieux bifton.

La recette n’a pas changé dans la deuxième saison de huit épisodes. C’est toujours sympathique et délassant, même si on frôle quand même de temps en temps la caricature en ce qui concerne le flic coincé et la belle énamourée d’icelui : ça grimace un peu trop. Les intrigues sont toujours bien ficelées et on continue à faire comme dans Hercule Poirot où le flic supermalin réunit tous les suspects à la fin pour confondre le coupable.

Pour de la série policière, ça change agréablement des merdouilles amerloques (ou de chez nous) pleines d’ADN et de violence gratuite.

D&D n°561 – Noir c’est noir sur l’île verte.

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« La main droite du diable » de Ken Bruen

Il me fallait un polar pour me changer de la SF fantasique plan-plan. J’avais acheté celui-là sur les conseils de Pascal G. (il se reconnaîtra), d’un auteur que je n’avais jamais lu.

Ben c’est pas rigolo, pas du tout. C’est du glauque intense. Ça se passe en Irlande, au début des années 2000, lors du boom économique des subventions européennes. Vous vous doutez que ce n’était pas le boom pour tout le monde et que ce changement s’accompagna de vrais déchirements sociétaux. (est-ce moi qui écris comme ça ?).

Le narrateur est un ex-flic devenu privé, alcoolique qui ne boit plus et qui traîne un lourd passé. J’ai pensé à Dave Robicheaux de James Lee Burke, sauf que dans la vie de Belle-Mèche il y a des moments de grâce, pas dans celle de Jack Taylor. En plus il est tout seul et asocial, et violent. Il faut dire que cette enquête est particulièrement sordide, autour de la pédophilie des prêtres dans une Irlande où le catholicisme ne se discute pas. Le titre original est d’ailleurs « Priest ».

L’auteur est un ex-prof de lettres et ça se lit. Il cite les Pensées de Pascal et nous raconte, en passant, la vie tragique de David Goodis. Il y a aussi plein de références musicales, dont une partie seulement m’a parlé, et, malgré les efforts louables du traducteur et ses notes de bas de page, j’ai eu l’impression de passer à côté de beaucoup de jeux sur les mots.

C’est rude, éprouvant mais prenant et intelligent, avec des émotions fortes dedans mais jamais de sentimentalisme pathétique. Vous êtes prévenus : il faut être dans une bonne période pour lire ce bouquin. Déprimés, ne vous y risquez pas !

D&D n°560 – Sous la cloche du roi.

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« Under the Dome », saison1 (2013), série produite par Stephen King

Eh bien, dans ce maelstrom de séries qui partent dans tous les sens pour tous les publics possibles, j’en ai essayé des wagons, voire des palanquées, que je ne vous raconterai pas, parce que j’ai un mauvais goût conditionné par mon passé de vieux (con ? C’est vous qui le dîtes !)… mais vraiment des paquets, sur la politique (quel intérêt de répéter les évidences), sur l’histoire de la publicité (OMFG !). sur l’amour et l’amitié (voir plus haut, my god), sur les relations parents-enfants (mais dedieu quelle originalité !). Et je ne vous bave pas sur les zombies grave tendance que t’en peux plus, les vampires, les garous, ou les tueurs en série tellement sympathiques que ça dure huit saisons. Bref, j’ai beaucoup de difficultés à adhérer aux trucs qu’adorent les rebelles-intelligents-grave-de-gauche-et de second-degré-tu-meurs.

Il s’agit donc d’une série balbutiante, avec seulement treize épisodes pour commencer, alors que c’est signé par un plus que bestseller adulé de tous (ou presque en ce qui me concerne).

J’ai aimé, suivi, me suis laissé prendre et j’attends la suite.

Une petite ville paumée, un peu comme Haven, mais sans les zarberies au-delà de l’Ouest, se retrouve coincée sous un dôme soudainement apparu, et on voit se manifester la pourriture humaine, mais aussi ses bons côtés. La plupart des personnages sont bons ou mauvais , sauf un peut-être mauvais qui est bon (le héros), et un pur mauvais qui fait semblant d’être bon (le méchant). Il y a aussi (merci pour ça !) une belle rousse, et des ados, soit très cons soit un peu moins.

En gros : mais qu’est-ce que c’est que ce truc qui nous arrive à nous, pauvres Amerloques croyant en Dieu et à la loi du plus fort ? C’est là où il a oublié d’être bête le Stephen. Par exemple, un dialogue entre le héros et le vilain, où ce dernier admet qu’il est un peu un criminel (après en avoir dézingué quelques) et l’autre lui répond qu’il est pire, un politicien !

Vous faites bien ce que vous voulez, mais moi j’ai bien aimé cette série, avec un papillon Monarch et de la SF discrète dedans. Ben oui, d’où vient-il ce truc, et pourquoi est-il là ?

D&D n°559 – Hommage à Papy.

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« Chansons de la Terre Mourante, tome 1 », anthologie de Gardner Dozois et George R.R. Martin

Publié aux States en 2009, Jack Vance a eu le temps de préfacer le bouquin avant de casser sa pipe. Les éditions ActuSF prennent des risques, mais pas trop quand sont mises en avant les fameuses initiales qui grondent et que tout le monde adule depuis la série télé  tirée de l’interminable Game of Thrones. Les anthos ont plus d’inconvénients que d’avantages pour un lecteur pénible comme moi. Je vous renvoie aux nombreux biftons les concernant.

Mes souvenirs de lecture de Vance sont mitigés, de plutôt bons de ma jeunesse lointaine (Tshaï au CLA, Cugel l’Astucieux) ou moins lointaine (Lyonnesse en Pocket) à beaucoup plus ennuyeux récemment (Durdane en FolioSF). J’admets volontiers que c’est un grand bonhomme de la SF et de la fantasy. Là, un certain nombre de dites « grandes plumes » d’aujourd’hui font du Vance, tendance magie plein pot.

Alors ça passe ou ça casse, selon les plumes et selon les lecteurs, comme c’est la loi des recueils. Sans rentrer dans les détails, on a, dans tous les cas, un maximum de noms impossibles pour les personnages, les animaux et les autres êtres fantastiques, et des litanies de sorts aux termes évocateurs. Cherchez l’humour ! Il y en a aussi pas mal dans ces nouvelles. Comme pour le reste, chacun sa définition de la chose.

Sur les sept nouvelles avec des magiciens, sans aucun fond mais qui peuvent être plaisantes à lire, j’en ai laissé tomber trois après quelques pages, celles d’un auteur inconnu de moi (Terry Dowling), d’un autre que je n’ai jamais apprécié (Glen Cook de La Compagnie Noire   et de Garrett) et d’un que je n’avais jamais lu (Jeff VanderMeer).

P.S.: Il semblerait que je passe par une période moyenne concernant mes lectures depuis Wyndham. Et je ne parle plus de toutes celles du microcosme grenouillesque essayées entre-temps. Personne ne supporte de ne pas être encensé et j’ai déjà trop d’ennemis.