D&D n°837 – Merci Roger, encore

« Le Songe d’une nuit d’octobre » de Roger Zelazny

Je vous disais il y a peu  mon admiration, frisant la fanitude, pour ce très grand auteur. Ce n’est pas avec ce livre-là qu’il me décevra.

Un peu compliqué à pitcher si on  ne veut pas être aussi nul que les auteurs de la quatrième de couv’, il s’agit d’un rituel qui a lieu tous les 19 ans, quand la pleine lune tombe le jour d’Halloween. Ces moments sont ceux où les « ouvreurs » tentent  d’appeler sur la Terre les Anciens Dieux décrits par Lovecraft quand les « fermeurs » tentent de les en empêcher. À cet étrange jeu participent des personnages ressemblant à Dracula, Scherlock Holmes ou Frankeinstein et son monstre. La partie commence dès le début du mois d’octobre en préparation du final.

Les joueurs sont accompagnés chacune ou chacun par un animal pensant et parlant. C’est d’ailleurs un chien, Snuff, le narrateur.

Le plaisir de lecture, outre la construction et la façon de raconter, vient de ce que ces événements, parfois dramatiques ou qui pourraient être angoissants, sont relatés avec légèreté et humour. Le rôle des animaux est aussi important, voire plus, que celui des humains. C’est un hommage au Lovecraft des dieux oubliés à tentacules mais aussi à celui du Monde des Rêves.

Et la meilleure amie de Snuff est une chatte.

Timothée Rey propose une préface fichtrement érudite et utile pour les curieux.

Du nanan !

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D&D n°833 – Déçu en bien

« La bibliothèque de Mount Char » de Scott Hawkins

Je ne vais pas me gêner pour utiliser cette expression en direct de Romandie, un pays où j’ai vécu de nombreuses années. Je m’attendais à un truc illisible, tous ceux qui me connaissent un peu ne me voyaient pas dépasser les 100 pages, même le gentil dirlitt pourvoyeur de ce SP.

Eh ben non, j’ai lu jusqu’au bout et  avec plaisir ce délire absolu de fantasy. En fantasy on peut écrire et inventer n’importe quoi. C’est pratique, facile et souvent pénible. Sauf toutes les exceptions dont il m’arrive  de biftonner, dont ce bouquin. Scott invente tout, des personnages impossibles à une cosmologie improbable, des dieux bizarres, des êtres omniscients et omnipotents, capables de ressusciter les morts, prévoir l’avenir, modifier le Temps, parler aux animaux.

C’est inracontable et je ne m’y essayerai pas (d’autres sur la toile l’ont fait, allez les lire). Je souligne deux choses majeures dans cette longue histoire racontée n’importe comment et surtout n’importe quand : le rôle majeur joué par les animaux et l’humour. L’auteur raconte des choses vraiment horribles mais toujours avec un ton léger et distancié qui donne tout son sel à son roman.

Mais pas de Bademoude sans bémols : je n’ai été surpris que par une fraction seulement de la succession de coups de théâtre à la fin et le dernier chapitre m’a gêné, tout ça pour annoncer une suite ? Alors que ce livre tient la route tout seul ? Ou est-ce un dernier effet comique ?

D&D n°829 – Uchronie au carré

« Aylus » (La voie des Oracles, III) de Estelle Faye

Et ça se complique encore ! Obligé de spoiler, de toute façon ce dernier tome n’est pas lisible sans les précédents. C’est une trilogie ! La règle en fantasy !

Bref, à la fin du tome II, Thya la Voyante, pour sauver certaines vies, à accepté le deal d’Hécate et remonté le fil du Temps et du Destin, inversant les rôles entre son père le héros et son oncle le voyant maudit. Tonton Aylus est Imperator, Rome est dirigée par les Devins et ça pose des petits soucis de liberté, genre on arrête les gens avant qu’ils ne commettent des crimes (ça ne vous rappelle rien ?). Les anciens dieux sont de nouveau adorés quand sont bannis les christophoros. La jeune Thya, de cette uchronie dans l’uchronie, est élevée par Tonton à Rome mais elle a bien ses pouvoirs de voyante et rêve de son autre vie. Quand à Thya la vielle, la seule à tout avoir vécu, elle va de nouveau tirer les ficelles, mais dans l’autre sens, si j’ose dire. Enoch n’est plus le même, le méchant frère non plus et Aylus est devenu un tyran malade.

J’arrête là la défloration d’une intrigue bien compliquée avec plein de nouveaux dieux et de créatures fabuleuses surgissant de partout et provenant des mythologies romaine, grecque, étrusque mais aussi celte et bien d’autres encore (mais pas égyptienne, bizarre). Vrais dieux en promenade sur Terre, dieux et déesses réincarnés en humains, des gentils (pas beaucoup et faibles) et des méchants nombreux, variés et puissants. Tiens ? Hécate a disparu. Bon.

La trame est éclatée et on voyage encore beaucoup entre Rome, Carthage, la Gaule aquitaine, la Brittania (et le Sidh des Celtes, malade aussi) et Borg des Vosges, bien sûr, où tout s’est joué et où tout se jouera. On prend le bateau, mais aussi le cheval des mers ou les vieux cairns et menhirs pleins de glyphes qui servent de portails à la Stargate, ou encore on demande gentiment au dieu qui ouvre les portes.

Alors c’est plein de personnages et de détails pas forcément utiles mais on suit très bien l’histoire, ce qui démontre que l’auteure a une imagination débridée mais raconte très bien. Même si j’ai trouvé qu’on frisait parfois le too much en dieux et créatures, j’ai terminé sans accroc et avec plaisir. Alors, que demande le peuple ?

D&D n°828 – Ça se complique

« Enoch » (La voie des Oracles, II) de Estelle Faye

Et pas qu’un peu ! Le récit n’est plus la quête linéaire de Thya depuis  l’Aquitaine vers des réponses à trouver dans les Vosges. Là on voyage, et loin.

L’oracle Aylus est bien fatigué et n’utilise plus son don  quand Enoch découvre les siens, ceux de sa sorcière de mère, maîtrisant la brume et le feu bleu. Thya, elle, abuse des visions sans tout bien comprendre (et le lecteur non plus.) Car malgré les foies encore tièdes de jeunes oiseaux ou mammifères, les images sont toujours violentes mais sujettes à interprétations variées. Bon.

Et voilà qu’interviennent nos vieux dieux fatigués, datant des Étrusques comme un ex-maître du Chaos à deux visages qui peut ouvrir des portes n’importe où vers n’importe où, téléportant qui veut avec lui, un gentil. On rencontre aussi Dionysos, devenu fou mais qui dira à certains où est Apollon qui sait où sont les Oracles. Bon.

Il y a surtout la très méchante Hécate qui aide le vilain frère de Thya à devenir empereur de Rome mais pour le manipuler dans sa recherche de Thya dans l’Empire Romain d’Orient.

La quête de notre héroïne à la tête de bois est maintenant celle des vieux Dieux Voilés (datant d’avant tous les autres) pour les engueuler sur le Destin quelque part vers un désert lointain d’Arabie profonde. Bon. Elle s’embarque pour Constantinople avec Aylus et Enoch mais bientôt Enoch meurt. Mais pas pour tout le monde, récupéré par Hécate qui, en plus de ressusciter les morts a le don d’ubiquité et le manipule dans son palais (quelque part en Asie Centrale). Les personnages sont séparés dans l’espace et le récit éclaté en divers lieux d’Orient, avec un retour en Aquitaine pour le Faune, l’Ondine et Dionysos.

J’arrête ce pitch impossible, c’est bourré d’actions et de rebondissements, C’est sympathique à lire, distrayant à souhait, même pour les incultes en vieilles mythologies. Je soupçonne d’ailleurs des inventions. Et la fin est un twist à la fois drameux et optimiste qui m’a donné envie d’entamer illico le tome III, « Aylus », un mec mort dans ce tome II. Taddam.

D&D n°827 – Pas fatiguant

« Thya » (La voie des Oracles, I) de Estelle Faye

Je vous avais dit tout le bien que je pensais de l’imagination et du style de la dame dans un post-apo parisien et romantique. Logique que je commande d’autres ouvrages d’Estelle. Mais, malgré ses prix, c’est de la fantasy (hum) jeunesse (aïe !). Nonobstant, je prends mon courage à deux yeux et j’entame le bouquin.

Ben, heureusement, ce n’est pas vraiment « jeunesse ». Si l’héroïne n’a que 16 ans, c’est déjà un caractère bien trempé qui ne nous ennuie pas avec des amourettes ridicules. Quant à la fantasy, indubitable, elle ne se passe pas dans un royaume enchanté mais chez nous, en Gaule, au Ve siècle, quand l’Empire Romain commence à battre de l’aile. Fille de général des armées romaines. Thya est une Oracle, qui voit l’avenir. Les Romains sont déjà bien cathos grave et éliminent tous ces restes du vieux monde et des vieux dieux. Mais il en survit encore, quelques uns, des gentils qui vont aider la jeune fille et des méchants qui vont l’embêter. Thya a un frère, particulièrement antipathique qui a des ambitions de sénateur et tente d’assassiner leur père.

Dans une espèce de quête (on est dans la fantasy, quand même), elle va s’enfuir avec Enoch, un maquilleur dragueur mais pas que et un vieux soldat de son père. Leur voyage agité les mènera dans un endroit où il s’est passé beaucoup de choses vingt ans avant.

C’est vraiment très facile à lire et la Gaule uchronique avec faunes, ondines et anciens dieux fatigués offre un cadre original.

D&D n°817 – Une sorcière idiote dans une Afrique dystopique

 

« Qui a peur de la mort ? » de Nnedi Okorafor

Après la SF chinoise, j’essaye l’africaine. Là encore l’auteure est une fille d’immigrés libériens qui vit aux States et écrit en anglais.

C’est seulement après avoir lu la postface que j’ai compris le point d’interrogation, qui n’existe pas dans le titre original ni dans le prénom de l’héroïne.

Parce que j’ai lu jusqu’au bout, non sans mal ni efforts, ce  roman qui n’a rien d’un post-apo et se déroule dans un morceau d’Afrique simplifié où ne subsistent que les horreurs des massacres, viols et tortures (sinon il n’aurait jamais eu de prix) et la magie. Pour moi c’est plutôt de la fantasy.

C’est l’histoire d’une jeune fille puis femme née d’un viol, métisse entre les deux ethnies qui se détestent depuis toujours. D’ailleurs il n’existe que deux ethnies dans ce bout d’Afrique, le peuple du Sel et le peuple Rouge faisant de la figuration.

Logiquement on s’attend à se projeter dans la tête du narrateur, ou, en l’occurrence, de la narratrice. Cela m’a été impossible. Pas seulement parce que c’est une femme mais parce que son comportement est aberrant. Ben que dotée de pouvoirs magiques extraordinaires – elle peut se transformer en n’importe quel animal, voyager en esprit et ressusciter les morts, entre autres ! – elle est parfaitement incapable de se contrôler. Dénuée d’empathie, elle se met tout le temps en colère et agit de manière absurde. Par exemple c’est elle qui, à onze ans, demande à être excisée alors que personne ne lui demande. Incapable de réfléchir, elle est uniquement conduite par ses émotions et ses instincts et n’apprend rien de ses échecs. C’est donc, de mon point de vue, une imbécile.

Quant au style, c’est simple, il n’y en a pas. Ce ne sont que descriptions sans aucune poésie et des dialogues. Par contre le découpage en chapitres courts m’a permis de finir.

Il paraît qu’ils vont en faire une série HBO, adoubée par G.R.R. Martin. Je ne la regarderai pas.

D&D n°791 – L’Histoire décalée

 

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« Le Bâtard de Kosigan. II. Le fou prend le roi » de Fabien Cerutti

Oui, je sais, c’est de la fantasy historique moyenâgeuse. Voir mon bifton sur le premier tome. La quatrième de couv’ est, comme d’habitude, imbécile qui compare Cerutti à deux que je n’aime pas, Jaworski   et Gentle. Comme ces derniers vendent bien, ce doit être attractif ? Bref, pour moi, heureusement que les aventures du Bâtard ne ressemblent pas à ce qu’on lit chez ces deux-là.

L’auteur est agrégé d’Histoire alors je le crois quand il raconte le début de la Guerre de Cent Ans. Mais m’est avis qu’il invente tout ce qui concerne la sorcellerie, les méchants elfes noirs, les druides, les ogres et les dragons. Toutes ces « races anciennes » (plutôt des espèces), dont certaines sont intelligentes, ont été éradiquées par l’Inquisition mais il en reste. D’ailleurs, la quasi invincibilité du héros n’est-elle pas due à son sang noir ? Alors de l’Histoire, oui, mais avec des méchants vraiment zarbis (la preuve ? Même les Anglois peuvent être gentils !).

Alors ça ferraille, bastonne et cavalcade sans arrêt. Il y a des blessés et des morts, et même un peu de torture, mais pour le héros qui ne s’en ressent presque plus le lendemain (sang noir, tout ça). Dans ce tome, il n’a pas le temps de culbuter la marquise mais il sauve la jolie dame qui lui rendra la pareille.

Alors c’est bien de la fantasy historique mais ce n’est pas lourd (malgré le nombre de pages), on comprend presque tout le vocabulaire et la plume est alerte.

Il y a toujours cette deuxième trame qui se passe à la fin du XIXe et qui sert de caution « véridique » aux mémoires de Kosigan. Son descendant d’alors aurait-il, lui aussi, un destin ?