D&D n°632 – Un chef d’œuvre absolu.

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« Le Voyageur du Mésozoïque » de André Franquin

Dans mon dernier bifton, j’ironisais sur la littérature ou les séries télé pour adulescents. Et pourtant, je voue une admiration sans borne à certains auteurs de bandes dessinées qui publiaient dans des journaux que j’achetais enfant, comme Franquin ou Tilleux. J’ai lu cette histoire à neuf-dix ans ! Et non, je n’y vois aucune contradiction. Aujourd’hui, plus proche du septua que du sexa, quand je relis pour la quatre-vingt-douzième fois (environ), cette aventure de Spirou et Fantasio, je continue à y découvrir des détails et la larme admirative (et nostalgique) me vient vite à l’œil.

C’est d’ailleurs plutôt une aventure du Comte de Champignac, et du marsupilami, que de nos deux héros, dont l’un passera toute l’histoire à être enrhumé. C’est de la science-fiction, oui, avec du réalisme scientifique dedans, oui, mais avec le bouchon poussé juste un peu trop loin, quand le dinosaure arbore des taches rouge et jaune ou que ce végétarien avale par distraction un savant atomiste des plus antipathiques (une première dans le genre, cette mort en direct).

Franquin est à cette époque, vu de ma fenêtre de non-spécialiste, au sommet de son art, de la qualité inimitable de son dessin à l’humour de ses textes. On peut y lire les plus beaux discours de Monsieur le Maire de Champignac, friand de formules sans queue ni tête. On peut y voir tout le mépris que portait l’auteur aux militaires et à leurs armes. On peut admirer chacune des pages dont aucune n’est banale. On peut lire et relire cette histoire sans jamais s’en lasser.

J’espère qu’on trouve cet album (sorti en 1960 ?) dans toutes les médiathèques et autres équivalents à disposition des gens de tous âges dans ce pays qui ne ressemble plus à grand-chose, mais aussi en Belgique d’où il vient et dans toutes les francophonies du monde.

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D&D n°631- Une série pour adus.

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« Witches of East End », saison 2 (2014), série créée par Maggie Friedman

C’est-à-dire pour adulescents, vous aviez suivi, on dit « young adults » aussi, voire « juvenile ». Bon, cela semble plus naturel de viser une tranche d’âge pour une série télé que pour un roman, mais on reste dans la même approche. Faisons donc un truc pas compliqué, voire un peu con, parce que c’est ça que les jeunes veulent (et, si ils n’en veulent pas, la pub’ ou com’ va leur faire comprendre qu’ils vont avoir l’air bête de ne rien connaître aux amours des vampires propres sur eux, par exemple).

Là, dans notre joli monde, les sorcières sont belles, gentilles et très fortes en potions et abracadabras, mais elles traînent une vielle malédiction, car elles viennent d’Asgard, un univers à côté où le roi est tellement méchant qu’il vient jusque dans nos sillons égorger ses fils et ses compagnes. Ou presque, en substance.

J’avais ricané gentiment sur la saison1 mais il y a des limites. C’est très bête et ça ne tient pas debout. Normal, les incohérences ne sont pas censées être perçues par ces cons de juvéniles qui ne s’intéressent qu’aux histoires de cœur et de cul. Et, comme par hasard, l’essentiel du scénar’ concerne ce pathos eros ridiculos.

Bref, ne faites pas comme moi, sauvegardez quelques heures de votre précieuse existence, évitez cette daubadu.

D&D n°630 – Accrochez-vous !

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« Volontaire désigné » de Pierre Stolze

Oui, retenez votre respiration, le temps de passer le premier des souvenirs de guerre de notre héros malgré lui, un soldat d’une guerre future ( ?) ou d’ailleurs. On commence par nager dans les entrailles en putréfaction. Le haut-le-cœur n’est pas loin. Mais vous avez fait le plus dur. Continuez, les dix autres épisodes des aventures horribles, voire atroces, mais aussi émouvantes ou comiques, et terriblement humaines, de ce troufion de base au destin impossible est une petite merveille de bouquin, qui mériterait un de ces prix distribués aux gentils éditeurs par leurs gentils auteurs (à moins que ce ne soit l’inverse). Toute l’horreur et l’absurdité de la guerre vous sautent à la figure, et vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

Mes biftons sur des bouquins se font d’autant plus rares que je suis devenu ( ?) difficile et que, dès que pointe l’ennui, même à la 300e page sur 400, je laisse tomber. Quand ce sont des francophones, je me retiens d’en bavasser (en général). D’ailleurs ils se retrouvent souvent nominés ou lauréats des récompenses citées plus haut. Ce préambule pour insister sur la qualité de ce court roman d’une formidable intensité.

Je vous avais déjà entretenus de cet auteur qui mériterait une plus large reconnaissance du minisculocosme de la SFFF de pffft.

Zyva Pierre Stolze !

D&D n°629 – Le dôme rétractable.

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« Under the Dome », saison 2 (2014), série créée par Brian K. Vaughan d’après Stephen King.

Après une première saison compliquée, rien ne s’arrange sous le dôme. Pourtant, on peut en sortir et y retourner. C’est le message essentiel de cette deuxième saison, riche en personnages nouveaux (une voyageuse du temps (oui, pas moins), la prof de sciences à l’éthique douteuse, la meuf du Big Jim, prophétesse par peintures, et d’autres).

Il y a toujours un nouveau problème existentiel posé par ce truc au-dessus de Chester Mill : plus d’air ou une pluie qui brûle, ou plus rien à manger, etc… jusqu’au bouzin qui se rétracte et fait trembler la terre. Et chacun et chacune se croit l’interlocuteur choisi par ce truc sorti d’un œuf qui change de couleur et fait voler les papillons Monarch.

Les caractères se trempent avec le temps et les personnages ont un passé. Pour l’avenir, rien n’est moins sûr. Sans faire son Martin de GoT, Stephen et ses coscénaristes en font mourir quelques-uns…

Il y a aussi de remarquable dans cette série, à mon très ô combien humble avis, une très belle actrice canadienne (rousse, en tout cas dans la série) et une ado remarquablement moche (pour attirer la sympathie, sans doute). Et le méchant, bien qu’avec des moments d’humanité, est un vrai gros méchant.

Comme dans la saison précédente, on suspend bien fort son incrédulité et son rationalisme afférent (« y relatif » disent les Romands) et on se laisse embarquer.