D&D n°571 – N’est-ce beau ? Pas pour moi !

 

l'homme chauve-souris

« L’homme chauve-souris » de Jo Nesbo

Bon, les gens, vous commencez à me connaître. Je fais des essais. Là, c’est genre célèbre grave de polar du Nord primé, adulé des esthètes critoques et tout le toutim.

Alors, le Jo, il a compris dans quel monde moderne il vivait et qu’il fallait faire long : moins de cinq cents pages pour un roman, ce serait juste inimaginable. J’ai lu les soixante-dix premières. C’est à mourir d’ennui. Un Norvégien va en Australie mais n’a jamais lu Arthur Upfield. C’est ballot. Peut-être est-ce la faute de la trad’ qui fait dans l’approximatif grave avec force renvois de bas de page pour expliquer les jeux de mots à deux balles. Ou peut-être pas. Les mises en place sur deux cents pages, comment dire ? Ce n’est pas pour moi. Bye bye, Nesbo.

Et venez pas m’emmerder avec les « faut lire jusqu’au bout avant de causer », parce que, et d’un je vous dit « pouêt ! », et de deux je sais ne pas être le seul à arrêter une lecture chiante. Et, en général, mon colonel, c’est au bout de vingt ou trente pages que le lecteur arrête de s’emmerder.

Si vous détestez mon mauvais goût, achetez ce truc !

D&D n°570 – Merci Monsieur, continuez, j’en veux encore.

 

9782743625269

« La descente de Pégase » de James Lee Burke

Encore un épisode de la vie de Dave Robicheaux que j’avais raté. Tant mieux pour moi, le plaisir est au rendez-vous, même si je ne prendrai jamais le temps de tout relire dans l’ordre… Si – bande de chanceux ! –, vous n’avez pas encore commencé, ne faites pas comme moi. Tout est chez Rivages, en poche, et l’ordre chronologique vous est donné par la wikipédie de pouêt. Le premier est « La pluie de néon ».

Là, nous sommes en 2006 en Louisiane, près de New Orleans, juste avant Katrina. Belle Mèche se fait vieux, son pote Clete aussi, mais ils continuent à réagir comme des gamins et à vouloir en découdre avec tous les méchants : ceux qui tuent les vagabonds gênants, qui violent les jeunes filles droguées, les riches véreux, les procureurs qui veulent faire une carrière politique, les racistes, les trafiquants, les souteneurs, la mafia. Baptist n’est plus là mais Dave peut aussi compter sur l’amour de Molly, son ex-religieuse de femme, et sur le soutien d’Helen l’ambigüe, qui dirige maintenant la police communale.

Rien à dire de plus que d’habitude. Burke est grand, comme je vous le répète à longueur de posts depuis des années (à rechercher en Yozonie ou sur overblog). C’est plein de sensations, d’odeurs, de paysages sublimés par une nature extraordinaire, de sentiments complexes, d’idées généreuses, malgré la lucidité de l’horreur, pas seulement de la condition humaine, mais de ce qui se passe dans la tête de certains.

D’aucuns pourraient trouver réac’ ou ringard ce héros ex alcoolo qui va aux réunions des AA et à la messe le dimanche. Mais écoutez-les penser, Dave le cajun sans autre diplôme que ses médailles gagnées au Viêt-Nam, ou son créateur, professeur d’université, et revenez me dire que ce sont des imbéciles qui n’ont rien compris à la vie et à la littérature…

D&D n°569 – Allez, y avait longtemps…

9782070450954

« La magnificence des oiseaux » de Barry Hughart

Zyva les gens, hurlez sur mon goût de cabinet : en v’là d’la daube selon HB, en v’là !

Normalement, quand on est bien comme il faut, on lit jusqu’au bout ce que des gentils  vous envoient (à leurs frais) en lecture. Mais il y a des vieux grognons, comme moi, qui amènent aussi peu d’acheteurs qui le détestent que ne le font les dithyrambiques qui racolent. Enfin, c’est ce que disent les économistes de pouêt dont je ne partage pas l’éducation.

Alors non, quoi, quatre chapitres lus en sautant les longues litanies de vraies fausses chinoiseries, censées être drôles (enfin, j’imagine), mais pas du tout. Une fausse Chine avec un faux costaud et un faux sage, avec plein de fausses légendes dont on n’a rien à faire autour. Ce sera sans moi qui ai pourtant zappé de longs paragraphes. Au dos, on évoque Pratchett qui ne m’a jamais fait rire (pour expliquer).

Inutile d’insister, pour moi comme pour vous, lecteurs. Sachez que même les difficiles comme la grande Cachou ou ma copine Sandrine, avec qui je partage parfois, quoique rarement, mon mauvais goût, ont bien aimé. C’est d’ailleurs l’opinion générale des blogueux, chroniqueurs et critiques du microcosme. Notez qu’en FolioSF c’est moins cher qu’en Lunes d’Encre mais ça reste, pour votre Henri, complètement illisible et inutile.

Ainsi vont les choses de la vie d’un mécréant, qui est passé à autre chose après avoir perdu une heure.

P.S. : Ce n’est certes ni la première ni la dernière heure perdue à essayer de lire des trucs, mais comme Barry n’est pas un gus de la SFFF, je m’autorise un râle, qui ne surprendra pas grand monde.

D&D n°568 – Joyeux délire et cocktail improbable.

 

Mariage-a-l-egyptienne

« Lasser. Mariage à l’Égyptienne » de Sylvie Miller et Philippe Ward

J’avais lu avec le sourire les premières aventures de ce détective gaulois établi dans une Égypte des années 30, où les dieux et les déesses sont encore là. Ce deuxième livre est plus consistant puisque c’est une même enquête qui dure sur 300 pages. Par contre, on ne se contente pas des dieux de l’Égypte ancienne, on convoque aussi le panthéon des Grecs et les dieux babyloniens, avec un dieu gaulois qui fait de la figuration. On y parle aussi beaucoup de bagnoles mythiques, ne me demandez pas pourquoi.

Il n’est pas question une seconde de crédibilité dans ce vrai-faux monde, alors n’y cherchons pas les incohérences et les fautes logiques. Une seule m’a perturbé, mais sans me causer de céphalée : comme dans les séries américaines de SF, tout le monde comprend tout le monde et semble parler la même langue, du djinn babylonien au terrible Zeus et aux dieux égyptiens. Pourquoi pas ? Sauf que l’enquête démarre sur un message incompréhensible par Lasser, qui est pourtant en grec, langue qu’il va ensuite comprendre parfaitement en écoutant aux portes.

Pas grave, c’est un roman d’aventures aux rebondissements incessants, avec de l’action en permanence, légèrement tempérée par des descriptions d’une Alexandrie qui a encore son phare et d’une Babylone avec ses jardins suspendus. C’est un monde merveilleux que celui-là, où le héros, croisement de Marlowe et de Bond, mais sans flingue, se sort des situations les plus improbables, jusqu’à se rendre dans les enfers égyptiens et grecs et en revenir, tout en culbutant la plus belle des demi-déesses traîtresses. C’est vous dire…

De la littérature de distraction qui va à cent à l’heure, sympathique et délassante.

D&D n°567 – Puissant.

delirium

« Delirium tremens » de Ken Bruen

Il y a peu je vous causais de la dernière aventure de Jack Taylor. La dir’coll’ de Folio Policier a lu ce bifton perdu dans l’immensité ouèbique (merci Pascal) et m’a envoyé le premier de la série. Vous y croyez, vous, à un truc pareil ? Ce mécréant mal embouché de Bademoude ne mérite pas sa chance. Mais il en profite.

Alors c’est puissant, âpre, écrit avec les tripes et les sentiments. Jack est alcoolo, qui s’arrête et recommence, mais ça ne l’empêche pas de penser, de raisonner, de lire, d’espérer, d’aimer.

Assez surprenante, l’écriture n’est pas hachée mais découpée, en chapitres très courts, avec des mots séparés d’une ligne à l’autre, des citations, des poèmes.

Le Bruen est de ma génération, celle des sexas qui ont quelques heures de vol, et de voyage. Mais je ne suis pas irlandais, alors je ne comprends pas tout de la musique et de la littérature citées. Peu importe, ça coule comme du petit lait ou du Jameson (j’aime pas la Guinness, nobody’s perfect).

C’est rangé dans les polars, parce qu’il faut bien cataloguer, comme Burke qui écrit bien au-delà de son étiquette en polar ou noir. Il y a bien une enquête, mais il y a surtout un bout de vie, avec de l’amour et de l’amitié, contrariés et compliqués, évidemment, mais avec du vrai ressenti, sans aucun sentimentalisme baveux. Un truc pas du tout pour les midinettes.

C’est vrai que lire cette sorte de romans après l’autre, là, c’est à se demander si je ne vais pas carrément changer de genre de lecture…et de microcosme autoconfit dans sa médiocrité.

D&D n°566 – Montalbano sono.

montalbano

« Commissaire Montalbano », 9 saisons (1999-2013), série produite par la RAI

FR3 a eu l’excellente idée de diffuser ces adaptations en téléfilms des enquêtes de Salvo Montalbano, le héros d’Andrea Camilieri, mais.

Il y en a des gros, des mais. D’abord la VF ne rend absolument pas justice à la merveilleuse langue chantante italienne, là dans sa version particulière sicilienne. Ensuite, la plupart de ces téléfilms de près de deux heures ont été raccourcis dans le format convenable pour notre télé de pouêt à 1h45 et enfin, comme d’habitude, ils passent dans un joli désordre.

Heureusement, il y a en France de vrais amateurs. Un blog dédié permet de télécharger les téléfilms en version originale sous-titrée. Laissez-moi vous dire que ça n’a rien à voir. Par contre, pour savoir le numéro et la saison de chaque enquête, il vous faut aller sur wikipédia. Quand vous avez pris le temps de faire tout ça et de numéroter vos téléchargements, vous pouvez alors déguster ces petits nectars, dans l’ordre, dans leur langue et sur toute leur longueur.

C’est beau comme la Sicile et la mer, c’est rigolo, c’est malin comme Camilieri et ça donne faim (les merveilles que mange le commissaire !). Les enquêtes sont parfois complexes mais Salvo marche à l’instinct et au culot. Il y a toujours de belles Italiennes (et de beaux Italiens, chacun ses yeux) et on passe une soirée agréable.

Là encore, dans un genre bien différent de Death in Paradise (d’ailleurs, il fait parfois frais en Sicile), on est loin du sombre, glauque, violent et drameux qui est la règle chez les Amerloques (et donc chez les Grenouilles imitatrices d’iceux).