D&D n°831 – Faible d’idées et mou du genou

« Les Affinités » de Robert Charles Wilson

La dernière fois oû je vous parlais de Robert, c’était il n’y a pas si longtemps, pour Les derniers jours du Paradis que j’avais trouvé médiocre. À l’occasion j’avais fait l’effort de chercher les liens des biftons consacrés aux bouquins du monsieur (Bel effort, admettez-le !). Retournez-y si envie.

En résumant, quand il débutait, Il écrivait des romans fantastiques courts plutôt bien (frisant Steinbeck et Sturgeon, disais-je avec mon exagération coutumière). Puis ce fut le miracle Spin, best-seller adulé, primé, incontournable néo-classique de la SF. Oui d’accord c’était bien, quoique longuet. Mais après… Des suites plus ou moins ratées et du portnawak à  foison.

Là on passe les bornes. Avec une idée pas terrible sur le regroupement en affinités électives décidées par des algorithmes, certains groupes humains sont mis en contact et s’entraident. Bon. De quoi faire une nouvelle, et encore, une courte. Alors, comme d’habitude, on se traîne pendant des pages et des pages avec la psychologie. Pas terrible puisqu’aucun des personnages n’emporte ma sympathie, et surtout pas le narrateur. Et des bavardages philosophiques au niveau des pâquerettes, alors que qu’ une des rares qualités que je reconnaissais au Robert, c’était de penser propre…

En plus, il veut faire un thriller. Or il ne maîtrise absolument pas : les scènes de bagarres ou fusillades sont nulles.

Le traducteur ne s’est pas amusé et a dû composer pour nous proposer des tranches, des brides et des sodalités. Par contre, le protéinome n’existe pas, le protéome, si. Quant aux algorithmes on les imagine plutôt évolutifs qu’évolutionnaires.

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D&D n°830 – Parano et rigolo

« X-files », saison 10, (2016), série créée par Chris Carter

J’étais fan de cette série et l’ai même revue entièrement il n’y a pas si longtemps. J’ai donc sauté sur cette reprise à sa sortie mais n’ai pas pu finir le deuxième épisode. Bizarre, hein. Faut dire que d’autres séries plus innovantes me tenaient en haleine, comme The Leftovers.

Puis je suis passé à la saison 3 de Twin Peaks, un truc vraiment dingue à la fois fascinant, inquiétant et difficile à comprendre, que je revisionnerai un jour mais dont je suis bien incapable de faire une analyse ou de donner une opinion. J’ai donc, après ces mois d’autres choses, repris cette saison 10 des X-files.

Alors ce n’est pas comme dans Twin Peaks, on n’est pas perdu du tout. Les personnages retrouvent leurs caractères, leurs qualités et leurs défauts, même s’ils ont aujourd’hui la cinquantaine. Carter continue à faire de la philo simplette et à opposer le mécréant Mulder à l’esprit ouvert mais lucide à la catho Scully tellement scientifique. Sur les six épisodes, le premier et le dernier occupent le fil rouge de la paranoïa totale, la fin du monde précipitée par les vilains qui dirigent le monde (dont l’homme à la cigarette qui n’est pas vraiment mort). Ces ordures utilisent la technologie extra-terrestre découverte à Roswell en 1947 ! La crédibilité du truc avec Scully qui sauve le monde d’une pandémie avec une pinte de son sang laisse à désirer mais bon…

Les autres épisodes sont des enquêtes souvent menées sur le mode distancié et rigolard où nos deux enquêteurs sur le retour ont l’air de bien s’amuser aussi.

Plutôt sympathique et parfois drôle, je vais me laisser tenter par la saison 11.

 

D&D n°829 – Uchronie au carré

« Aylus » (La voie des Oracles, III) de Estelle Faye

Et ça se complique encore ! Obligé de spoiler, de toute façon ce dernier tome n’est pas lisible sans les précédents. C’est une trilogie ! La règle en fantasy !

Bref, à la fin du tome II, Thya la Voyante, pour sauver certaines vies, à accepté le deal d’Hécate et remonté le fil du Temps et du Destin, inversant les rôles entre son père le héros et son oncle le voyant maudit. Tonton Aylus est Imperator, Rome est dirigée par les Devins et ça pose des petits soucis de liberté, genre on arrête les gens avant qu’ils ne commettent des crimes (ça ne vous rappelle rien ?). Les anciens dieux sont de nouveau adorés quand sont bannis les christophoros. La jeune Thya, de cette uchronie dans l’uchronie, est élevée par Tonton à Rome mais elle a bien ses pouvoirs de voyante et rêve de son autre vie. Quand à Thya la vielle, la seule à tout avoir vécu, elle va de nouveau tirer les ficelles, mais dans l’autre sens, si j’ose dire. Enoch n’est plus le même, le méchant frère non plus et Aylus est devenu un tyran malade.

J’arrête là la défloration d’une intrigue bien compliquée avec plein de nouveaux dieux et de créatures fabuleuses surgissant de partout et provenant des mythologies romaine, grecque, étrusque mais aussi celte et bien d’autres encore (mais pas égyptienne, bizarre). Vrais dieux en promenade sur Terre, dieux et déesses réincarnés en humains, des gentils (pas beaucoup et faibles) et des méchants nombreux, variés et puissants. Tiens ? Hécate a disparu. Bon.

La trame est éclatée et on voyage encore beaucoup entre Rome, Carthage, la Gaule aquitaine, la Brittania (et le Sidh des Celtes, malade aussi) et Borg des Vosges, bien sûr, où tout s’est joué et où tout se jouera. On prend le bateau, mais aussi le cheval des mers ou les vieux cairns et menhirs pleins de glyphes qui servent de portails à la Stargate, ou encore on demande gentiment au dieu qui ouvre les portes.

Alors c’est plein de personnages et de détails pas forcément utiles mais on suit très bien l’histoire, ce qui démontre que l’auteure a une imagination débridée mais raconte très bien. Même si j’ai trouvé qu’on frisait parfois le too much en dieux et créatures, j’ai terminé sans accroc et avec plaisir. Alors, que demande le peuple ?

D&D n°828 – Ça se complique

« Enoch » (La voie des Oracles, II) de Estelle Faye

Et pas qu’un peu ! Le récit n’est plus la quête linéaire de Thya depuis  l’Aquitaine vers des réponses à trouver dans les Vosges. Là on voyage, et loin.

L’oracle Aylus est bien fatigué et n’utilise plus son don  quand Enoch découvre les siens, ceux de sa sorcière de mère, maîtrisant la brume et le feu bleu. Thya, elle, abuse des visions sans tout bien comprendre (et le lecteur non plus.) Car malgré les foies encore tièdes de jeunes oiseaux ou mammifères, les images sont toujours violentes mais sujettes à interprétations variées. Bon.

Et voilà qu’interviennent nos vieux dieux fatigués, datant des Étrusques comme un ex-maître du Chaos à deux visages qui peut ouvrir des portes n’importe où vers n’importe où, téléportant qui veut avec lui, un gentil. On rencontre aussi Dionysos, devenu fou mais qui dira à certains où est Apollon qui sait où sont les Oracles. Bon.

Il y a surtout la très méchante Hécate qui aide le vilain frère de Thya à devenir empereur de Rome mais pour le manipuler dans sa recherche de Thya dans l’Empire Romain d’Orient.

La quête de notre héroïne à la tête de bois est maintenant celle des vieux Dieux Voilés (datant d’avant tous les autres) pour les engueuler sur le Destin quelque part vers un désert lointain d’Arabie profonde. Bon. Elle s’embarque pour Constantinople avec Aylus et Enoch mais bientôt Enoch meurt. Mais pas pour tout le monde, récupéré par Hécate qui, en plus de ressusciter les morts a le don d’ubiquité et le manipule dans son palais (quelque part en Asie Centrale). Les personnages sont séparés dans l’espace et le récit éclaté en divers lieux d’Orient, avec un retour en Aquitaine pour le Faune, l’Ondine et Dionysos.

J’arrête ce pitch impossible, c’est bourré d’actions et de rebondissements, C’est sympathique à lire, distrayant à souhait, même pour les incultes en vieilles mythologies. Je soupçonne d’ailleurs des inventions. Et la fin est un twist à la fois drameux et optimiste qui m’a donné envie d’entamer illico le tome III, « Aylus », un mec mort dans ce tome II. Taddam.

D&D n°827 – Pas fatiguant

« Thya » (La voie des Oracles, I) de Estelle Faye

Je vous avais dit tout le bien que je pensais de l’imagination et du style de la dame dans un post-apo parisien et romantique. Logique que je commande d’autres ouvrages d’Estelle. Mais, malgré ses prix, c’est de la fantasy (hum) jeunesse (aïe !). Nonobstant, je prends mon courage à deux yeux et j’entame le bouquin.

Ben, heureusement, ce n’est pas vraiment « jeunesse ». Si l’héroïne n’a que 16 ans, c’est déjà un caractère bien trempé qui ne nous ennuie pas avec des amourettes ridicules. Quant à la fantasy, indubitable, elle ne se passe pas dans un royaume enchanté mais chez nous, en Gaule, au Ve siècle, quand l’Empire Romain commence à battre de l’aile. Fille de général des armées romaines. Thya est une Oracle, qui voit l’avenir. Les Romains sont déjà bien cathos grave et éliminent tous ces restes du vieux monde et des vieux dieux. Mais il en survit encore, quelques uns, des gentils qui vont aider la jeune fille et des méchants qui vont l’embêter. Thya a un frère, particulièrement antipathique qui a des ambitions de sénateur et tente d’assassiner leur père.

Dans une espèce de quête (on est dans la fantasy, quand même), elle va s’enfuir avec Enoch, un maquilleur dragueur mais pas que et un vieux soldat de son père. Leur voyage agité les mènera dans un endroit où il s’est passé beaucoup de choses vingt ans avant.

C’est vraiment très facile à lire et la Gaule uchronique avec faunes, ondines et anciens dieux fatigués offre un cadre original.

D&D n°826 – Vienne, hiver 1902

« Du sang sur Vienne » de Frank Tallis

Oui, j’avais acheté aussi le tome 2 des Carnets de Max Lieberman et j’ai poursuivi ma lecture. Pas forcément une bonne idée, même si ni le style ni le format ne changent, les pâtisseries viennoises sont un rien lourdingues, à force. La description minutieuse des monuments et statues avec les noms de rues et de quartiers, même en Français ça me gonfle, alors…

Sinon, on change complètement d’enquête et les deux potes, le psy et le flic, recherchent un serial killer qui a des méthodes bien particulières. On fait encore appel aux théories fumeuses de papa Freud pour décrypter les mystères et on baigne dans des milieux variés notamment ultranationalistes bien racistes qui prônent la suprématie des races nordiques, cafés sordides à putes et à soldats, bas-fonds où se réfugient les ultra pauvres ou encore franc-maçonnerie. Là j’ai un peu zappé les rites, parfaitement inutiles à l’histoire mais que Frank, qui a bien fait sa doc (une page et demie de remerciements), tient absolument à nous expliquer en détail.

Mis à part ces défauts légers, Max le psy tombe amoureux et doit annuler ses fiancailles, ce qui le perturbe fort. Et, comme dans le premier opus, il se retrouve à la fin seul à seul avec l’assassin et est bien près de mourir (impossible, c’est le héros).

D&D n°825 – Sigmund et apfelstrudel

« La justice de l’inconscient » de Frank Thallis

Je comprends pourquoi ce bouquin de pur fantastique avec zombies et démons de F.R. Thallis  est paru en Grand Détectives. C’est parce que son auteur, un psychologue anglais renommé, signe Frank Thallis « Les carnets de Max Lieberman », des enquêtes d’un jeune psychiatre dans la Vienne du début du XXe siècle.

Ce jeune homme a pour meilleur ami un inspecteur de police qui fait appel à lui pour faire le profil de ses suspects. Adepte de Freud, un type jovial et sympathique ( !) qu’il va voir de temps en temps chez lui, le psy analyse lapsus et hésitations, fait parler les témoins en les allongeant sur un lit ou même en les hypnotisant  (ce qui ne plait pas à Sigmund) et analyse leurs rêves. Il soigne aussi à l’hôpital une jolie hystérique qui va les aider par son esprit scientifique.

L’affaire est compliquée : une jeune et belle voyante est retrouvée assassinée dans une pièce fermée de l’intérieur et par une balle en plein cœur que l’on ne retrouve pas. Tous ses clients sont suspects. C’est l’occasion de faire le tour de la société viennoise en 1900 : grands et petits bourgeois, commerçants, politiciens ou de mileux moins recommandables. Frank a fait un gros travail de documentation (il y a une page de remerciements) et on apprend beaucoup sur les cafés (bien sûr), les différentes recettes du breuvage qui y est servi et la variété des pâtisseries. On visite aussi une expo d’art moderne où expose Klimt et on y écoute et joue beaucoup de musique. Vienne, quoi.

Malgré l’abondance de détails qui allonge un peu le texte, l’histoire est enlevée et on ne s’ennuie pas. La lecture est facilitée par le découpage en courts chapitres. Dépaysant, délassant et original.