D&D n°640 – Tout est dans tout.

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« Dirk Gently », saison unique de trois épisodes (2012), créée et écrite par Howard Overman, d’après Douglas Adams

En voilà une série qui aurait dû cartonner, ou – les gens sont … disons, graves ? – mériter un succès d’estime. Que nenni, pas vendable aux adus ni aux ménagères de y ans, les cœurs de cible, donc pas pubardable, et on oublie…

Rigoureusement impossible à résumer, cette mini-série british (what else ?) vaut le visionnage du curieux et de la curieuse. On suit trois enquêtes d’un détective holistique, pas moins et carrément, qui relie entre elles des choses qui n’ont a priori rien à voir. C’est surprenant et décalé, mais surtout c’est drôle. À l’anglaise. Le héros n’est pas sympathique mais peut le devenir. Son associé/assistant est trop con pour être vrai, et pourtant…

Pour changer des zombies, des hostos, des avocats ou des papes pourris, sans parler des hobbits et des vampires, mon conseil de fin d’année.

D&D n°639 – La littérature d’aujourd’hui m’est fatigante.

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« La voix du couteau » (« Le chaos en marche » tome 1) de Patrick Ness

L’auteur a été prof d’écriture à Oxford. Donc, s’il écrit comme un cochon, c’est exprès. Et, comme il a gagné plein de prix et vendu plein de livres, il a raison.

Aujourd’hui on écrit long, très long, un bon 500 pages par livre et il y en a trois. L’histoire (de ce premier tome) tiendrait sur une feuille recto-verso mais l’important est dans la manière, le style, la patte.

Un adolescent orphelin s’enfuit de son village, une des « colonies » établies par des religieux fanatiques sur une planète paumée. Une étrange maladie a frappé les colons : les hommes sont devenus télépathes émetteurs-récepteurs, et ça fait du bruit. Le gamin rencontre une gamine qui a perdu ses parents ( !) lors d’un vol de reconnaissance pour une deuxième vague de colonisation. Pendant tout le bouquin les deux orphelins fuient les vilains et les très vilains, dont un prédicateur fou qui ne meurt jamais. La cohérence m’a semblé parfois aussi foutraque que le style, mais bon.

Le hic c’est que j’ai lu jusqu’au bout ce truc écrit n’importe comment, sans orthographe ni syntaxe. C’est délibéré, d’accord, mais c’est moche et inquiétant pour les jeunes lecteurs. Pourtant ça fonctionne puisque j’ai fini. Malheureusement, au bout de ce premier tome, les gamins se retrouvent dans une situation encore pire qu’au début (oui je spoile mais à peine), je n’ai donc aucune envie de lire la suite. C’est ballot.

P.S.: C’est de la littérature « jeunesse » ou « adu », me dit le ouèbe. Tout s’explique ! Pour l’orthographe, par contre…

D&D n°638 – Incrédulité, suspends ton vol !

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« Haven, saison 5 » (2014), série créée par Sam Ernst and Jim Dunn

Les saisons se suivent et l’étrange charme désuet de l’impossible persiste, malgré les gros risques de lassitude. Mais les saisons sont courtes, treize épisodes, et on tient aisément le rythme hebdomadaire. Il paraît que cette saison 5 sera en deux morceaux de treize épisodes, double quoi. On y va pour la première moitié :

Alors, après l’ouverture du portail dans la grotte sous le phare, Audrey est prisonnière de Mara, sa grande sœur-elle-même-en-même-temps-mais-méchante. Le cow-boy Nathan à une expression de visage (exceptionnellement deux) réussit à l’en faire sortir avec l’aide du voyou au grand cœur, Duke. Le pauvre est pourtant bien triste d’avoir perdu sa Jennifer et malade de tous les « troubles » qu’il traîne dans son sang.

En plus, le géant chef des gardiens devenu sheriff (oui je tease un peu, et alors ?) va lui aussi tomber amoureux, d’une enquêtrice fédérale en charge des maladies. Mais qui est donc cette personne ? Vous le saurez en fin de demi-saison.

Perso, je ne suis pas encore lassé, je vais donc attendre l’autre moitié de saison, qui pourrait être la fin de la série.

P.S.: Je fais l’effort de vous coller les liens concernant la saison 1, 2, 3 et 4.

D&D n°637 – Bye bye, Doctor.

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« Doctor Who (2005) », saison 8, série dirigée par Steven Moffat

J’ai eu toutes les peines du monde à me retrouver dans la saison 7, le truc final avec tous les docteurs (s’en fout les paradoxes !) et toutes ces exagérations de l’au-delà des axiomes même de la série. Mais je ne suis pas un érudit ni un drogué au truc qui a tout vu depuis le début. Non, je regarde depuis que ça a recommencé en 2005. Et quelques épisodes anciens.

J’avais été conquis et enthousiaste avec le 9ème et le 10ème (Christopher Ecclectston et David Tennant). Je dois avoir un souci avec le show runner en titre depuis. J’arrivais quand même à regarder la série, trouvant quelques épisodes corrects, voire sympathiques( utilisez le truc « recherche »). Mais là, en 2014, on dépasse mes capacités d’adaptation. Le 12 (ou 13 ?) ème est vieux, aigri et antipathique. Le comble pour un Doctor Who. Sa « compagne de voyage » à tête ronde me tape sur les nerfs et son personnage est celui d’une idiote amoureuse (double peine) qui vit des aventures d’adolescents.

Que la série soit destinée à tous les âges, je sais et ça ne me dérange pas. Que ça devienne idiot mais tellement référencé (pour que les vieux fans s’y retrouvent), je ne comprends plus en quoi cela peut m’intéresser. Dont acte. J’abandonne.

D&D n° 636 = 151 – Alors là pardon, moi j’dis chapeau ! Ça c’est champion !

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« Le Déchronologue » de Stéphane Beauverger

Un papier d’avril 2009, parce que j’ai vu passer des « contributions* sur ce livre et, comme j’ai du mal à causer de ce que j’ai lu ces derniers temps, hop je recycle.

« Vous commencez à me connaître, enfin vous mes rares lecteurs éparpillés sur la toile : j’ai plus tendance à grogner qu’à m’esbaudir. La faute à la bademouderie constitutive. Ça m’arrive aussi de dire du bien mais il y a beaucoup plus de daubes que de délices dans ces 151 billets (quand même) depuis 3 ans que la Yozone m’a offert cet espace.Je viens de prendre une claque, une sorte de parce que c’est quand même de longues heures de lecture. Bravo Monsieur Beauverger ! Votre roman est un morceau bien goûtu dans la soupe clairette et sans saveur qui paraît chez les libraires de nos jours.

Vous lirez partout, chez les sites dédiés, des analyses argumentées de pourquoi cet ouvrage est bel et beau, ou pas. Sur ce coup, je vais rester sur le ressenti de lecture.

Un capitaine pirate, un vrai de la flibuste du XVIIe siècle dans les Caraïbes, nommé Henri Villon (pour le prénom je ne dirai rien mais pour le nom je m’incline bien bas) va vivre la fin du monde, provoquée par des factions venues du futur et qui jouent avec le Temps. Du coup, pour coller à la thématique, Beauverger tronçonne son histoire en mélangeant la chronologie, délinéarisant son roman en racontant dans le désordre les aventures de son narrateur et capitaine au grand cœur qui boit trop. Et il écrit d’une manière qui colle à l’époque – heureusement que Villon est lettré.

C’est prenant, c’est extraordinairement sympathique, c’est souvent (un peu trop peut-être ?) horrible et douloureux, c’est vraiment de la SF quand même (qui se passe dans un XVIIe siècle dystopié), c’est foutrement original et malin, ça évite les explications pénibles de la hard SF (du coup on n’est pas sûr de tout comprendre mais c’est pas grave, la physique quantique on ne comprend rien non plus), c’est très bien écrit (à mon avis évidemment), c’est un plaidoyer pour la liberté des hommes individuellement et des peuples (mayas dits itzas contre espagnols dits spaniards), c’est remarquablement documenté (il y a la biblio à la fin), c’est plein de bruits et de fureur, c’est terriblement dépaysant.
C’est un grand livre qu’il faut lire. Et ce malgré des petits défauts que je préfère passer sous silence.

Je n’en dirai pas plus, on est dans la catégorie super bouquin qui mérite plein de prix, en espérant que ce sera bien le cas. Alors, La Volte retirera à des milliers d’exemplaires après avoir corrigé les boulettes et coquillettes qui gâchent bêtement le plaisir.

Ah, ça fait du bien de lire des bons livres ! Merci encore Stéphane, vraiment. »

P.S.: Cinq ans et demi après, comme je n’ai pas relu la version Folio SF, je veux croire que les coquillettes ont disparu. Chapeau pointu !