D&D n°771 – Une dérive en Chine

 

« Le vol du pigeon voyageur » de Christian Garcin

Sans pouvoir me souvenir qui m’avait recommandé ce petit roman, je l’extrais de mon étagère de à lire et le termine en deux jours. Oui, c’est de la blanche, il m’arrive d’en lire aussi.

Outre que c’est fichtrement bien écrit, le narrateur a tous mes défauts (paresse, indécision, doutant de lui comme des autres) et il m’est fort agréable de partager les non-aventures en Chine de cet écrivain sans le vouloir et journaliste sans conviction. Son gros patron l’envoie en Chine rechercher sa fille. Dès l’avion, il rencontre des gens, puis d’autres et visite Pékin et Xian.

Il s’adapte à la philosophie et au comportement des Chinois, se fait fleuve plutôt qu’arbre et finira par boucler son enquête en prenant des détours plutôt que la voie directe.

Tout du long j’ai pensé à une dérive, comme disaient les situationnistes, une errance à travers les rues et les sites mais aussi les pensées et les opinions.

D&D n°770 – Gouleyant

 

« Le Paris des Merveilles. III. Le royaume immobile » de Pierre Pevel

Ben forcémuche, hein. Après les tomes I et II, étant donné ce que je vous en avais dit, je ne pouvais que lire ce troisième. Et j’ai bien fait.

On retrouve avec plaisir le mage Griffont et la belle enchanteresse Isabel grâce à la plume alerte et drôle qui narre leurs aventures. Aucune lassitude ne s’est glissée entre deux chapitres et j’ai lu le bouquin avec le sourire et l’envie d’y retourner dès que j’avais cinq minutes. Et – vous commencez à me connaître après des centaines de biftons – ça ne m’arrive pas très souvent.

Vous pouvez vous reporter aux avis indiqués en lien plus haut sur les deux premiers tiers. Les aventures sont différentes, comme les protagonistes secondaires et les machinations, mais l’ambiance, la légèreté et l’élégance sont toujours au rendez-vous, avec un petit plus sur les bagnoles de la Belle Époque.

Encore un auteur de la SFFFF qui fait plaisir à lire. Mème si ses Lames du Cardinal m’ont gonflé au deuxième volume, je lirai volontiers sa nouvelle série.

D&D n°769 – Brutal mais sympathique

 

« Le Bâtard de Kosigan I. L’ombre du pouvoir » de Fabien Cerutti

D’habitude, je goûte moyennement la fantasy moyenâgeuse à la GRR ou à la Gentle qui n’en finit jamais. Mais, vous me connaissez, j’essaye de rester ouvert d’esprit. Alors – la faute à Pascal Godbillon – je tente ce Prix des Imaginales et des lycéens 2015. Eh ben, je me suis fait avoir. C’est prenant et bien enlevé. On ne s’ennuie pas et on est souvent surpris au détour d’un chapitre.

J’ai malgré tout été gêné par la deuxième trame narrative et épistolaire. Contrairement aux aventures impossibles du quasi invincible chevalier mercenaire dans une Champagne uchronique du XIVe siècle, elle concerne son héritier à la fin du XIXe. Sans doute est-ce aussi une façon de pousser le lecteur à acquérir la suite ?

Bon, encore un du microcosme, mais, pas comme d’autres plus en vue, celui-là a mérité ses prix, à mon mauvais goût et humble avis.

D&D n°768 – De retour de grognonerie

 

« F.E.L.I.N.E. » d’Arnauld Pontier

Bien aimées lectrices et honorables lecteurs, mes expériences récentes de lecture furent décevantes, voire pénibles. Comme les auteurs essayés sont de gentilles personnes du microcosme de la SFFFF, conformément aux engagements que j’ai pris avec moi-même, je n’en dirai mot.

Par contre, je peux causer de ce bouquin que je viens de terminer sans déplaisir. Il s’inscrit dans la tradition de la SF de papa, des space-op’ où on se déplace d’un bout à l’autre de la galaxie sans souci avec le temps ni la relativité. Pour changer, c’est une héroïne, un peu à la Barbarella, qui dispose de superpouvoirs et ne déteste pas les parties de jambes en l’air. Elle fait aussi un peu James Bond avec permis de tuer les ennemis de son Superviseur, une de ces IA qui font la pluie et le beau temps dans la galaxie.

Mais ces « déviants » qu’elle doit éliminer sont-ils vraiment les méchants ? Ils prétendent vouloir reconquérir la liberté que la machine a confisquée aux hommes et aux autres peuples humanoïdes. Et elle-même, avec sa capacité extraordinaire à se déplacer plus vite que le temps, est-elle aussi une machine ? Notre héroïne trouvera une partie des réponses après moult aventures, tribulations, combats, trahisons et retournements de situations. Distrayant, sans prise de tête et d’une longueur optimale (181 pages).

D&D n°767 – Pour changer

 

« 52 plus belles couvertures de Rivière Blanche »

Ce bifton ne parlera pas de romans (je souffre en lisant, actuellement) ni de séries télé (les bonnes sont en cours de saison) mais d’illustrations.

Rivière Blanche, ce petit éditeur (qui ne gagne pas de sous mais à être connu), se fait un plaisir qu’il partage pour pas cher avec ses fidèles lecteurs, qui ont eux-mêmes choisi ce best of.

Il y a de tout comme inspirations, comme styles et comme nationalités des artistes. Et il n’y a pas que du sous-Brantonne (gaffe à la couv’ des couv’) mais des genres très variés, du space-op au fantastique, ou au steampunk, de l’horreur à la féérie fantasique.

Mon pote Hervé, qui publie là-bas, a une de ses couv’ classée onzième préférée. Merci Stephan Martinière, dit-il, reconnaissant.

Que serait un roman de gare sans couv’ qui claque ? Hein ? Confondu avec de la blanche à la Gallimard ? Nan, c’est pas possib’, j’y crois pô, répond l’autre.

D&D n°766 – Du mauvais goût

 

« Le dernier château et autres crimes » de Jack Vance

Depuis le début de ces biftons, en mars 2006, j’ai prévenu que j’avais un goût que beaucoup allaient trouver mauvais, rarement en phase avec ceux qui savent, éditent et glosent, ceux des connaisseurs et érudits en SF. Ce qui m’a valu, malgré ces avertissements liminaires, moult rejets et ruptures d’amicalitude. Mais on ne se refait pas, surtout à mon âge avancé.

J’ai lu quelques Jack Vance avec plaisir, il y a longtemps, les cycles de Tshaï en CLA et de Lyonnesse en Pocket. Depuis, j’ai souvent été déçu. Eh ben ça continue.

Dans ce bouquin il y a quatre romans courts ou novellas, censés flirter avec le genre policier, comme expliqué savamment par la préface. Soit c’est mal traduit, ce qui semble peu probable puisqu’ils s’y sont mis à trois par texte, soit c’est mal écrit. Les phrases trop courtes sont bourrées de noms impossibles à mémoriser.

Les histoires (j’en ai fini deux parce que c’est bref) sont basées sur une idée et un monde à la Vance, avec des peuples bizarres et une zoologie ou une botanique bien particulière. Dans Les maisons d’Izhm, des arbres produisent des maisons très recherchées, ce qu’un innocent vindicatif va apprendre à ses dépens. Il y a un peu d’humour et une chute qui se veut drôle. Mais je me suis ennuyé. La deuxième histoire, Alice et la cité, n’a aucun sens ni fond, sauf qu’une belle richarde se joue de truands. J’ai essayé les premières pages des deux autres novellas mais non, la prose de Jack m’est indigeste. Et ce malgré l’humour (que j’espère volontaire).