D&D n°786 – Même pas drôle

 

« Fan Man » de William Kotzwinkel

Je ne sais pas s’il existe un mot pour la nostalgie des choses que l’on n’a pas vécues, mais j’ai souvent cette impression quand je rencontre des gens qui parlent des années 60-70 alors qu’ils n’étaient pas nés ou à peine. Ce doit être la motivation de l’éditeur qui a fait traduire en 2008 ce bouquin de 1974.

Alors c’est peut-être rigolo en amerloque, peut-être. C’est l’histoire d’un hippie crasseux défoncé en permanence qui vend des ventilateurs (d’où le titre) et tente de monter une chorale avec des filles de moins de quinze ans qu’il essaye de sauter. Cela avait sans doute des échos avec une actualité new-yorkaise à la fin des 60’. Mais cela ne correspond à rien aujourd’hui.

Désolé mais je n’ai pas ri une fois, même pas souri, alors que ce bouquin est vendu comme chef d’œuvre comique. C’est court, pourtant, mais je n’ai pas pu finir les 194 pages, mec. Comme chacun sait : l’humour est chose du monde bien mal partagée.

D&D n°785 – Grignotage sans ennui

 

« Dimension Arnauld Pontier » de Arnauld Pontier

J’avais apprécié son roman chez Rivière Blanche, alors j’essaye son recueil de nouvelles au titre bizarre mais c’est la collection qui veut ça. Parce qu’il n’y a pas qu’une dimension, ni au monde, ni à l’auteur.

On ne s’ennuie pas pour plusieurs bonnes raisons. D’abord les nouvelles sont courtes (en briton ou amerloque des shorts, pas de novelettes ni de novelas). Donc, si vous vous faites suer, vous passez à la suivante (y en a plein : vingt-sept). Cela m’est arrivé sur un truc tellement hard science que je n’ai pas tenu. Ensuite ce sont de vraies histoires avec une fin, une chute on dit. Et j’ai lu des paquets de textes où seule l’ambiance importait, avec une fin ouverte ou pas de fin du tout. Et enfin c’est un joyeux mélange de SF et de fantastique, ce qui fait que l’on est chaque fois surpris.

J’ai apprécié l’esprit, avec un humour  discret et une légèreté générale. Par contre j’ai tiqué sur les introductions précédant chaque texte. Cet exercice difficile a une fâcheuse tendance à être prétentieux (la palme revenant à ce vieil Isaac) et ne sert pas à grand-chose. Chacun(e) peut voir ou comprendre ce qu’il veut dans un texte, pourquoi l’auteur l’a écrit n’a pas, pour moi, d’intérêt.

Dommage que le recueil s’achève sur un texte hommage à velléité humoristique qui ne m’a pas fait rire.

Sinon, le temps passé à la lecture de ce bouquin était agréable et ce n’est pas à chaque fois, comme vous le savez…

D&D n°784 – Un Breton entrepreneur

 

« Un air de liberté » de Colette Vlérick

Non ? Si ! Tout arrive même l’impossible : votre vieil Henri lit de la littérature « terroir » ou régionale. Eh ben ça le change de la littérature d’imaginaire ennuyeuse mais qu’il faut lire. Les deux-cent- cinquante pages s’avalent comme du petit lait.

Et on change aussi de monde et de société. Les Bretons à la fin du XIXe siècle ce sont des sortes d’extraterrestres, avec leur coutumes et traditions rigides, leurs fringues impossibles, la différence de classes entre ouvriers miséreux, paysans avec ou sans bien, petits commerçants et gros industriels hyper riches et puissants. Jean-Marie Le Guen – plus breton tu meurs – , parti de tout en bas, va gravir les échelons de cette société en essayant de faire le bien.

Bien qu’hyper documenté et donc, parfois, un peu abscons (sur le fonctionnement d’une filature ou le détail des armoires et des vêtements), c’est un roman vivant et prenant. On ne peut qu’admirer le talent de conteuse de Colette dont j’avais déjà bavassé.

D&D n°783 – Bondieuserie

 

« Le Moineau de Dieu » de Mary Doria Russell

Vous commencez à me connaître, j’ai mauvais caractère mais je m’efforce de garder l’esprit ouvert et de prendre l’avis des autres (gentils libraires et aimables blogueurs). Alors j’achète des pavés, que j’ai souvent du mal à finir. Voir le billet précédent.

Ce bouquin-là est également unanimement considéré comme un chef d’œuvre incontournable, qui a gagné plein de prix à la fin du siècle dernier. Dont acte. Ce qui devait arriver arriva : je coince et m’arrête à la moitié environ, page 251.

L’auteur est une maline, elle utilise un procédé rarement employé : commencer par la fin. Une expédition financée par les Jésuites sur une planète proche s’est très mal terminée et le seul survivant est un prêtre torturé qui aurait tué et se serait prostitué. Boum. Puis on entrelarde le passé, l’origine de cette expédition, la rencontre de tous ces héros et héroïnes sympathiques, avec le présent du prêtre en grande souffrance physique et morale. Par un deuxième procédé, beaucoup plus courant, le lecteur est tenu en haleine par la divulgation, par toutes petites touches, de ce qu’il s’est vraiment passé. Alors forcément c’est longuet, hein, les circonvolutions psychologiques des unes et des autres, les considérations philosophiques de chaque idée ou décision, la révélation métaphysique des événements, etc.

Mais j’ai abandonné parce que l’essentiel du bouquin, le fond, est de prouver l’existence de Dieu, ou en tout cas la beauté de la Foi. Alors, je ne sais pas vous, mais je n’achète pas un bouquin de SF pour y lire l’apologie de la Compagnie de Jésus qui, malgré ou grâce à ses défauts assumés, serait le plus extraordinaire et fascinant des ordres religieux.

Alors oui je n’ai pas de patience, je n’ai fait qu’entrevoir le pourquoi de l’échec et du comportement du curé, un excès d’humanisme appliqué à des non-humains ou quelque chose comme ça, parabole ( !) des relations entre deux civilisations. Mais trop de bondieuserie pour moi, excusez.

D&D n°782 – Un certain ennui

 

« Kalpa impérial » de Angélica Gorodischer

Je vous ai déjà balancé mes lieux communs sur l’Argentine du foot, du tango, des gauchos et des colonels mais aussi de Borgès, de Cortazar ou de Bioy Casarès. La dame vient de ce pays et on le ressent en la lisant.

Le style et le discours sont profondément originaux. À ce titre, le bouquin mérite la lecture. Mais, quand on a un mauvais caractère et bien peu de patience, on se lasse de ces longues histoires de tel ou tel empereur ou ville inventés et on finit par laisser tomber.

Je m’excuse auprès de la dame, de l’éditeur courageux spécialisé hors norme, et de ceux qui savent ce qu’est la littérature mais l’ennui m’a gagné progressivement et je n’en avais plus rien à faire de ce qu’il allait advenir dans les pages suivantes. J’ai lu la moitié mais je m’arrête là, faute d’envie d’en lire plus.

Mais c’est beau, hein, une langue pleine de longues phrases sans fin bourrées d’itérations et de virgules tout en évitant d’être pénible. Il y a même de l’ironie et de l’humour, malheureusement je n’ai pas accroché.

D&D n°781 – C’est pas l’extase

 

« Les talents de Xanadu » de Theodore Sturgeon

Trouvé pour un nieuro chez un libraire, je me disais que je n’avais pas lu celui-là ou que je n’en avais plus souvenance.

La première nouvelle qui donne son titre au recueil est fort sympathique, les autres moins, parfois longues et ennuyeuses. Il est vrai que dans les années 40 et 50 du XXe siècle, du temps de l’Age d’Or de la SF, les auteurs mangeaient grâce à leurs textes courts dans des revues.

Pourtant, hormis ces chefs d’œuvre incontestés que sont Cristal qui songe et Les plus qu’humains, j’avais bien aimé aussi deux novellas noires de Maître Sturgeon.

D&D n°780 – Ben ça le fait

 

« Odyssée sous contrôle » de Stefan Wul

À l’époque bénie du Fleuve Noir Anticipation, les romans étaient formatés, à 200 pages environ, et j’en suis nostalgique. Y a bien aujourd’hui une collec’ de novellas ou romans courts mais j’ai pas eu de chance avec jusque-là. Sinon, au passage, je rabâche encore que c’est un blog de billets d’humeur, pas de critiques littéraires. Un jour les pontes autoproclamés finiront par le comprendre. Je ne désespère pas.

Stefan nous embarque dans des aventures complètement dingues dont il a l’habitude, sur une planète impossible peuplée de drôles de loustics, dont des nains a priori sympathiques et des cépodes qui le sont moins. Le héros grand fort beau et pas bête tombe amoureux et devra s’employer tout du long pour sauver sa belle. Il en vivra des trucs pas croyables. La fin est un formidable retournement dont je ne vous dirai rien.

Le roman est suivi de trois nouvelles courtes (novelettes ?) où l’humour est roi.

Une lecture délassante et sympathique, que demande le peuple ?

(Comme souvent, la couverture n’a strictement rien à voir avec le texte)