D&D n°685 – Une histoire de vieux.

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« Kirinyaga » de Mike Resnick

C’est l’histoire d’un vieux traditionaliste qui appelle utopie le retour en arrière, à l’âge de pierre ou presque, quand on donnait à manger aux hyènes les vieux et les infirmes, qu’on excisait les jeunes filles et qu’on achetait ses femmes quelques têtes de bétail. Cela se passe dans le futur sur un astéroïde terraformé comme le Kenya d’avant les colons.

Le vieux qui raconte se dit sorcier. C’est un menteur qui ne fait pas de magie mais demande, via son ordi dont lui seul à l’usage, de faire tomber la pluie ou d’affamer ses ouailles, pendant qu’il jette ses cailloux et prie son dieu en bénissant les épouvantails.

Alors oui, il y a un rien de subtilité dans l’ambigüité. Le narrateur est un réactionnaire buté mais l’éveil des consciences va finir par lui donner tort, quand la sympathie de l’auteur semble pencher jusqu’au bout vers le vieil imbécile. Sans pousser loin l’analyse, dont je suis bien incompétent sinon incapable, cela sent très fort – pour être poli – le paternalisme à relents colonialistes dans la dite ambiguïté.

L’auteur est aussi un vieux pénible qui, comme papy Asimov, ne sent pas gonfler ses chevilles. Sa postface est à gerber, comme le sont les goûts (mais chacun les siens, bœuf corse) de tous ceux qui lui ont attribué moult prix et distinctions. Quant à la préface qui compare ce fix-up bourré de répétitions à Chroniques martiennes, comment dire…

On a droit en rajouti à un autre astéroïde utopique : après les Kikuyus, les Masaïs. C’est encore plus gerbant dans l’éloge du capitalisme et du blanc qui sait tout.

Le Resnick puise son inspiration dans les safaris. Voilà qui peut expliquer pourquoi ce ne sera jamais mon copain.

C’est bien l’histoire d’un vieux con, écrit par un vieux con et lu par un vieux con. Chacun sa vieille connerie, quoi.

D&D n°684 – Insolite et humour noir.

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« Gog » de Giovanni Papini

Aujourd’hui, dans ce monde toujours plus glauque, où trouver un mince brin d’espoir est un travail à plein temps, la littérature dite d’imaginaire ne relate que des dystopies, des drames et des horreurs. C’est bien rare si on y trouve distanciation, second degré ou humour (sans parler d’originalité !). Et ce sur des centaines de pages, évidemment. Les auteurs sont pourtant, en général, de gentils timides aimables et souriants.

En 1932, Giovanni Papini, dont je vous ai parlé il y a longtemps (la faute à Borgès), raconta lui aussi sa haine de l’humanité. Ce « roman » est fait  de courts textes (six pages maximum) qu’il attribue à un richissime bonhomme. Ce Gog, sans morale, sans scrupule ni religion, s’ennuyait tellement qu’il était prêt à tout, et avait les moyens de le faire.

Chacune de ses expériences, ou de ses rencontres avec des hommes célèbres (Gandhi, Einstein, Freud, Edison, etc.) est l’occasion de faire montre de cynisme et d’un humour à la fois noir et glacial. Le moins qu’on puisse dire c’est que ça vous remue les méninges et dérange vos certitudes et a priori.

Cette édition, rare, est parue suite à l’obtention du Prix Nocturne en 2006. Elle est remarquablement illustrée de nombreux dessins de Rémi.

D&D n°683 – Alors, Nobel ou pas ?

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« 1Q84 », livre 3, de Haruki Murakami

Après mon énième échec à tenter de lire Priest, je reprends cet autre auteur adulé de tous, mais de moi aussi cette fois. Après les livres 1  et 2 , il m’aura fallu presque deux ans pour finir cet énorme roman.

Pourtant, comme les précédents tomes, les centaines de pages ont été lues en quelques jours. Parce que Murakami sait y faire. Il vous entraîne dans son monde parallèle avec une grande facilité.

Dans ce troisième volet, il ajoute un troisième narrateur, et c’est par lui que passe l’humour. Ce vilain bonhomme n’a pourtant rien pour plaire, physiquement comme moralement. Mais lui aussi, comme Tengo et Aomamé, voit deux lunes dans le ciel, lui aussi est en 1Q84.

Le dénouement arrive, accompagné d’événements inexpliqués et illogiques, comme le comportement des Précurseurs, la méchanceté du collecteur de la redevance de la NHK ou l’irruption des Little People.

C’est toujours très lent et souvent répétitif, mais poétique et subtil. Il y a même un peu de suspens, pour entretenir cette trop longue histoire où il ne se passe pas grand-chose mais qui finit bien, contrairement aux histoires d’amour en général.

Deux trous dans ma blogosphère.

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Je viens d’apprendre, à quelques jours d’intervalle, la mort de deux excellents blogs : Les Lectures de Cachou et Les bouquins de Fantasio. C’est bien dommage. J’imagine qu’on trouvera encore les longues chroniques argumentées écrites pendant sept ans par Cachou mais on ne peut déjà plus lire les critiques incisives de Fantasio.

Deux de mes favoris n’existent donc plus. Et ce n’étaient pas des biftons écrits à la diable ou à la va-comme-j’te-pousse vite-fait comme les miens. Non, y avait du sérieux, et une sacrée ouverture sur plein d’autres choses que la SFFF de pouêt ou l’imaginaire à la noix de coco.

Pour être honnête, je dois dire que Délices & Daubes, né en mars 2006, a bien failli s’interrompre lui aussi à plusieurs reprises, faute de lecteurs ou devant l’excès de détestations, mais il n’a fait que des pauses plus ou moins longues, et effectué deux déménagements. Atteindra-t-il l’âge canonique des dix balais ?

D&D n°682 – L’avenir fait mal.

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« Journal de nuit » de Jack Womack

Bon, les gens, que vous ne compreniez pas mon mauvais goût ne m’étonne qu’à moitié. Moi-même je me demande… Après un testament-journal que j’ai trouvé nul (d’être le seul dans ce cas ne me plait pas plus que ça, pour info), j’ai entrepris ce journal d’une autre gamine (« FolioSF ne laisse rien au hasard », dixit son dirlitt).

Celle-là a douze ans, moins que l’autre idiote. Mais ça n’a rien à voir, c’est prenant parce qu’intelligemment fait et que ça vous bouge le dedans. Et que la gamine a oublié d’être bête.

Par petites touches, sur même pas un an de vie, Lo (ou Lola la Dingue) raconte comment sa famille devient pauvre, comment elle comprend quelle est sa sexualité, pendant que le monde autour d’elle, New-York en l’occurrence, s’enfonce dans l’horreur, les émeutes et la répression aveugle. Et donc comment de gentille petite fille riche elle va tourner… à vous de lire.

D’habitude je n’apprécie pas trop les trucs glauques et tristes mais là je dois dire que j’ai été pris dans cette histoire d’une telle sincérité que cela m’a semblé possible, voire probable, et touchant, émouvant, quoi.

De la SF si on veut, de nos jours en tout cas, un peu exagéré ou prophétique, mais pas tellement.

Pour info, le titre original est : « Random Acts of Senseless Violence » et c’est paru en 1993, traduit pour Présence du Futur par Emmanuel Jouanne en 1995. Respect.

D&D n°681 – The truth is out there.

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« X files », saison 1 (1993-1994), série créée par Chris Carter

Il y a plus de vingt ans démarrait cette série complètement incontournable. Devant l’annonce d’une reprise en 2016, j’ai décidé de la revoir. Bonne idée !

Parce que, quand elle est sortie à la télé française, sur M6, la série était en vf, horriblement mal traduite et dans le plus complet désordre. Et pourtant, avec femme et fils, on a bien accroché et on se désolait des épisodes ratés (le VHS était capricieux dans sa programmation).

Dès la première saison tout est mis en place. Le fil rouge concerne la recherche de preuves de l’existence d’extraterrestres, la sœur de Mulder ayant été enlevée par eux devant ses yeux d’enfant. De nombreux autres épisodes concernent des phénomènes paranormaux, des crimes commis par des mutants ou la revisitation de mythes comme Big Foot ou la lycanthropie. Mais Mulder, pourtant brillant profiler, est surveillé par sa hiérarchie car ses agissements déplaisent au gouvernement. Parmi ces surveillants, l’homme à la cigarette…

Tout amateur de fantastique ou de SF, ou friand de phénomènes fortéens, a forcément déjà visionné cette série. Le truc malin c’est  la relation entre Mulder qui veut y croire (I want to believe) et Scully la médecin rationaliste qui campe sur ses positions a priori. Un peu comme la trop habituelle schizophrénie du lecteur ou de l’auteur de SFFF qui sera toujours le premier à considérer l’extraordinaire comme résolument impossible (plus matérialiste que lui tu meurs) et qui continue à lire ou écrire des histoires de fantômes ou de télépathes , voire de loup-garous ou de fées.

Revoir cette première saison, en vo et dans l’ordre, en images de qualité, est un plaisir que peu de séries récentes ont pu me procurer.

D&D n°680 – L’AVF, vous connaissez ?

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« Anomalie des zones profondes du cerveau » de Laure Limongi

Non, hein ? C’est l’Algie Vasculaire de la Face, la forme la plus douloureuse de la migraine (wikizifiez, bande de curieux). Et pourquoi donc vous en parle-je ? Parce que votre vieil Henri en a souffert de la trentaine à la soixantaine et que – chance sur lui – cette saloperie s’est arrêtée avec l’âge avancé qu’il a maintenant atteint. Laure, une jeunette même pas quadra, a la même maladie rare et en a fait un livre.

Moi qui ne lis que fort peu de blanche (et qui n’en ai jamais pris), j’ai été étonné et surpris, Sans doute parce que le sujet m’interpellait, j’ai lu ces 200 pages très aérées en quelques heures. Mon expérience est assez différente de la sienne (j’avais plusieurs périodes par an, mais pas tous les ans, à des moments différents de l’année, et j’ai béni l’arrivée des triptans qui ont réduit les crises (quatre à six par 24 heures, de jour et de nuit) de deux heures d’enfer à environ quinze minutes.

Elle a appelé son bouquin roman mais ce n’en est pas vraiment un. Plutôt quelque chose d’étrange qui mélange des bouts de vie avec des listes de trucs, des histoires de champignons (communs ou hallucinogènes), des remèdes, la difficulté qu’ont les autres à comprendre son état, des citations et même des bribes de connaissance sur l’origine de l’Homme.

Pour ce qui est des morceaux de biologie dedans (les champignons, l’évolution de l’Homme) je me suis dit que c’était une sorte de miroir inversé puisque je suis un scientifique de profession qui fait de la fiction en amateur. De plus c’est une femme jeune (moi un vieux schnock) et c’est la partie gauche de son visage qui explosait quand ma douleur démarrait derrière l’œil droit.