D&D n°577 – Le Dahomey, vous connaissez ?

 

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« Le royaume disparu » de Brigitte Aubert

Des fois, et même souvent, j’achète des bouquins au hasard, comme celui-là, espérant faire des découvertes. Et ben en v’là une, charmantes lectrices et estimés lecteurs.

Hasard relatif, car je pratique beaucoup cette collec’ Grands Détectives de 10/18 dont je vous ai causé à de multiples reprises (par exemple). Il y en a pour tous les goûts, du polar historique à l’ethnologique. Là c’est les deux en même temps. Ça se passe à la toute fin du XIXème siècle, au Dahomey, pas si longtemps après l’esclavage et au début de la colonisation. Alors je ne sais pas pour vous, mais moi, qui ai pourtant vécu mon enfance sur le continent noir, j’ignorais tout de cette Afrique-là, des rois du Dahomey (aujourd’hui Bénin), de leurs « Coutumes » sanglantes, de leur vaudou et de leurs récades.

On apprend plein de choses. Peut-être trop d’ailleurs, parce que tous les mots de cette langue ne restent pas en mémoire, ni le défilé des noms propres. Brigitte a fait une super documentation, avec les références à la fin, comme dans un article scientifique ou une thèse, et il arrive que ça lasse.

Mais ça ne dure pas, on suit avec plaisir les tribulations du héros un peu anar sur les bords, de sa ravissante et intelligente amie comédienne (qui fréquente Proust et Rostand) et de leur copain savant et médecin légiste. Un tueur en série décapite à tout va dans leur expédition et ça a commencé à Paris, il faut l’arrêter. Il y a pas mal de gens dans cette étrange troupe, du métis qui cherche ses origines au boxeur américain noir, de l’avocat originaire du Liberia au militaire un peu obtus, des Anglais commerçants (pilleurs) d’art nègre au Français colonialistes. Et beaucoup de locaux. On s’y perd parfois avec tous ces personnages mais il y a un (ou deux ?) assassin(s) parmi eux.

L’histoire ne manque pas de rebondissements et le coup de théâtre (ou de poésie) final est pour le moins inattendu.

Voilà qui change agréablement de mes lectures habituelles et qui fait du bien. Essayez donc.

D&D n°576 – Pauvre Docteur

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« Le Jour du Docteur » (2013), 50ème anniversaire de Doctor Who, par Steven Moffat

Annoncé à grands renforts de publicité mondiale, personne ne pouvait rater ça. En bonne Grenouille, j’ai regardé la soirée Doctor Who sur France 4.

Je ne fais pas exprès d’être en désaccord avec les aficionados et les fans de cette série mythique. Je continue à penser que Moffat sabote un héritage, consciemment ou non.

Cet épisode est du plus haut grotesque. Une des règles incontournables d’un voyageur du Temps est de ne jamais croiser sa propre ligne temporelle. On ne peut pas se rencontrer ni parler ou coexister avec un autre soi. Sauf pour Moffat. L’histoire du mariage avec Elizabeth I d’Angleterre se veut comique, elle ne l’a pas été pour moi.

Pour attraper le gogo, il fait revenir le 10ème Docteur, David Tennant, celui qui reste le préféré des whovians, pour lui faire tenir un rôle où il est aussi ridicule et grimaçant que Matt Smith. On rappelle aussi Rose la compagne préférée pour lui faire jouer l’interface du Moment, l’arme absolue. Vraiment ?

Le final est complètement absurde et apparaît comme un prétexte pour « rendre hommage » à tous les précédents docteurs en même temps !

Intelligemment, France 4 a fait suivre ce très mauvais épisode par le final de la saison 4  en deux parties.  Un épisode tout bonnement extraordinaire qui démontre que Russel T. Davies est beaucoup plus fort que Moffat, à tous les niveaux. La gravité et l’intelligence n’empêchent pas l’humour. Mais celui-ci est subtil, pas grossier.

Je me réjouis de voir partir le Matt au gros menton et à l’absence de classe. J’espère vivement qu’ils vont changer aussi de show runner. Que l’actuel aille s’occuper de sa ré écriture de Sherlock Holmes !

P.S. : Avec l’invention d’un nouveau docteur, the War Doctor, et l’arrivée annoncée de Capaldi en 12ème, il semble que l’on ait déjà épuisé le nombre de régénérations possibles pour un Seigneur du Temps. Mais Moffat n’est pas à une incohérence près…

D&D n°575 – Fortiche.

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« 7 secondes pour devenir un aigle » de Thomas Day

Ben oui, j’ai acheté un recueil de nouvelles, parce que j’apprécie l’auteur. Et j’ai bien fait. C’est drôlement bien écrit et on ne s’ennuie jamais. Dedans, il y avait pourtant deux textes que j’avais déjà lus.

On va ranger le bouquin dans la science-fiction, même si la première nouvelle, Mariposa, relève plutôt du fantastique et se passe entre 1941 et 1948. Un échange de courriers entre Japonais et l’interrogatoire d’un Américain nous racontent une histoire biologiquement impossible. Pour cette raison, ce n’est pas mon préféré.

7 secondes pour devenir un aigle pourrait se passer de nos jours. Rude, âpre et violent, ce texte est le testament d’un Sioux qui a choisi de combattre l’exploitation de sa Terre qu’on défigure. Terriblement actuel.

Éthologie du Tigre, je l’avais déjà lu. Toujours passionnant mais au dénouement incompréhensible, sauf si les fantômes ont des crocs et des griffes.

Shigata ga nai. Après Fukushima, des jeunes japonais jouent aux stalkers. Désespéré et trop éloigné de ma culture.

Tjukurpa. Les aborigènes de demain revivent leur passé dans une réalité virtuelle. Raconté par une jeune fille moche, pucelle un peu obsédée.

Lumière Noire, une version augmentée de la nouvelle parue dans Retour sur l’Horizon. Une IA prend le pouvoir et devient dieu. Texte ambitieux, trop technique pour moi par moments, mais qui reste un petit bijou. Là encore, oubliez votre biologie, mais c’est plus facile que pour le premier texte.

Ces nouvelles se déroulent en Océanie, en Asie ou en Amérique. L’auteur semble bien en connaître la géographie et la culture, voire la gastronomie. C’est dépaysant. Il y a toujours un peu de sexe, pas toujours très propre ni surtout utile au récit, mais c’est une façon comme une autre de décrire la psychologie des personnages.

En fin de volume, on trouve un texte de Yannick Rumpala, qui n’apprend pas grand-chose mais résume bien les problèmes du monde d’aujourd’hui et l’urgence de leur trouver une solution. Il montre comment les auteurs de SF d’hier et d’aujourd’hui, dont Thomas Day, y contribuent.

D&D n°574 – Décevant

 

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« Le don du loup » de Anne Rice

À sa sortie en France chez Pocket au début des 90’, j’avais dévoré les bouquins de cette dame, ses vampires et ses sorcières. Son succès mondial a ouvert la voie à toute cette littérature pour adulescents que Bragelonne a appelé « bit-lit » et qui inonde les rayons des librairies.

Par ailleurs, le thème du loup-garou a toujours titillé mon imagination, depuis mes premières lectures de fantastique. Je me devais donc de lire ce roman.

C’est un pavé de près de cinq cents pages. C’est donc lent, très lent. Pour faire passer, Anne soupoudre son histoire de petites références européennes, en littérature (Erckmann-Chatrian, Hugo) ou en musique (Eric Satie). On imagine que ça fait chic aux States.

Je n’ai pas relu Lestat ni  Entretiens avec un vampire, mais, dans mon souvenir, c’était mieux écrit (ou mieux traduit ?). Ici c’est lourdingue, heurté, et on passe sans transition des paysages aux pensées et aux dialogues.

Les explications fournies à la toute fin du volume, sur l’origine du phénomène, sont proches du ridicule. Je vous laisse découvrir ce gloubi-boulga de physiologie, génétique et anthropologie à la sauce Rice. Sans compter les références assez grotesques à la religion chrétienne.

Même si, comme moi, vous avez aimé Anne Rice, évitez-vous cette déception.

D&D n°573 – Trop britton pour Henri.

 

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« The Wrong Mans » (2013), série de la BBC créée, écrite et jouée par  James Corden et Mathew Baynton.

Faut bien prendre des risques quand on est sérievore ou sériemaniaque. Alors, je ne sais où, j’entends causer de ce truc d’humour anglais. Il s’agit d’une série de six épisodes de 30 minutes (les Brittons inventent leurs formats au fur et à mesure).

Dès le début, on comprend que ce truc veut être drôle. Voilà qui part d’une bonne intention, me direz-vous, mais, soit mon English n’est pas assez fluent, soit les références me passent au-dessus de la tête. Je n’ai jamais ri, même si souri par intermittence.

Une histoire de fous: un petit fonctionnaire, grand et maigre, assiste à un accident de la route et répond au téléphone portable trouvé sur place. S’ensuit un imbroglio invraisemblable (c’est-à-dire dont la cohérence logique est parfois absente) où, avec son pote, un peu gros et niais qui vit chez maman, ils vont combattre, pour résumer, des très méchants chinois et les services secrets. Ils s’en sortent par hasard et par la chance promise aux innocents.

On va dire : délassant mais parfois grave lourdingue et sans grand intérêt.

D&D n°572 – Le anti-héros selon Donald.

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« Surveille tes arrières ! » de Donald Westlake

Ah, les aminches, je passe une bonne période de lecture. Voilà qu’après un épisode de la vie de Belle Mèche que je ne connaissais pas, je dégotte une aventure de Dortmunder non encore lue. Le pied.

J’ai déjà bavassé longuement et à de multiples reprises sur ce génie de Westlake. Les courageux sauront appuyer sur le bouton « Recherche » des lieux ouébiques où je sévissais. Là, encore mieux, c’est un Dortmunder. Ce cambrioleur minutieux et extrêmement prudent va encore passer de peu à côté d’un coup formidable. Les deux fils d’une histoire éclatée vont se rejoindre à la fin dans un épilogue complètement imprévisible. Mais, avant, vous aurez rigolé plus d’une fois, aux dialogues, aux situations, aux descriptions des personnages.

Formidablement drôle, comme un Dortmunder. Ne ratez pas celui-là !