D&D n°694 – C’est moderne.

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« Sous la Colline » de David Calvo

Je vous ai déjà expliqué comment je me retrouve à lire des trucs que je n’aurai jamais achetés. Je ne pensais pas aller bien loin avec celui-là et pourtant, bizarrement, j’ai fini ce livre.

Pourquoi ? Le style, sans doute, ultramoderne selon mes critères : des bouts de phrase, de l’ellipse, du poétique, mais quand même compréhensible, qui raconte quelque chose. Une histoire tellement curieuse que je me suis dit que ce devait être de la blanche : une trans mal dans sa peau retourne sur les lieux d’une expérience traumatisante, l’unité d’habitation dite Le Corbu à Marseille.

Après, ça part dans tous les sens et à tous les étages. Dans tous les temps aussi avec la mythologie grecque et chrétienne, les Gorgones et Marie-Madeleine. Dire que c’est confus serait un euphémisme. C’est remarquablement embrouillé, à l’image de l’architecture du lieu. Et pourtant j’ai continué. Les personnages sont paumés et sympathiques, l’action quasiment absente sauf dans le dernier quart du bouquin.

La fin est aussi décevante que prévisible. Tout est dans le chemin.

D&D n°693 – Comme d’hab’.

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« Le peuple de l’ombre » de Tony Hillerman

Ô mes gentilles lectrices et braves lecteurs, il est certaines habitudes qui sont bonnes, comme de lire ses auteurs favoris. Il y a bien longtemps que je ne vous avais entretenus des flics navajos de Tony Hillerman. Ça remonte au temps où j’officiais en Yozonie (voir ici  ou).

Je croyais avoir tout lu, chez Rivages/Noir, mais un roman était paru ailleurs, chez Gallimard. Il ressort en Folio Policier, affublé d’un bandeau ridicule signalant un «polar culte» et précédé d’une préface pas forcément utile pour ceux qui sont familiers du grand Tony.

Il s’agit d’une enquête de Jim Chee, au début de sa carrière dans la police tribale. Convoqué par la femme d’un richard pour enquêter sur la disparition d’un coffret dans le bureau de son mari, il va patiemment et méthodiquement dérouler le fil d’une tragédie qui a eu lieu des années auparavant et résoudre une série de meurtres. Mais il va aussi mettre sa vie en danger, ainsi que celle d’une charmante jeune femme blanche qu’il vient de rencontrer et dont il tombe amoureux.

Chance sur vous si vous n’avez pas encore lu Tony Hillerman. Pour les autres c’est comme d’hab’ : du plaisir.

D&D n°692 – C’est frais.

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« Sale temps » de Lou Jan

Une nouvelle auteure chez Rivière Blanche ? Pour un premier roman plutôt réussi. Dans un style volontairement sec. Avec des bouts de phrases sans verbe. Et tout au présent.

C’est assez surprenant au début, en tout cas ça change des habitudes de lecture de votre vieil Henri au mauvais goût classique. On dirait bien que Philippe Ward a eu le nez creux, sur ce coup.

Dans un monde comme le nôtre, capitaliste et marchand, une executive woman bourrée d’ambition peut arrêter le temps et travailler plus. Malheureusement, cela ne l’empêche pas de vieillir et, plus grave, dans un monde parallèle, utopique et charmant, sa double tombe en catatonie. La seconde va débarquer chez la première pour tenter de résoudre le problème. Puis les choses empirent quand, dans le premier monde, tous acquièrent cette capacité, boostant l’économie alors que le monde idéal se meurt.

Avec une critique explicite de notre société et des passages humoristiques sur d’autres mondes, ce court roman se finit de manière un peu elliptique mais laisse le lecteur sur une sensation agréable.

D&D n°691 – De la Louisiane au Montana.

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« Swan Peak » de James Lee Burke

Les habitués connaissent mon admiration pour l’œuvre de Burke. Cette fois encore, j’ai baigné avec délectation dans son monde.

Dave Robicheux et son pote Clete Purcel sont en vacances dans le Montana. Mais bien sûr qu’elles ne seront pas tranquilles, malgré la splendeur de la nature qui les environne. Clete ne peut retenir ses pulsions ni Dave ses cauchemars.

Après une très longue exposition, l’action vient sur le tard dans le roman (trop bavard mais c’est comme ça la littérature aujourd’hui). Outre nos deux héros, on suit les pensées et agissements d’un métis d’indien doué pour la guitare, d’une ancienne chanteuse de country mariée à un horrible richard, d’un garde-chiourme qui était à Abou Graïm et d’une ex-junkie paumée aux seins tatoués, entre autres protagonistes. D’horribles meurtres ont été commis et les deux redresseurs de torts de Louisiane vont aider les policiers locaux et le FBI à résoudre cette énigme compliquée, même si leurs méthodes brutales et peu protocolaires seront peu appréciées.

Peut-être est-ce la lassitude (bien difficile de se renouveler après tant d’histoires), ou le changement de traducteur depuis quelques années (des phrases sans aucun sens en français, traduites mot à mot ?), mais le plaisir de lecture était moins intense. Mons intense mais toujours formidable quand même, hein.

D&D n°690 – La série au titre mensonger.

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« Mr. Robot », saison 1 (2015), série créée par Sam Esmail.

Eh ben non, cette histoire ne traite pas de transhumanisme ni n’est un remake amerloque de la série suédoise.

Pourtant c’est grave moderne dans le fond et dans la forme. Un petit génie va tenter de faire la révolution et de changer le monde en détruisant le système informatique mondial. Rien que ça. Pour les incultes innocents comme moi, il faudra renoncer à comprendre les méthodes et les termes employés. Mais ça va, on suit quand même.

La série repose sur une galerie de personnages très typés et aux caractéristiques bien tranchées dont le héros, un type vraiment bizarre avec une drôle de gueule et plein de serpents dans la tête. Ce qui ne l’empêche pas d’être sympa. Pas comme l’autre suédois, là, un tordu de chez antipathique.

La fin de la saison en surprendra plus d’un et moult questions resteront sans réponse.

Essayez-donc !