D&D n°654 – Chacun son mauvais goût !

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« Banshee », saison 3 (2015)

Reportez-vous donc aux biftons traitant des saisons 1 et 2. La 3 ne démérite pas et maintient le niveau. Les scénaristes sont des malins : ils ont baissé le curseur sexe et violence. Un peu. Il y a nettement moins de cul, même si les coups pleuvent comme les meurtres et le sang. Mais bon, c’est un western moderne…

Le héros pauvre faux sheriff vrai voleur va de nouveau en voir de toutes les couleurs. Il devra se venger d’un colosse amérindien complètement à l’Ouest (on sourit : humour) qui exagère vraiment dans la méchanceté.

Les autres aussi vont déguster, de son ex- toujours mère de sa fille ado rebelle, à ses rares potes ou à la jeune amish qui prend des initiatives fâcheuses quand son tonton truand (bidoche et drogue) fait une crise de conscience…

Sans vraiment comprendre pourquoi j’accroche à cette série – doit y avoir de la philo primaire, voire bourrin, derrière la vie en forme de tragédie grecque de ces amerloques – je ne peux que vous la conseiller.

La fin de saison est moche mais haletante, bien sûr, quand un des persos, parmi les plus sympas et les plus zarbis, se fait enlever. Le héros devra donc se bouger en quatrième saison…

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D&D n°653 – Le rompol aurignacien.

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« Les Souffles ne laissent pas de traces » de Timothée Rey

Timothée est un drôle de type, dans les deux sens : un rigolo et un zarbi. Je vous ai déjà causé, il y un moment, de son Dans la forêt des astres et mon pote Hervé de Caviardages et autres .

Ce livre est l’histoire d’un chamane d’il y a environ 35 000 ans qui résout l’énigme de plusieurs disparitions. Mais pas que. Rey construit son monde d’il y a longtemps avec minutie et drôlerie. Les blazes des intervenants sont, en général, source de rigolade (Choque-Nourrice, Ciboule Qui-Est-Ce, vous voyez le genre…) et le ton reste léger, un brin grognon, puisque c’est N’a-Qu’un-Œil , entre deux âges et souffrant du dos, qui raconte.

Entre les chapitres de cette (un peu trop) longue enquête, l’auteur s’essaye à plusieurs styles : des proverbes (comme les fameux africains), des concours d’insultes, des faux contes animaliers, de la poésie ou de la chansonnette. Il invente aussi des mesures du temps et imagine les noms donnés aux constellations par ces ancêtres. Les descriptions de paysage sont extrêmement travaillées, parfois dans le poétique imagé, parfois dans l’allitération comico-alambiquée.

Le narrateur reste dubitatif sur l’interprétation surnaturelle des événements, raillant les Ventards adorateurs des Souffles (ou vents), alors que, authentique chamane, il communique avec l’ »enversmonde » lors de ses transes.

Il y a plein de choses sympathiques dans ce bouquin, même si les descriptions détaillées des appareillages ou autres pièges ne m’ont pas parlé ni provoqué d’images dans ma tête. Chacun ses limites à la représentation.

Dans tous les cas, un bouquin profondément original et sympathique.

D&D n°652 – Fred, Robespierre et l’Islande.

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« Temps Glaciaires » de Fred Vargas

Bon, vous me connaissez, je suis fan de ce qu’écrit la dame. Voir sur mon ex-blog.

Le plaisir vous prend dès les premières pages, content qu’on soit de se retrouver en terrain connu. Pourtant, la faute à mes neurones fatigués ou perdus, j’ai bon souvenir d’Adamsberg, de Danglard au vin blanc, du gros chat et de la lieutenante costaude, mais des autres beaucoup moins.

Comme souvent – les gens veulent des livres longs, alors c’est presque obligé – y a comme un ennui qui s’installe vers les pages 200-250, le ventre mou du livre et de l’enquête. Tous les personnages se posent des questions, quand le lecteur attend autre chose.

Heureusement ça ne dure pas trop et on peut repartir pour un final aussi surprenant qu’attendu. Ben oui, le paradoxe ne me fait pas peur.

Les histoires de mémoire en forme de devoir ou de destin n’étant pas vraiment ma tasse de thé, ces héritages historico-génétiques m’ont peu convaincu. D’où le bémol du râleur.

Mais, même quand c’est moins bon, Vargas c’est vachement bien.

D&D n°651 – Les freaks de Bourland.

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« Hollywood Monsters » de Fabrice Bourland

Ce dernier opus des aventures de Singleton et Trelawney se passe à Los Angeles juste avant la Deuxième Guerre. Toujours plaisant à lire et rigoureusement documenté, l’auteur nous fait partager son amour du cinoche de ces années-là.

L’enquête part d’une rencontre de nos deux détectives avec un loup-garou, alors qu’à deux pas une femme est assassinée. Très vite Singleton, qui marche à l’intuition et se croit un peu medium (c’est le seul élément fantastique de cette histoire), ne croit pas l’homme-bête coupable. S’en suit un étrange défilé de personnages atteints de malformations variées, une femme à trois seins, d’autres avec une queue ou des pinces à la place des doigts, et des nains, bien sûr.

Tout en rendant hommage aux débuts des films parlants et à leurs réalisateurs et acteurs, Fabrice nous rappelle que l’eugénisme, l’élimination des non conformes, était institutionnelle aux States à l’époque. Et que les savants fous ont toujours existé.

P.S. : Pour les liens sur les autres aventures de ces détectives, voir un récent billet.

D&D n°650 – Le polar touristique.

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« Commissaire Brunetti », série allemande (2000-2013) d’après les romans de Donna Leon

Après Zen, je découvre un autre flic italien, vénitien aussi, filmé non plus par des Brittons mais par des Allemands. Nonobstant, comme c’est d’après les romans d’une Italienne, on y croit.

Le personnage principal est bien sûr un type charmant et malin mais c’est surtout du décor naturel dont on ne se lasse pas, les ruelles, les canaux et les palais de la Sérénissime. Il y a une atmosphère, sans doute un peu caricaturale, mais qui plait aux amoureux de Venise (dont je suis, comme vous le devinâtes).

Chaque enquête, un peu compliquée – ce sont des téléfilms d’une heure et demi – , est doublée d’une sous-histoire dans la famille du commissaire et de variations sur le côté ridicule de son chef ou d’un de ses collègues. On rentre vite dans l’ambiance, les personnages sont sympas et on retrouve avec plaisir les incontournables comme le conflit entre flics et carabiniers, entre Venise et le continent, entre riches nantis (forcément un peu maffieux) et petit peuple. Comme son épouse universitaire, le commissaire est un intellectuel (il lit des livres !) et se pose aussi des questions politiques et sociales.

Le tout reste léger mais prenant, parsemé d’humour et tout à fait agréable à suivre.

D&D n°649 – Un auteur subtil.

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« Lignes de vie » de Graham Joyce

Au temps (pas si) lointain où j’officiais en Yozonie, mon pote de toujours, Hervé Thiellement, qui m’y avait introduit, faisait des billets sur ses lectures. Comme on a presque les mêmes goûts, j’avais suivi ses avis et lu quelques bouquins de ce Graham : Les limites de l’enchantement , La fée des dents , Requiem  et
Mémoires d’un Maître faussaire (signé William Heaney, pseudo de Graham Joyce)

Un auteur dont a déjà lu quatre bouquins, logique de ne pas être surpris par son style et sa façon de raconter. Je me suis donc laissé entraîner facilement et avec plaisir dans ce long roman qui est, en fait, la chronique d’une famille anglaise modeste de Coventry, entre les bombardements de la seconde guerre et le début des années cinquante.

Les petites aventures quotidiennes, des unes surtout – Martha la matriarche a huit filles – et des uns aussi un peu, leurs hommes pour celles qui en ont et un drôle de petit bonhomme fils de la plus jeune, sont narrées avec une profonde humanité qui force l’empathie.

Alors non, il n’y a pas vraiment de tension dramatique ni de scénario compliqué avec des fils entremêlés, juste des bouts de vie. Ce Graham avait le don (il est mort à 60 balais en 2014) d’être profondément sensible à l’humain et à ce qui nous le rend sympathique. Et pourtant, Celui-qui-n’existe-pas sait que je ne pense pas comme lui.

Bref, lisez Graham.

P.S. : Non je n’ai pas perdu ma rouspétance constitutive, malgré tout. Il y a plusieurs bouts de phrase incompréhensibles et des mots tordus ou inadéquats, une ironie moyennement sympathique sur la vie en communauté gauchisante, et une étrange fascination pour la toilette des morts. Pour compenser les fantômes, peut-être ? Parce que, comme d’hab’ chez Joyce, c’est aussi un peu fantastique, mais léger, tout en subtilité.