D&D n°628 – Tilleux est un géant !

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« Aventures exotiques », tome 3 de l’intégrale de Maurice Tilleux.

Spirouiste de toujours, peu de dessinateurs sont à mon avis capables d’exprimer le mouvement comme Franquin ou Tilleux. Pour l’auteur de Gil Jourdan, c’est surtout les bagnoles, camions, motos, avions et autres engins. (Pour info inutilo: j‘ai dû recevoir une éducation « genrée » puisque je jouais aux petits soldats (de plastic plutôt que de plomb) et aux petites voitures. J’aime toujours les bagnoles, plus du tout les soldats.)

Dans ce volume il y a trois célèbres aventures en images et phylactères, L’enfer de Xique-xique, Le gant à trois doigts et Le Chinois à deux roues.
De toute façon, Tilleux dessine comme un génie qu’il est, vous installe des ambiances terribles sur plusieurs pages, hachées trempées de pluie, de nuit toute en bleu et violet, ou de désert jaune ardent qui donne soif.

Et surtout, surtout, il y a l’humour, des calembours de Libellule aux facéties de l’incorrigible inspecteur Annibal Crouton, de l’humour froid de Gil aux remarques acerbes de Queue-de-cerise, pas une page sans sourire ou rigoler. Ce qui n’empêche en rien la poursuite de l’enquête et la résolution de l’énigme en toute rigueur et vraisemblance.

J‘ai repris cet album au hasard dans ma bibal de campagne, mais tout Tilleux est bon. Vive lui !
Peut-être comprenez-vous mieux pourquoi je n’ai jamais pu me mettre aux mangas.

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D&D n°627 – Les fantômes de la haute.

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« Grain de grenade », deuxième volume de l’intégrale des histoires de fantômes d’Edith Wharton

Changer d’humeur, changer de pays, changer d’époque, changer de monde et aussi changer de milieu social, tant qu’à faire.

Ces six nouvelles se déroulent au début du XXe siècle, à New-York, en Nouvelle Angleterre ou en France, en général dans de superbes demeures pleines de domestiques pour les faire tourner, de ladies très dignes et de maris absents pour affaires.

L’écriture aide au dépaysement, précise jusqu’au méticuleux dans les mots, efficace et habile dans la construction.

De la belle ouvrage, mais qui sent un peu la violette passée et le thé Earl Gray. N’empêche que les deux cents pages s’avalent en un rien de temps.

D&D n°626 – Un zombie sympathique.

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« Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour » de S.G.Browne

La mode des zombies me fatigue et j’avais un a priori négatif en ouvrant ce bouquin. Pourtant je l’ai lu sans déplaisir. Parce qu’il y a de l’humour dedans ? Sans doute, bien que ce dernier ne fasse pas dans le subtil. Parce que le traitement est original ? Sans doute aussi.

On est bien obligé d’éprouver de l’empathie pour ce pauvre zombie rejeté de tous, y compris de sa famille, et qui finit par s’assumer et éprouver du plaisir à sa non-vie.

Un petit livre distrayant, léger et sans prétention. Il est pourtant dommage que ce genre littéraire entre horreur et humour ne soit pas apprécié des éditeurs francophones, on ne serait pas obligé de lire des traductions et de se cogner toutes ces références typiquement amerloques, l’auteur pratiquant assidument le name dropping de marques, d’émissions et d’animateurs télé de là-bas.

L’éditeur (Mirobole) a fait fort aussi dans le titre, l’original étant « Breathers, a zombie’s lament »…

D&D n°625 – Pour changer.

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« La soif primordiale » de Pablo De Santis

En Argentine, pour moi, il y a le football, le tango, les gauchos dans la pampa et la littérature fantastique. Je vous en ai touché deux mots à propos d’un autre argentin qui débarquait en Folio SF. Mais ce roman n’a rien à voir avec l’autre. Il est vraiment bien.

L’histoire se passe dans les années cinquante à Buenos Aires, un temps où internet et téléphones idiots n’existaient pas. Un réparateur de machines à écrire devient journaliste, puis agent de la police de l’occulte (ou équivalent) et va rencontrer les antiquaires, ces êtres qui semblent immortels. Il sera initié par un vieux libraire, tombera amoureux et je ne vous raconte pas la suite.

Il y a une ambiance très particulière qui change agréablement de notre ici et aujourd’hui d’occidental européen. Bien sûr je ne connais aucun des noms de rue ni la plupart des auteurs cités mais ça ne m’a pas dérangé pour entrer dans la vieille librairie au fond de la ruelle.

Très original quant au traitement du mythe du vampire, très loin de Dracula et de ses descendants qui envahissent les écrans, très dépaysant pour ceux qui n’ont pas vécu à Buenos Aires dans les cinquante, ce roman – peut-être un peu touffu voire brouillon par moments – vous changera vraiment et agréablement de vos habitudes.

P.S.: le titre original était « Les Antiquaires », parce que celui-là…

D&D n°624 – Pas vu le film éponyme.

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« Fargo » (2014), série créée par Noah Hawley d’après le film de Joel et Ethan Coen.

Vous commencez à me connaître (certain(e)s depuis 2006 !). Je ne ponds pas des analyses pointues des séries comme Pierre Cerisier,  ni n’en fais des exégèses gnostiques comme Pacôme Thiellement. Je me contente de regarder le truc, j’accroche ou pas et je vous donne mon ressenti.
D’ailleurs, si vous avez la curiosité de lire le blog de Cerisier, vous constaterez que je suis rarement de son avis autorisé. Ce qui ne surprend ni d’intéresse personne. Mais si vous cherchez de la matière et des commentaires de passionnés qui n’en finissent pas, zyva.

Bref, Fargo, c’est une histoire parfaitement rocambolesque et si peu crédible que les auteurs affirment que ce sont des faits réels qui sont racontés. Mon œil !
Un parfait raté miteux se trouve associé à un tueur froid dans l’assassinat de sa femme et du shérif qui passait au mauvais moment. S’en suit une série d’événements plus ou moins tragi-comiques, avec des flics nuls, sauf une, et un dénouement prévisible.

Il y a une ambiance et un ton un peu bizarres et décalés qui m’ont fait regarder sans déplaisir ce polar à l’américaine de province. Les acteurs sont bons, sauf Martin Freeman (le Docteur Watson de Sherlock et le Bilbon Saquet de The Hobbit joue Lester le raté) qui en fait des caisses et dont le surjeu est particulièrement horripilant.

D&D n°623 – Pas son meilleur.

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« Les derniers jours du Paradis » de Robert Charles Wilson

J’ai beaucoup lu ce monsieur, avec des plaisirs variables: Spin , Axis , A travers temps La cabane de l’aiguilleur , Julian , Mysterium , Vortex , si je n’en ai pas oubliés. Du très bon (quand il était petit et écrivait court) à moyen sauf Spin pour les derniers parus.

Les mêmes défauts de ses récents bouquins sont bien là (selon mes critères de vieux pénible, évidemment): trop lent, toujours pas moins de deux cent pages de psycho familiale avant que ça ne bouge et toujours la même histoire à la road movie un peu ratée sur les aventures. Mais suffisamment de professionnalisme pour que le lecteur ne décroche pas et souhaite connaître la fin.

Ça s’agite dans la deuxième partie et ça s’accélère dans la troisième avec de jolies surprises et des morts inattendues.

Il y a bien sûr un message, d’ordre philosophique ou métaphysique, que je vous laisse apprécier ou pas et dont je ne dirai rien pour ne pas gâcher votre plaisir.

Wilson, ce serait vraiment bien s’il écrivait moins long, mais ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent au XXIème siècle. Et c’est ce qui gêne mes entournures et autres articulations de pensée, ankylosées de rhumatismes du siècle précédent.