D&D n°659 – À l’Est, du nouveau.

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« Je suis la reine » d’Anna Starobinets

Folio SF est une drôle de collection où on peut lire de tout, et pas que de la SF. Une preuve de plus avec ces nouvelles venues de la Russie d’aujourd’hui. L’auteure n’a pas quarante ans mais ne fait pas son âge, si j’ose dire. Ses histoires sont intemporelles ou presque, auraient pu être racontées il y a cinquante ans. C’est donc de la littérature d’aujourd’hui mais pas moderne.

Des nouvelles prenantes, intéressantes, qu’on ne lâche pas en chemin. Avec un point de vue original, une approche nouvelle, une idée jamais encore exploitée. Alors bravo !

Du fantastique qui prend racine dans le quotidien, ni sordide ni riche, ordinaire. Mais parfois sale, voire dégueulasse. Et si de la saleté naissaient des choses, hein ?

Mise à part la dernière nouvelle, peu convaincante, j’ai été agréablement surpris par ce petit recueil et ne peux que le conseiller aux curieux.

D&D n°658 – Les trolls sont des méchants.

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« L’Epée brisée » de Poul Anderson

Ne pas mourir idiot ? Certes. Nonobstant, je ne serai jamais un érudit parce que ma mémoire est une passoire dont les trous s’agrandissent avec les ans (et l’Alzheimer sournois et rampant), mais je m’en fous. Grave. Or donc, voilà-t-il pas que, pris d’un soudain désir de combler l’abime de mon inculture, j’achète ce bouquin.

J’apprends que c’est un classique, qu’il est sorti la même année (1954) que La Communauté de l’anneau du JRR, et qu’il raconte comme l’autre des trucs avec des dieux, des elfes, des trolls, des changelins, et tout le reste des mythologies du Nord, du Danemark et des ìles anglosaxones. Bon.

La première chose notable est que Poul est beaucoup moins ennuyeux que Tolkien. Ce dernier, j’avais lu sa trilogie à sa sortie, au début des années septante, et mon souvenir est celui-là : très longuet et pénible pendant des pages et des pages avec quelques fulgurances et une belle histoire. Là, ce n’est pas plus drôle, mais c’est plus court. L’autre point commun concerne les – non ? si ! – poèmes qui interviennent à tout bout de champ et qui sont d’une telle nullité qu’ils peuvent provoquer le ricanement (chez certains mécréants à mauvais goût, bien sûr).

Perso, les mythes du Nord, les Vikings et Odin et sa bande, je n’y pige que pouic et m’en tamponne allègrement le coquillard ni plus ni moins qu’une autre religion. Alors je les écoute, ces braves auteurs de fantasy, et je leur fais crédit. Si on comprend bien, Poul et JRR sont d’accord, ces vieux dieux Odin, les Ases, les fhides et les ouatéveurs vont crever car Jésus arrive (au XIe siècle en Brittannie, le reste du monde n’est pas censé exister pour un anglosaxon, non mais, vous ne regardez jamais les séries télé ?).

Alors, avec les christos arrive la morale. Et les interdits. Bizarrement, l’inceste est le plus grave de tous, bien plus que le meurtre. Parce que les carnages, étripements, cervelles qui giclent et sang partout, Poul savait déjà faire. Et bien, avec abondance, sobre et concret. C’est dans les ambiances et paysages qu’il nous fait le poète (oui, en plus des trucs en italiques et pas en vers gaulois), et, comment dire ?, c’est certainement bien traduit.

Moins chiant que Tolkien, avec des elfes et des trolls en quantité (et pas trop sympas), ce genre de roman pourrait être adapté à la télé comme le GoT qu’adorent les foules hagardes et pas forcément plus culturées que votre serviteur.

Je n’ai pas compris ce que représentait la couv’. Quant aux illus intérieures, à part une épée en deux morceaux, elles sont complètement déconnectées du texte. Un genre Le Bélial’, sans doute.

La fantasy, quoi, à la base.

D&D n°657 – Effort est son prénom.

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« Endeavour », saisons 1 et 2 (2013-2014), série créée par Russel Lewis

Après la remarquable série Morse (1987-1993 ou 2000), d’après les romans de Colin Dexter (à lire en 10/18), et la non moins bonne série spin-off Lewis, cette nouvelle série concerne la jeunesse de Morse, série préquelle donc, quand il arrive dans la police d’Oxford comme DC, constable, agent, même pas DS.

Déjà passionné d’opéra et de mots croisés, et avec sa culture générale bien meilleure que la plupart de ses collègues, il a du mal à se faire accepter. Mais son chef Thursday le DI lui laisse conduire sa Jaguar et en fait son adjoint.

Dans une ambiance sombre et une excellente reconstitution des années 60, le jeune Endeavour Morse va démontrer ses qualités d’enquêteur et d’observateur mais se laissera emporter, comme des années plus tard, par ses intuitions et sensations qui pourraient s’avérer trompeuses et décevantes. L’acteur principal (Shaun Evans) est assez formidable, et les autres aussi.

Une excellente série britannique fort recommandable, qui se termine dans une situation dramatique (un cliffhanger de compétition ou de la mort qui tue). Heureusement que ITV a commandé une troisième saison, on peut trépigner tranquille.

D&D n°656 – La fantasy urbano-punk, venue du Ch’nord.

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« Punk’s not dead » de Anthelme Hauchecorne

Il faut continuer à apprendre et découvrir si on ne veut pas se faire rattraper par Alzheimer. Alors me voilà à lire des nouvelles de cet homme au patronyme prédestiné.

C’est étrange et original. Pour les treize nouvelles écrites à des années d’intervalle (comme dans tout recueil du genre), malgré des sujets variés, c’est toujours un peu la même ambiance et la même musique, des décors post-apocalyptiques à un Arras souterrain peuplé de méchants farfadets. Beaucoup de mots bizarres, rares ou venus d’ailleurs (nécessitant pas moins d’une centaine de renvois de bas de page !), et toujours une pointe d’humour. Cette dernière m’a permis d’aller jusqu’au bout des 460 et quelques pages.

Mais cet ouvrage est très bizarrement mis en scène. Je vous avais dit en d’autres occasions, par-ci  ou par-là , à quel point je trouvais dommage les mises en pages de Lokomodo and co. Là on va encore plus loin, à l’instigation de l’auteur si j’ai bien compris. Une typographie agressive, des titres énormes, des polices extravagantes. Bref, pas à mon goût. Pourtant et heureusement, les illustrations de Loïc Canavaggia sont de grande qualité.

On a aussi, après chaque nouvelle, une à deux pages d’explications par l’auteur des circonstances dans lesquelles elle a été écrite et publiée. Un peu comme Asimov, quoi, mais en plus modeste.

Le bonhomme a l’air fort sympathique, engagé dans des combats que je partage, et ne se fait aucune illusion sur le minisculocosme qu’il fréquente. La preuve : ses forcément maigres droits d’auteur sont reversés à l’association Sea Shepherd. Une raison de plus pour le lire.

D&D n°655 – En eau de boudin créole.

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« Death in paradise », saison 4 (2015)

Cette série policière, dont j’eus l’heur de vous entretenir précédemment, tenait son originalité de son cadre et de ses personnages.

Malheureusement, cette quatrième saison est décevante voire affligeante. Après avoir changé l’inspecteur anglais en saison 3, la fliquette s’en va à son tour, ainsi que le jeune poulet, remplacés par des personnages aux rôles identiques. Ne reste plus que le vieux flic dragueur et fêtard.

Pour faire drôle, imagine-t-on, les défauts des uns et des autres sont accentués et en deviennent ridicules. On ne sourit ni ne s’attendrit plus. Dommage.