D&D n°607 – Communiquons !

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« L’Opéra de Shaya » de Sylvie Lainé

Après Marouflages, pour son quatrième recueil de nouvelles, Sylvie Lainé reste fidèle à son éditeur. Et Actu SF reste fidèle à sa nouvelle politique éditoriale, avec interview de l’auteur à la fin du bouquin, conduite en l’occurrence par Jean-Marc Ligny, et préface de – devinez qui ? – Jean-Marc Ligny.

L’Opéra de Shaya est une novella, superbement écrite et construite, comme le reste d’ailleurs, mais qui m’a gêné aux entournures de la crédibilité avec cette biologie extra-terrestre impossible, tant au niveau moléculaire qu’évolutif. Nul doute qu’un non-biologiste ne le percevra pas et se laissera porter par les développements, atypiques et surprenants, de la découverte par une humaine de cette planète instable.

Grenade au bord du ciel est basée sur une idée étrange que je vous laisse découvrir. Petits arrangements intra-galactiques est un hommage à Robert Sheckley, rigolo et léger. Quant à Amour de Sable, l’exercice périlleux de la rencontre avec l’alien, racontée par ce dernier, est réussi, comme sa chute.

Sylvie Lainé écrit peu, pas très long, et très bien. Son style, ou sa patte, est toute en subtilité, en émotions, en sensations, sur le plaisir et la difficulté de communiquer avec l’autre. N’hésitez pas !

D&D n°606 – La mort, l’amour, la vie.

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« Le bel été » de Gudule

Vous connaissez mon admiration pour le talent de Gudule. Je n’avais lu que ses romans fantastiques, courts et féroces, drôles et horribles, qui vous claquent les neurones, comme La petite fille aux araignées , Mon âme est une porcherie , Petite chanson dans la pénombre , La Baby-Sitter , et d’autres, ou encore plus récemment Truc.

Mais cette dame a écrit bien d’autres choses, billettiste à Hara-Kiri, L’Echo des Savanes, Charlie, Fluide Glacial ou Pif dans les 70’ et 80’, elle publie également des choses pour les jeunes et les très jeunes (mais je suis vieux donc ne les ai pas lues) et aussi – on y arrive, ne perdez pas patience – une sorte d’autobiographie romancée pleine de scènes de sa vraie vie.

Ce très court bouquin de 65 pages raconte le dernier épisode en date. La même année dernière (2013), elle a perdu son compagnon, trouvé un autre amour et un gliome a poussé dans sa tête. De quoi en raconter ! Avec pudeur, tendresse, révolte, reconnaissance et humour. C’est beau.

Pour commander, tout est expliqué sur son blog.

D&D n°605 – Une revanche à tiroirs.

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« Revenge », saison 2 (2012-2013), série créée par Mike Kelley

Et c’est reparti pour les coups tordus et les mensonges dans les Hamptons. Cet été, qui suit celui de son mariage raté avec David, la revanche initiale d’Emily aka Amanda contre les Grayson prend une nouvelle dimension.

Eh non, bien sûr que Victoria n’est pas morte. Par contre Amanda aka Emily se retrouve enceinte et va épouser Jack. Il y a la mère de notre héroïne qui pointe son nez de psychopathe mal soignée. Et débarque en plus son ancien amant – d’où sort-il ?- de chez le Japonais secret. Le jeune Declan frère de Jack sort Charlotte fille de Victoria… et de papa chéri. C’est donc la demi-sœur d’Emily-Amanda.

Tout le monde trompe tout le monde et change d’alliés comme de chemise. Personne n’est vraiment sympathique, même pas Emily, obsédée par sa vengeance et oscillant entre David fils de Victoria, Jack de quand elle était petite et Aiden son ex du Japon. Mais Nolan le génie lui apportera toujours son aide. Ce personnage foncièrement gentil est l’exception qui confirme la règle.

Le scénario est éclaté en multiples sous-intrigues et on commence à voir les trous et les ficelles dont il est constitué. On continue à regarder parce qu’il y a, malgré tout, des twists improbables… et des mort(e)s inattendu(e)s.

Nonobstant, la lassitude commence à me gagner…

D&D n°604 – La Machine est une gentille.

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« Person of Interest », saison 3 (2013-2014), série créée par Jonathan Nolan et produite pas J. J. Abrams.

Après une première saison intéressante, et une deuxième plutôt réussie , la troisième saison en deux morceaux est plus hésitante. Outre les sauvetages à chaque épisode, le fil rouge commence par la traque, enfin réussie, des HR (les flics ripoux). Mais c’est un vrai drame puisque Carter la fliquette intègre, dont Reese le beau costaud est amoureux, se fait descendre. Du coup il quitte le groupe. Finch le génie boiteux a été rejoint par l’ex-méchante hypercanon Shaw. Quant à l’autre hyperméchante Samantha, elle devient Root, l’interface analogique de La Machine. Ben oui, et donc devient gentille ? Presque. Ils finissent, à eux trois plus Fusco le bon flic ex-ripoux, à faire revenir le mec en costard noir.

Alors un nouveau supergrand méchant débarque avec « Le Samaritain », une machine concurrente qui, elle, s’occupera des citoyens mal pensants. Le gouvernement et ses agences le soutiennent. En plus apparaît Vigilance, un mouvement « révolutionnaire » ou « terroriste » qui combat le flicage généralisé et les atteintes aux libertés fondamentales. La fin est assez ambiguë et n’augure rien de bon pour un futur dystopique à la Big Brother qui ressemble à notre monde comme deux gouttes de pluie acide.

Les acteurs sont formidables, les actrices sont belles et les scénarios de qualité variable. Le rythme est plutôt enlevé et on ne nage pas dans la mièvrerie et le sentimentalisme dégoulinant. On regardera donc la quatrième saison, programmée pour cet automne.

D&D n°603 – On ne rigole plus.

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« Dernière Semaine d’un Reptile » de Franck Ferric

Je vous ai déjà causé, en bien, des deux romans précédents de ce trentenaire. Dans des genres différents, La Loi du Désert  et Les Tengences Divines  m’ont paru originaux (c’est pas fréquent) et avec un esprit et une écriture qui se démarquent nettement de ce qu’on peut trouver dans cette SFFF boursouflée de faiseuses et de faiseurs pour qui le style abscons fait office de talent.

Cet ouvrage, un poche pas cher et écrit gros, ne change pas mon opinion sur le bonhomme. Pour relier entre elles huit nouvelles a priori sans rapport, Franck nous a concocté l’histoire de Julius, celui qui les écrit dans sa longue descente vers la déprime radicale. D’où le titre de ce bifton parce que, pour rigoler, va falloir changer de lecture.

Mais c’est bien, c’est court et ça claque.

Un auteur à suivre, programmé en Lunes d’Encre. Comme quoi il m’arrive de partager les goûts de Gilles Dumay, même sur les modernes francophones.

D&D n°602 – Coups tordus chez les richards.

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« Revenge », saison 1 (2011-2012), série créée par Mike Kelley

J’ai essayé cette série par défaut, avec un a priori plutôt négatif, car cette histoire se passe chez les très riches new-yorkais qui ont de splendides villas dans les Hamptons. Mais je me suis fait avoir et suis resté scotché à cette histoire de vengeance à la Monte-Cristo.
La fille d’un homme trahi par ses amis revient, longtemps après, là où elle vécut enfant et où s’est déroulée la machination. Son père a été accusé à tort de terrorisme et est mort en prison. Cette jeune femme résolue se fait passer pour une autre et entreprend une vengeance radicale contre cette famille d’hyper riches, malhonnêtes et menteurs.
Inutile d’en dire plus, les rebondissements s’enchaînent avec un rythme soutenu et on ne s’ennuie pas (ni on ne se perd, d’ailleurs, c’est à noter, malgré les flash-backs à plusieurs époques) avec cette succession de pièges, chausse-trappes et manipulations, saupoudrée d’amours contrariées et d’amitiés plus ou moins honnêtes.
Essayez donc !

D&D n°601- Au-delà des Colonnes d’Hercule.

 

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« Mystère en Atlantide » (Lasser, tome 3) de Sylvie Miller et Philippe Ward

Inutile de vous redire mes avis positifs sur les tomes 1 et 2 des aventures impossibles et uchroniques de Jean-Philippe Lasser, un privé franchouillard devenu détective des dieux en Egypte dans les années 30, adoubé par Isis elle-même.

Là, on change de pays, comme dans le tome 2, et on voyage en Méditerranée. Lasser travaille pour Zeus qui lui demande, tout simplement, de retrouver l’Atlantide et – devinez-quoi ?- il va effectivement y parvenir. Mais seulement après un très long voyage, aidé par ses amis et trompé par ses faux-amis, poursuivi par la colère de Poséidon qui le déteste, balloté au gré des vents contraires et des alliances de circonstance, guidé par sa bonne étoile et, malgré les coups reçus, toujours vaillant pour aller au bout de son enquête. Rebondissements, dépaysements, personnages aussi improbables que farfelus (certains ne sont là que pour participer), mais aussi -­ mais oui Ma Bonne Dame – ­ l’amour, avec un A grand comme ça, entre notre héros et Médée, une demi-déesse maudite mais d’une insoutenable beauté. Vous y rencontrerez, aussi et entre autres, le Nautilus du capitaine Nemo et un Kraken venu des légendes du Nord.

C’est de la littérature distrayante, plaisante, et fondamentalement optimiste. Les petits bémols de cohérence (toujours les mêmes, d’ailleurs, sur les langues et la communication : mais en quelle langue parlent-ils pour se comprendre avec tant de subtilité, tous ces gens différents ? Et pourquoi, tout d’un coup, ont-ils besoin d’un interprète ? Existe-t-il un vouvoiement en arabe égyptien, en crétois ou en grec ?) n’empêchent en rien le plaisir. Vivement le tome 4 !