D&D n°806 – C’est bel et bon

« Relever les déluges » de David Bosc

Déjà le titre ! Emprunté à Rimbaud, précise l’auteur. J’ai acheté ce bouquin très fin, dans tous les sens du terme, après avoir lu la note de Marianne Charybde. Merci.

Ces quatre textes, de la taille de nouvelles, racontent des destins d’hommes libres. Le premier est un empereur du XIIIe siècle, Frédéric petit-fils de Barberousse, plus méditerranéen que germanique. Comment, par insouciance, il perd une bataille et pourquoi il s’en moque, tout à ses plaisirs.

Mirabel est un ouvrier agricole du début du XVIIIe. Il veut changer de vie et découvre ou fait croire qu’il a découvert un trésor. Son escroquerie (?) durera le temps de vivre en nanti, brièvement mais intensément.

Le texte qui suit décrit la vie d’un petit artisan qui va participer à la guerre d’Espagne et, même s’il est de leur côté, les communistes ne sont pas des plus sympathiques.

La dernière histoire, ma préférée, se passe de nos jours. C’est le parcours d’un solitaire qui va croiser la route et adhérer aux actions d’un groupe d’anarchistes à Marseille, et y trouver l’amour.

Ces résumés ne peuvent rendre compte du plaisir de lire une langue magnifique, belle sans effets de style, au service d’histoires originales remarquablement racontées.

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D&D n°805 – Lire sans bien comprendre

« Toxoplasma » de David Calvo

Déjà je vous rassure, j’ai lu jusqu’au bout. C’est signe de qualité pour un lecteur comme moi qui n’hésite pas à laisser tomber quand ça coince trop. Mais je suis loin d’avoir tout suivi.

Une des deux héroïnes, Kim, est une informaticienne et s’exprime avec des termes que je ne comprends pas. Et ce n’est pas parce que sa copine non plus que c’est rassurant. Cette dernière, Nikki, a pour référence, qui l’aide à penser et à comprendre ce qui lui arrive, une vidéothèque de VHS trash, gore et porno. Là encore cette culture m’est parfaitement étrangère et le seul nom que j’ai reconnu est celui de Cronenberg. Il y a aussi des références aux jeux vidéo et je n’y ai jamais joué.

Sinon, le monde est en déliquescence, des conflits partout, et ce sont les méchants qui gagnent. L’île de Montréal où se déroule le récit est une exception qui s’est organisée en commune, libertaire et autogérée. Mais l’armée et les fédéraux ont bloqué les ponts et l’assaut est imminent. Nos deux copines vivent de drôles de trucs, Kim dans ses runs de hackeuse a le don de voir un autre monde au-delà des lignes de code et Nikki trouve des animaux dépecés, des dessins étranges et rêve d’une forêt.

Ce n’est pas racontable, ni le déroulé ni la fin, alors c’est votre choix de vous laisser entraîner dans cette quête bizarre, aux confins du réel et du virtuel, avec pas mal de fantastique dedans. Même si j’ai fini, je reste circonspect et j’ai eu bien du mal à suspendre mon incrédulité, trop vieux sans doute pour me projeter dans cette apocalypse.

D&D n°804 – Chez les Frisons

« Comme un rat mort » de J. van de Wetering

Dans les années huitante et nonante du XXe siècle, je prenais souvent le train et j’achetais des poches adaptés au voyage. Je dévorais les 10/18 « Grands Detectives » (Napoléon flic métis du bush australien ou frère Cadfael le bénédictin du Moyen-Âge, entre autres) et les Rivages/Noir : Tony Hillerman, Donald Westake, James Lee Burke, George Chesbro et… Janwillem van de Wetering.

Ses flics d’Amsterdam, de Gier, Gripjstra et le commissaire ont des façons très particulières de mener les enquêtes et c’est encore le cas dans ce roman qui se passe en Frise, une province des Pays-Bas très indépendante. Entre le comique de situation (ils se perdent tout le temps), les personnages impossibles dont des Chinois et une fliquette motarde libérée, les trois policiers philosophent sur tout et rien, de la condition des femmes à la beauté des paysages et de leur métier au concept de culpabilité. L’intrigue policière demeure quand même en fil rouge et réserve, comme il se doit, des surprises, en plus du rat.

Le plaisir de lecture est dans le climat très particulier, l’ambiance décalée qui se dégage des romans de van de Wetering, entre humour et zénitude.

D&D n°803 – Un post-apo romantique

« Un éclat de givre » d’Estelle Faye

Après l’Apocalypse, au XXIIIe siècle, Paris est toujours là. Mais il a bien changé. La Butte est envahie par une vigne mutante, au Luco pousse un gazon carnivore et, dans la piscine Molitor, s’ébattent des sirènes avec des gènes de piranha. Le Quartier Latin ressemble à ce qu’il était au Moyen-Âge. Quant à Notre-Dame, je vous laisse découvrir.

Et il y a les habitants, des modifiés chirurgicalement aux mutants psys. Chet est chanteuse de jazz la nuit mais le jour c’est un jeune homme qui sait se battre et remplir différentes missions dangereuses. Sa motivation pour parcourir les pires endroits de cette capitale déglinguée, c’est l’amour. Celui qu’il porte à ses amants, en particulier le dernier en date, et celui qui le ronge depuis l’enfance, pour son amie de toujours, mais qui n’est pas partagé.

Dans une course poursuite incessante où il risque sa vie à chaque chapitre, Il va nous faire connaître tous les endroits et tous les personnages de ce Paris-là, manipulé mais motivé par ses sentiments amoureux.

Original et plaisant, une découverte pour le Bademoude que ce roman d’une écrivaine talentueuse.

D&D n°802 – Magie hybride

« Satinka » de Sylvie Miller

En voilà un drôle de bouquin. En Californie, de nos jours, une jeune femme rêve de trains ! Ben oui. Elle serait une sorte de réincarnation physique d’une immigrante irlandaise du XIXe siècle. La première partie du livre, très documentée, nous raconte l’arrivée des visages pâles en Californie, pendant que les ouvriers amenés de Chine construisent la ligne de train qui reliera le Pacifique à l’Atlantique et que l’on massacre les peaux-rouges. C’est ce que vit dans ses visions la jeune femme.

Quand on avance dans cette histoire, enlevée et au style agréable, commencent à apparaître les magies. Car il y en a plusieurs : celle du Clan des Irlandais, celle des Chinois et celle des Amérindiens. La pauvre héroïne a bien du mal à s’y retrouver et à comprendre ce qui lui arrive. Le lecteur aussi parfois qui ne sait trop où il va avec tous ses pouvoirs fabuleux que la petite ne contrôle pas et qui la font voyager dans le temps.

Sans dévoiler la fin optimiste, on sera surpris de tous ces mélanges mais satisfait que, comme le veut la génétique, la vigueur hybride triomphe.

L’objet livre n’est pas à mon (mauvais) gout : relié épais et rouge et avec une couverture un peu « jeunesse » pas très adaptée.

Le site de la dame : https://miller.noirduo.com/

D&D n°801 – Pas mal

« La ménagerie de papier » de Ken Liu

Faut ben combler les trous béants de son inculture SF, hein. On cause beaucoup de l’arrivée des Chinois. Là c’est un mec qui a déboulé de Chine aux USA à dix ans et qui écrit en amerloque. Mais bon.

Les recueils de nouvelles, comme chacun sait, il y a toujours à boire et à manger, du gouleyant et du fadasse. Mis à part un texte qui se veut drôle sur Dieu demandant à un juif chinois de faire un golem, vraiment nul, et quelques trucs un peu prétentieux comme le livre chez diverses espèces, la plupart des textes sont corrects, lisibles, parfois intéressants et originaux.

J’ai été un peu surpris par les nombreuses références au Japon (!) et par un texte de pur polar (garanti sans fantastique) dans la Chine antique. La nouvelle sur les algorithmes de l’amour m’a bien plu mais le dernier sur la singularité ultime était vraiment too much.

Faites-vous votre idée.

D&D n°800 – Confus

« Les enfants de l’Histoire » de Kurt Steiner

Ce petit poche s’était glissé derrière une rangée de gros. Celui-là je ne l’avais jamais lu. Du Steiner, me dis-je, ce doit être bien. Ben pas vraiment.

Au XXIIIe siècle, la Terre, Vénus et Mars ne vivent que de commerce, d’achat et de vente de produits fabriqués dans les colonies lointaines par les enfants qui y sont expédiés à 16 ans. Seuls 1/10 restent sur les trois planètes. Alberg est chasseur de mutants, il gagne ainsi sa vie, mais les mutants veulent sa peau et envoient Iona pour le tuer après l’avoir séduit. Mais l’un et l’autre préfèrent baiser. Bon. Après, le roman est d’une totale confusion où s’affrontent les mutants, les enfants devenus sauvages et rebelles, les hommes naturels adeptes d’un mode de vie à l’ancienne et diverses armées privées ou officielles.

Le faux héros antipathique (tiens, un assassin, ça me rappelle quelque chose) entreprend de manipuler les chefs des factions et c’est l’apocalypse où tout le monde tue tout le monde sans trop savoir pourquoi. Heureusement que le bouquin est court, je ne l’aurais pas fini sinon.