D&D n°805 – Lire sans bien comprendre

« Toxoplasma » de David Calvo

Déjà je vous rassure, j’ai lu jusqu’au bout. C’est signe de qualité pour un lecteur comme moi qui n’hésite pas à laisser tomber quand ça coince trop. Mais je suis loin d’avoir tout suivi.

Une des deux héroïnes, Kim, est une informaticienne et s’exprime avec des termes que je ne comprends pas. Et ce n’est pas parce que sa copine non plus que c’est rassurant. Cette dernière, Nikki, a pour référence, qui l’aide à penser et à comprendre ce qui lui arrive, une vidéothèque de VHS trash, gore et porno. Là encore cette culture m’est parfaitement étrangère et le seul nom que j’ai reconnu est celui de Cronenberg. Il y a aussi des références aux jeux vidéo et je n’y ai jamais joué.

Sinon, le monde est en déliquescence, des conflits partout, et ce sont les méchants qui gagnent. L’île de Montréal où se déroule le récit est une exception qui s’est organisée en commune, libertaire et autogérée. Mais l’armée et les fédéraux ont bloqué les ponts et l’assaut est imminent. Nos deux copines vivent de drôles de trucs, Kim dans ses runs de hackeuse a le don de voir un autre monde au-delà des lignes de code et Nikki trouve des animaux dépecés, des dessins étranges et rêve d’une forêt.

Ce n’est pas racontable, ni le déroulé ni la fin, alors c’est votre choix de vous laisser entraîner dans cette quête bizarre, aux confins du réel et du virtuel, avec pas mal de fantastique dedans. Même si j’ai fini, je reste circonspect et j’ai eu bien du mal à suspendre mon incrédulité, trop vieux sans doute pour me projeter dans cette apocalypse.

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D&D n°802 – Magie hybride

« Satinka » de Sylvie Miller

En voilà un drôle de bouquin. En Californie, de nos jours, une jeune femme rêve de trains ! Ben oui. Elle serait une sorte de réincarnation physique d’une immigrante irlandaise du XIXe siècle. La première partie du livre, très documentée, nous raconte l’arrivée des visages pâles en Californie, pendant que les ouvriers amenés de Chine construisent la ligne de train qui reliera le Pacifique à l’Atlantique et que l’on massacre les peaux-rouges. C’est ce que vit dans ses visions la jeune femme.

Quand on avance dans cette histoire, enlevée et au style agréable, commencent à apparaître les magies. Car il y en a plusieurs : celle du Clan des Irlandais, celle des Chinois et celle des Amérindiens. La pauvre héroïne a bien du mal à s’y retrouver et à comprendre ce qui lui arrive. Le lecteur aussi parfois qui ne sait trop où il va avec tous ses pouvoirs fabuleux que la petite ne contrôle pas et qui la font voyager dans le temps.

Sans dévoiler la fin optimiste, on sera surpris de tous ces mélanges mais satisfait que, comme le veut la génétique, la vigueur hybride triomphe.

L’objet livre n’est pas à mon (mauvais) gout : relié épais et rouge et avec une couverture un peu « jeunesse » pas très adaptée.

Le site de la dame : https://miller.noirduo.com/

D&D n°799 – Aventures fantastiques

   

« Les habitants du mirage » de Abraham Merritt

Eh oui, encore un tirage aléatoire dans ma collec’ de reliés OPTA des années 70. Comme pour le Carsac, aucun souvenir, même pas une bribe. Pourtant c’est vraiment pas mal pour un truc sorti en 1932.

Un géant blond genre Viking part en expédition scientifique dans le désert de Gobi. Doué pour les langues, il est repéré par des Ouigours qui le prennent pour la réincarnation d’un de leurs anciens rois. Et, bizarrerie de la génétique ou autre explication de cet atavisme, il retrouve des souvenirs et des façons de penser de ce type de l’ancien temps. Dans une vallée secrète, les prêtres l’aident à redevenir celui qui invoque un très méchant dieu, en forme de kraken, et qui exige des sacrifices humains !

De retour dans son monde, il voyage avec un ami cherokee dans le grand Nord. Ils découvrent là encore toute une région, quasi tropicale, sous un mirage. Les habitants, des nains dorés (le Petit Peuple !) emmenés par une beauté brune, sont en conflit avec des Ayjirs, surtout des femmes rousses dont une belle sorcière mais aussi un autre grand costaud méchant et un prêtre sournois qui – vous l’aviez deviné – invoque ce dieu du Vide à tentacules en lui sacrifiant des jeunes filles. Devenant alternativement cet horrible ancêtre puissant ou le gentil grand blond, le narrateur vit des aventures impossibles et combat les unes ou les autres.

Le plus remarquable est la recherche d’explications rationnelles à base de mondes parallèles, et j’ai apprécié ce paragraphe, page 253 : « Et je me dis, alors, que la science et la religion sont vraiment proches parentes , ce qui explique en grande partie pourquoi elles se haïssent si fort, que les hommes de science et de religion sont parfaitement semblables dans leur dogmatisme, leur intolérance, et que chaque âpre bataille religieuse sur telle ou telle interprétation de foi ou de culte a son équivalence dans les batailles scientifiques sur un os ou un rocher. » Bon, après, il tempère et fait l’éloge de « Einstein qui a osé bousculer toutes les conceptions de l’espace et du temps… »

Encore un classique, dont HPL était fan (il me semble), mais qui mérite (hi hi !) lecture.

Les illustrations sont de Michel Desimon, qui fit aussi des couv’ du vieux Fiction et c’est vrai que les dames sont peu vêtues chez Abraham

D&D n°794 – Ma vieille mémoire est une menteuse.

« La porte condamnée » de Julio Cortázar

Ah, Cortázar ! Un de ces argentins qui m’a fait aimer la littérature sud-américaine, il y a plus d’un demi-siècle…Et je vous causais récemment de ma lecture aujourd’hui du fantastique de là-bas.
Eh ben mes neurones mémoriels yoyotent de plus en plus. Les quatre nouvelles ne ressemblent pas à mes souvenirs. Le premier texte est un conte pour enfants dont on voit venir de loin la chute qui n’a rien de fantastique. Le second, qui donne son titre au recueil, est bien peu original. Le troisième est le plus intéressant avec une espèce d’orgasme collectif suite à un concert. Quant au dernier texte, sa chute est d’une incroyable banalité.
Mais bon, Cortázar écrit formidablement et, à deux euros, on va pas rouspéter non plus, hein.
Remarque idiote : pourquoi un entrebâilleur pour illustrer une porte condamnée ?

D&D n°792 – De la littérature jeunesse

 

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« Alice automatique » de Jeff Noon

En1996,  Jeff Noon écrit un troisième tome aux aventures d’Alice de Lewis Carroll. Excusez-moi les connaisseurs, experts et érudits, mais je laisse tomber après 30 pages environ.

J’aime beaucoup Noon et je l’ai maintes fois bavassé dans mes biftons, mon pote Hervé aussi. Mais là, soyons clairs, il fait de la littérature jeunesse et, excusez-moi encore, je n’ai plus douze ans depuis trop longtemps.

Dans cette nouvelle trad’, sans doute les jeux de mots sont-ils bien rendus, mais ça reste des jeux de mots pour les nienfants, entraînant des dialogues lourdingues plutôt que drôles. Le non sense ausssi m’a paru artificiel et peu fin. Bref, j’ai pas aimé et c’est la première fois que ça m’arrive avec Jeff.

D&D n°788 – Interpellé

« La glace et le sel » de José Luis Zàrate

Je vais être honnête, comme d’hab’. J’ai laissé tomber deux fois ce bouquin pourtant très court. Pour des raisons que je vais tenter d’expliquer. C’est Sandrine, une collègue du temps jadis, qui vient d’en causer par là, qui m’a convaincu de le finir.

C’est le capitaine du « Demeter » qui raconte le transport de Dracula et de sa terre maudite de là-bas jusqu’en Angleterre. Une sorte de spin off littéraire vraiment spécial, d’un auteur mexicain !

L’écriture est d’une incroyable puissance lyrique et poétique, tout à fait formidable. Mais plus de la moitié du livre, là où j’ai abandonné deux fois, est d’un érotisme homosexuel torride. Alors oui, on est tous un peu les deux, homo et hétéro, tout ça etc., question de position du curseur, nia nia nia. Mais là, bon, je dois être trop hétéro pour suivre et adhérer au délire du capitaine qui ne fait que ça, rêver de baiser ses hommes d’équipage (il ne peut pas) ou carrément son bateau ! Parce qu’il a trop aimé un autre qui en est mort. Rêves érotiques appuyés et réalité se mélangent pendant toute la longue première partie.

J’ai donc écouté Sandrine et été au bout. Les deuxième et troisième parties sont complètement différentes, le lyrisme fait place à un journal des faits (disparition progressive des membres de l’équipage) puis à une analyse sensible d’une fin annoncée.

Alors à vous de voir, l’écriture est splendide et addictive, l’histoire est un bout méconnu du mythe fondateur de la bitlit eudmerde, le traitement est très original mais parfois difficile à adopter pour un vieux straight.

D&D n°787 – Voilà du nouveau

« Greenland » de Heinrich Steinfest

Du nouveau pour Henri, bien sûr, qui a acheté ce bouquin sur les conseils d’un libraire éclairé (il lui en a acheté d’autres mais qu’il n’a pas pu finir, comme biftonné précédemment). Précisons que, outre mon mauvais goût proverbial, je suis totalement inculte en littérature teutonne.

Ce livre est aux frontières des genres mais ressort plutôt du fantastique, qui se passerait dans un futur proche, c’est donc aussi de la SF. Un gamin de 10 ans voit soudain un store vert qui pend à sa fenêtre et qui est une porte vers un autre monde. Un monde hostile mais il a le courage de s’y rendre pour y sauver une petite fille.
Quarante ans après il est cosmonaute en route pour Mars et il retrouve le store vert dans son vaisseau spatial.

Je n’en dirai pas plus. Le texte change de couleur quand on change de monde (noir ici et vert là-bas) C’est plein de surprises et surtout c’est à la fois noir et léger, dramatique et humoristique. Je n’avais jamais rien lu de pareil et ne peux que vous le recommander chaudement.

La littérature avec de la légèreté dedans, c’est toujours mieux que sans, m’est avis.