D&D n°799 – Aventures fantastiques

   

« Les habitants du mirage » de Abraham Merritt

Eh oui, encore un tirage aléatoire dans ma collec’ de reliés OPTA des années 70. Comme pour le Carsac, aucun souvenir, même pas une bribe. Pourtant c’est vraiment pas mal pour un truc sorti en 1932.

Un géant blond genre Viking part en expédition scientifique dans le désert de Gobi. Doué pour les langues, il est repéré par des Ouigours qui le prennent pour la réincarnation d’un de leurs anciens rois. Et, bizarrerie de la génétique ou autre explication de cet atavisme, il retrouve des souvenirs et des façons de penser de ce type de l’ancien temps. Dans une vallée secrète, les prêtres l’aident à redevenir celui qui invoque un très méchant dieu, en forme de kraken, et qui exige des sacrifices humains !

De retour dans son monde, il voyage avec un ami cherokee dans le grand Nord. Ils découvrent là encore toute une région, quasi tropicale, sous un mirage. Les habitants, des nains dorés (le Petit Peuple !) emmenés par une beauté brune, sont en conflit avec des Ayjirs, surtout des femmes rousses dont une belle sorcière mais aussi un autre grand costaud méchant et un prêtre sournois qui – vous l’aviez deviné – invoque ce dieu du Vide à tentacules en lui sacrifiant des jeunes filles. Devenant alternativement cet horrible ancêtre puissant ou le gentil grand blond, le narrateur vit des aventures impossibles et combat les unes ou les autres.

Le plus remarquable est la recherche d’explications rationnelles à base de mondes parallèles, et j’ai apprécié ce paragraphe, page 253 : « Et je me dis, alors, que la science et la religion sont vraiment proches parentes , ce qui explique en grande partie pourquoi elles se haïssent si fort, que les hommes de science et de religion sont parfaitement semblables dans leur dogmatisme, leur intolérance, et que chaque âpre bataille religieuse sur telle ou telle interprétation de foi ou de culte a son équivalence dans les batailles scientifiques sur un os ou un rocher. » Bon, après, il tempère et fait l’éloge de « Einstein qui a osé bousculer toutes les conceptions de l’espace et du temps… »

Encore un classique, dont HPL était fan (il me semble), mais qui mérite (hi hi !) lecture.

Les illustrations sont de Michel Desimon, qui fit aussi des couv’ du vieux Fiction et c’est vrai que les dames sont peu vêtues chez Abraham

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D&D n°798 – Soucoupes volantes et petits hommes verts

« Ceux de Nulle Part » de Francis Carsac

Meuh non ! Les soucoupes sont des ksills, les vaisseaux des Hiss, des extra-terrestres au sang vert.

L’avantage d’être vieux c’est qu’on peut relire des trucs lus il y a longtemps sans s’en rappeler une ligne. Comme ce que j’achète m’ennuie, je prends un de mes vieux CLA au hasard. Celui-là (deux romans de Carsac) est préfacé par Jacques Bergier et illustré par ? Moebius ! Mais franchement on ne dirait pas, tellement cette première manière est loin de ce qu’on connaît du maestro.

Au milieu des fifties, la SF ne se la pétait pas et racontait des histoires pleines d’aventures, de danger et d’amour (interspécifique en l’occurrence). Bon, on ne va pas hurler au chef d’œuvre. C’est sympathique mais ça a vieilli. Même si Bergier s’extasie sur la justesse des hypothèses scientifiques de l’éminent préhistorien (dans la vraie vie) en matière d’astrophysique ( !), le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne comprend pas grand-chose à la biologie avec ses « protoplasmes » identiques entre créatures nées dans des galaxies différentes.

Sinon il y a aussi la religion, multiverselle en l’occurrence, où le Bien et le Mal deviennent Lumière et Ténèbres, les méchants éteignant les étoiles. Et les gentils les rallumant ! De ça j’aurais dû me souvenir !

Bon, faut avoir lu les classiques, hein !

D&D n°797 – Un vrai délice


« Philémon » par Fred

Des fois, je m’ennuie tellement à essayer de lire les romans qui paraissent en « imaginaire », auteurs français ou traductions, que je laisse carrément tomber cette activité (pourtant prenante pour un retraité !).

Du coup, je me suis refait ces derniers jours l’intégrale de Philémon (17 albums). Voilà comment prendre du plaisir, en s’en mettant plein les yeux, avec des dessins, de la couleur mais aussi du texte et des dialogues, drôle et surréaliste à la fois.

Ces aventures parfaitement impossibles sur les îles que constituent les lettres de l’Océan Atlantique sont totalement originales. Les situations invraisemblables vécues par Philémon et Monsieur Barthélémy, les personnages rencontrés, les animaux impossibles comme le fameux Manu Manu ou la lokoapattes et bien d’autres, tout cela relève de la poésie pure.

Mais Fred ne s’arrête pas là, son imagination lui donne des idées pour triturer aussi la bande dessinée elle-même, les cases deviennent folles, les pages s’enroulent, une nouvelle géométrie s’installe.

Fred fut un des fondateurs de Hara-Kiri et il a fait bien des choses C’est un des rares géants de la bédé en France, mais déjà rien que Philémon

D&D n°796 – Le filon s’épuise

« Tsunami mexicain » de Joe R. Lansdale

Encore un titre imbécile (Captain Outrageous en v.o. n’est pas plus compréhensible mais bon) !

Dans cet énième opus (des biftons sur les précédents par là) de leurs aventures, Hap l’hétéro blond fait le héros et sauve une jeune fille noire. Le père de la petite, très riche, lui file un paquet de fric qu’il décide de claquer en faisant une croisière avec son pote Leonard, l’homo noir.

Rien n’est crédible et ne le sera pendant toute cette histoire en deux parties grossièrement raboutées l’une à l’autre, ni le choix d’une croisière bas de gamme, ni les raisons de leur échouage dans un bled mexicain où s’agitent de super mafieux et une belle archéologue pas timide. Tout n’est que prétexte à bagarres, scènes de torture parfois bien gore, de baise, de questions existentielles que se pose Hope sur sa vie et ses amours. Le tout assaisonné d’humour macho bien gras façon second degré.

Alors ça se lit facilement et des fois on sourit quand c’est trop. Mais il n’y a plus rien de nouveau sous le soleil de Hap et Leonard. Dommage.

D&D n°795 -On the road

« Gringoland » de Julien Blanc-Gras

Il m’arrive, comme à vous, de lire des ressentis de lecture, des chroniques, des critiques ou autres recensions sur des bouquins. Il y a un dingue, Hugues de la librairie Charybde, qui lit et publie comme une mitraillette, qui aime plein de trucs différents, dont ce titre qui m’a interpellé. Bonne pioche.

Je ne savais pas – mais que sais-je ? – qu’il y avait encore des routards au XXIe siècle. Non seulement j’ignorais tout de ces « néo hippies » mais je n’imaginais pas à quel point ce qu’ils vivaient était semblable à ce que j’ai connu entre 1966 et 1971. Il y a une différence pourtant énorme, plus personne ne croit qu’un monde meilleur soit possible. Mais on peut y rechercher une solution individuelle, ce que choisit le narrateur (au prénom si zarbi qu’on ne le connaît qu’à vingt pages de la fin).

J’ai sauté avec enthousiasme dans ce roman-récit. Léger, drôle, percutant, iconoclaste. Le début vous accroche et vous ne décrochez plus. Je ne connais rien du Mexique, ni d’hier ni d’aujourd’hui, mais j’ai cru à tout ce qu’il me racontait, ses aventures, joies et aléas de routard, ses rencontres formidables ou décevantes, ses lubies, folies, retours de bâtons ou de bad trips. On s’y croit vraiment, ça sent le vécu.

Puis, vers le dernier quart du livre, il quitte le Mexique pour la Californie. L’ambiance change complètement. Il vit avec une féministe qui n’a pas froid au zizi ni ne s’encombre de morale ou d’éthique pour réussir dans la mode. Ils se retrouvent à quatre dans la limo de Sharon Stone et son mec. Là j’ai repris mon incrédulité et regretté cette fin tout en amertume et mélancolie.

Je ne dirai pas dommage parce que Valentin devait bien, un jour ou l’autre, réintégrer son monde de blanc occidental. Au contraire, je vous en recommande la lecture, ex-routard(e) ou pas.

D&D n°794 – Ma vieille mémoire est une menteuse.

« La porte condamnée » de Julio Cortázar

Ah, Cortázar ! Un de ces argentins qui m’a fait aimer la littérature sud-américaine, il y a plus d’un demi-siècle…Et je vous causais récemment de ma lecture aujourd’hui du fantastique de là-bas.
Eh ben mes neurones mémoriels yoyotent de plus en plus. Les quatre nouvelles ne ressemblent pas à mes souvenirs. Le premier texte est un conte pour enfants dont on voit venir de loin la chute qui n’a rien de fantastique. Le second, qui donne son titre au recueil, est bien peu original. Le troisième est le plus intéressant avec une espèce d’orgasme collectif suite à un concert. Quant au dernier texte, sa chute est d’une incroyable banalité.
Mais bon, Cortázar écrit formidablement et, à deux euros, on va pas rouspéter non plus, hein.
Remarque idiote : pourquoi un entrebâilleur pour illustrer une porte condamnée ?

D&D n°793 – Vive le capitalisme sauvage !

« La Hanse Galactique. T1. Le Prince-Marchand » de Poul Anderson

Je croyais les gens du Bélial’ comme tous ceux du minusculocosme, des politiquement corrects « de gauche » bien pensante. Eh ben non, ils adorent ce héros immonde de Poul Anderson et vont en publier des palanquées. Le type est non seulement laid et grossier, il est totalement dépourvu de morale et d’éthique et va provoquer des guerres et des milliers de morts pour sauver sa peau.

Inutile d’en dire plus, je n’aime pas du tout cet esprit. Ce n’est même pas drôle. J’avais déjà trouvé Flandry d’une grande médiocrité.

Mais qu’est-ce qui m’a pris d’acheter encore du Poul Anderson ?