D&D n°836 – Fajardie est grand

 

°Au-dessus de l’arc-en-ciel » de Frédéric H. Fajardie

J’ai très peu eu l’opportunité  de vous causer de cet écrivain d’exception. J’en avais parlé un an après sa mort, du bouquin sur la guerre d’Espagne Une charrette pleine d’étoiles et mon pote Hervé aussi, d’un roman de cape et d’épée, Le Conseil des Troubles . Bizarrement je n’avais pas eu l’occasion de parler de sa veine noire, la plus connue.

Avec Au-dessus de l’arc-en-ciel, on y est. La référence dans le titre est celle de la guerre du Vietnam d’où reviendront deux personnages. Drôle d’histoire de contrats, de mafieux, de flingues et d’explosifs, une guerre, entre une nombreuse bande de mafieux et deux types retranchés dans un bunker en Sologne.

Parce qu’ils ont une jeunesse en commun et qu’ils ont braqué l’or des militaires états-uniens à la libération, presque 40 ans plus tôt, le vieux type du bunker fait appel à trois amis qui vivent en Amérique pour le tirer de là. Viendront-ils alors qu’ils sont  aujourd’hui d’importants personnages publics ?

C’est court, ça défouraille grave, c’est plein de petites choses émouvantes dans les dialogues et c’est une réflexion sur l’amitié. Dommage qu’il y ait si peu de philosophie politique, que je goûte particulièrement chez cet auteur.

Merci Charybde 2

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D&D n°834 – Louis l’intrépide

« La danse des illusions » de Brigitte Aubert

Je vous passe les heures perdues à essayer d’accrocher à de la fantasy plan-plan la praline. C’est un auteur français, je garde ma bonne résolution de ne pas être méchant.

J’avais oublié, lors de mes achats compulsifs chez 10/18, cette deuxième aventure du journaliste parisien de la fin du XIXe. Je les aurai donc lu dans le désordre : Le royaume disparu , qui se passe  au Dahomey (quatrième ?), Le miroir des ombres  (premier), Le secret de l’abbaye   (troisième) et maintenant ce deuxième. Mais c’est pas grave.

On retrouve bien sûr nos héros habituels, le journaliste fonceur, sa belle cantatrice rousse,  son pote légiste et magicien et le militaire plein de muscles. Comme dans chaque épisode ils rencontrent les hommes célèbres de leur temps, qui font de la figuration, et d’autres personnages souvent hauts en couleurs mais pas toujours fiables.

Cette histoire commence à Paris par le meurtre d’enfants de la rue, déjà battus et exploités, mais qui deviennent les victimes de pervers sadiques. L’enquête se poursuivra et se terminera à Venise, après des péripéties innombrables. C’est très remuant et on n’a pas le temps de se reposer.

Mon souci avec Brigitte, c’est qu’elle fait des recherches et une bibliographie d’enfer, qu’elle nous régurgite en chiffres et en noms sur les îles et les canaux, entre autres. Il y a beaucoup, mais vraiment beaucoup, de digressions culturelles et historiques. Faut aimer, moi pas tellement. Même si on apprend plein de choses…

Sinon ça se lit à l’aise et avec plaisir.

D&D n°832 – Beau retour

« Diable Rouge* de Joe R. Lansdale

Je vous avais fait part de mon inquiétude concernant les aventures de Hap et Leonard vers le milieu de la série où ça ne tournait plus qu’autour de l’invraisemblance et du scato/gore bien coulant. Mais cet auteur a du comprendre son erreur et a retourné sa façon d’écrire, de raconter en y insufflant  plus de poésie que de bites/couilles et de philosophie que de chatte/nichons. Bravo.

Déjà Vanilla Ride m’avait heureusement surpris en remontant le niveau, ce Diable Rouge continue dans la même veine. Toujours agents opérationnels dans la boîte de privé de leur pote Marvin, ex-flic, on confie aux deux amis une affaire déjà un peu refroidie mais qui va s’avérer dangereuse au possible. Les pires de tueurs à gages sont impliqués et Hap et Leonard vont bientôt devenir leurs  cibles .

Je ne pitche pas plus, faites-moi confiance, c’est une excellente aventure de nos deux héros et non pas « le retour des tontons flingueurs dans un polar tout feu tout flamme » comme le dit  connement la quatrième de couv’ de Denoël…

D&D n°826 – Vienne, hiver 1902

« Du sang sur Vienne » de Frank Tallis

Oui, j’avais acheté aussi le tome 2 des Carnets de Max Lieberman et j’ai poursuivi ma lecture. Pas forcément une bonne idée, même si ni le style ni le format ne changent, les pâtisseries viennoises sont un rien lourdingues, à force. La description minutieuse des monuments et statues avec les noms de rues et de quartiers, même en Français ça me gonfle, alors…

Sinon, on change complètement d’enquête et les deux potes, le psy et le flic, recherchent un serial killer qui a des méthodes bien particulières. On fait encore appel aux théories fumeuses de papa Freud pour décrypter les mystères et on baigne dans des milieux variés notamment ultranationalistes bien racistes qui prônent la suprématie des races nordiques, cafés sordides à putes et à soldats, bas-fonds où se réfugient les ultra pauvres ou encore franc-maçonnerie. Là j’ai un peu zappé les rites, parfaitement inutiles à l’histoire mais que Frank, qui a bien fait sa doc (une page et demie de remerciements), tient absolument à nous expliquer en détail.

Mis à part ces défauts légers, Max le psy tombe amoureux et doit annuler ses fiancailles, ce qui le perturbe fort. Et, comme dans le premier opus, il se retrouve à la fin seul à seul avec l’assassin et est bien près de mourir (impossible, c’est le héros).

D&D n°825 – Sigmund et apfelstrudel

« La justice de l’inconscient » de Frank Thallis

Je comprends pourquoi ce bouquin de pur fantastique avec zombies et démons de F.R. Thallis  est paru en Grand Détectives. C’est parce que son auteur, un psychologue anglais renommé, signe Frank Thallis « Les carnets de Max Lieberman », des enquêtes d’un jeune psychiatre dans la Vienne du début du XXe siècle.

Ce jeune homme a pour meilleur ami un inspecteur de police qui fait appel à lui pour faire le profil de ses suspects. Adepte de Freud, un type jovial et sympathique ( !) qu’il va voir de temps en temps chez lui, le psy analyse lapsus et hésitations, fait parler les témoins en les allongeant sur un lit ou même en les hypnotisant  (ce qui ne plait pas à Sigmund) et analyse leurs rêves. Il soigne aussi à l’hôpital une jolie hystérique qui va les aider par son esprit scientifique.

L’affaire est compliquée : une jeune et belle voyante est retrouvée assassinée dans une pièce fermée de l’intérieur et par une balle en plein cœur que l’on ne retrouve pas. Tous ses clients sont suspects. C’est l’occasion de faire le tour de la société viennoise en 1900 : grands et petits bourgeois, commerçants, politiciens ou de mileux moins recommandables. Frank a fait un gros travail de documentation (il y a une page de remerciements) et on apprend beaucoup sur les cafés (bien sûr), les différentes recettes du breuvage qui y est servi et la variété des pâtisseries. On visite aussi une expo d’art moderne où expose Klimt et on y écoute et joue beaucoup de musique. Vienne, quoi.

Malgré l’abondance de détails qui allonge un peu le texte, l’histoire est enlevée et on ne s’ennuie pas. La lecture est facilitée par le découpage en courts chapitres. Dépaysant, délassant et original.

D&D n°824 – Le monde n’est pas assez moche

 

« Zulu » de Caryl Férey

Je me retrouve en Afrique du Sud, mais de nos jours. Rassurez-vous, le racisme est toujours là. Ça commence par le jeune zoulou Ali qui voit son frère brûler et son père être pendu par les Noirs à la botte des Blancs.

Suite au crime horrible d’une jeune Blanche, le chef de la criminelle de Cape Town prend en charge l’affaire. C’est ce même Ali devenu grand, beau et intelligent. Pendant toute la première partie on apprend à connaître Ali et ses deux adjoints, leurs forces et leurs faiblesses, leurs familles, leurs amours. Et à la fin de la première partie, on coupe les mains à la machette puis on égorge  le plus jeune des deux adjoints. Je me suis arrêté.

Ce polar a gagné plein de prix, les gens adorent lire des horreurs et les auteurs adorent les écrire. Je n’ai jamais supporté la violence gratuite, les supplices et autres viols (sans parler du gore) en littérature comme ailleurs. Ce n’est pas à l’aube de mes septante balais que je vais cesser ma bisounourserie. Cette complaisance des uns et des autres pour les horreurs, sous prétexte de les dénoncer ou d’en rigoler, m’écœure. Pour être tout à fait honnête, ça dépend aussi de l’auteur. Par exemple il se passe des choses horribles dans les romans de Burke mais je ne trouve pas ça gratuit, pas comme Caryl qui tue un de ses personnages sympathiques après nous avoir attendris avec sa femme cancéreuse et ses deux gosses.

On remarque que pour mieux vendre un livre déjà primé, on utilise le fait qu’on en a fait un film. Allez voir un film après avoir lu le livre, pourquoi pas ? Mais l’inverse…

D&D n°820 – Le scribe enquête

 

« La Cité de l’horizon » de Anton Gill

Au début des années huitante, 10/18 lancait sa collection Grands Détectives et, comme je prenais souvent le train, je dévorais les avemtures de Napoléon le flic australien, Frère Cadfaël du Moyen-Âge, et autres polars historiques et ethnologiques divers et variés. Bizarrement, je n’avais pas tenté le scribe du temps de Toutankhamon.

Ce Huy, pour avoir cru aux idées réformatrices et monothéistes d’Akhenaton (alors que ce malade fut une catastrophe pour son pays, mais c’est un autre débat) perd son boulot à la mort du pharaon et manque de finir en exil. Divorcé donc seul, et pauvre, il rencontre un vieil ami très riche qui lui confie une enquête. Il y aura autant de morts que dans une enquête de Barnaby (beaucoup) et il finira par découvrir la vérité, triste, et ça finira mal. Mais pas pour lui qui a rencontré une jeune femme sublime.

C’est pas mal, ça se lit vite mais l’auteur ne semble pas savoir à quoi servent les chapitres. Il coupe son récit n’importe où, comme il fait suivre un dialogue du présent d’un long flash-back dans le passé d’un des intervenants sans prévenir. C’est assez étrange à la lecture.