D&D n°592 – Nyarlathotep et le fils de l’Innommé.

 

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« Cosmos Factory » de Jacques Barbéri.

C’est le troisième bouquin de Barbéri que j’essaye, après Narcose  et L’Homme qui parlait aux araignées. C’est le premier qui me plait.

La première partie se lit toute seule. À l’embouchure de la Miskatonic, vers Arkham, Massachussetts, Helena la grand-mère est persuadée que sa fille Claire a enfanté un démon. Mais ce jeune homme Jack a tout d’un gentil quand lui et sa mère y retournent. Pourtant, il voit ou hallucine des choses, ce qui ne l’empêche pas de se lier avec des jeunes de son âge, et des êtres bizarres.

Dans la seconde partie les choses se précipitent, Jack découvre qui est son père, et surtout quel est son destin : ouvreur de portes entre les univers créés par des hommes devenus dieux. Dans le camp des gentils, comme son père, il va devoir se battre contre les méchants, dont Yog Sothoth et son rejeton Nyar, capable de devenir Cthulhu. Ce final est un pur délire, avec de belles mises en scène dans de beaux paysages, et la toute fin est, forcément, à ellipse.

N’ayant pas lu le premier tome de ce diptyque, je n’ai pas bien vu l’intérêt et le rôle des Mouches et des Araignées dans l’espace. Comme dans ce que j’ai lu avant, Barbéri écrit très bien et très imagé, mais reste obsédé par les mêmes choses : défonce, sexe, Alice et les arthropodes. Ne me demandez pas pourquoi ça passe mieux dans ce livre où il y rajoute les dieux et les Grands Anciens.

Le bouquin est dédié à Lovecraft et à Thérèse d’Avila. Et c’est logique. Si si !

D&D n°591- Fantasy urbaine au Canada.

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« Lost Girl », saison 1 (2010), série créée par Michelle A. Lovretta.

Je ne sais plus comment je suis tombé sur cette série a priori peu connue, mais je ne le regrette pas.

Le thème est bien dans l’air du temps de la bit-litt où, sous des apparences humaines, se cachent des faes de toutes sortes. Mais la créatrice évite les inévitables vampires et leurs amours adolescentes et nous propose comme héroïne Bo, une succube (qui se nourrit du chi des gens en leur faisant l’amour, ce qui peut tuer ses partenaires). Au début elle est solitaire et ne sait rien de la nature de ses pouvoirs. Elle recherche ses vrais parents.

Elle rencontre d’autres faes, dont un beau loup-garou, flic dans le civil, et se trouve une amie humaine un peu voleuse avec qui elle partage un endroit où vivre. Dotée d’une forte personnalité et très indépendante, la succube refuse de choisir entre les deux camps, les faes de l’Ombre et ceux de la Lumière. Pour gagner sa vie, Bo et sa copine deviennent détectives privées.

On se prend vite au jeu de ces sympathiques personnages et on regarde bien volontiers leurs aventures. C’est enlevé, drôle, avec du rythme, de l’action et de l’amour, forcément. C’est une série pour adultes, où le sexe est très présent – la faute à la nature de l’héroïne – mais jamais niaiseux (comme on dit au Canada) et sans tabou puisque les succubes sont bisexuelles.

Ce n’est ni intellectuel ni prétentieux, c’est un divertissement tout à fait agréable pour se laver la tête dans ce monde qui ne semble pas aller vers le mieux.

P.S. : Le régulier de Bo, le flic-garou, ressemble au regretté Roland C. Wagner, en plus costaud.

P.S.2 : La série ne tient pas la route, la deuxième saison part en eau de boudin et ça ne s’améliore pas ensuite, à mon mauvais goût.

D&D n°590 – La belle écriture.

 

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« La dernière lame », suivi de « Pollinisation » de Ayerdhal

Ce bouquin, reçu il y a une bonne petite lurette, réapparaît de sa cachette derrière une pile. Il s’agit de deux textes traitant de deux planètes, colonies de l’Homéocratie, une sorte d’ONU galactique instaurée par les humains.

La première novella raconte la mission d’un agent plénipotentiaire venu enquêter sur la mort d’un autre agent de ce gouvernement mondial. Ce type a un don bizarre qui lui permet d’aller dans les rêves des gens pour les influencer.

Ayerdhal est un peu bavard à mon goût. Chaque ligne de dialogue est précédée et suivie du pourquoi le personnage parle et de ce qu’il attend de son intervention. Mais comme l’écriture est élégante et légère, ça passe.

Cette histoire se termine comme attendu par la résolution de l’énigme, puis par un premier épilogue surprenant, et ensuite par un second encore plus étonnant, D’où la « troisième lame », imagine-je ? Le souci c’est qu’il faut avoir lu un roman précédent La Bohème et l’Ivraie pour comprendre la subtilité de cet ultime retournement. C’est ballot. J’ai lu plein de bouquins du monsieur dont Mytale et Le Chant du Drille qui appartiennent à ce même cycle, mais pas celui-là….

La deuxième novella, Pollinisation, est beaucoup plus à mon goût – forcément, une société anarchiste. Si l’étrangeté de cette planète ne nous est expliquée qu’à la toute fin, le spectacle est beau et les paysages aussi. L’histoire se termine encore avec un rebondissement : après l’explication de la particularité de cette société, nous avons alors une révélation sur la personnalité du personnage féminin. Là encore, pour bien apprécier, il faut avoir lu des romans précédents, mais on peut comprendre sans les avoir en mémoire.

Il vaut donc mieux avoir lu La Bohème et l’Ivraie avant d’acheter ce bouquin. N’empêche, Ayerdhal est un grand de la SF francophone, son écriture est belle et ses idées aussi.

D&D n°589 – And now, for something completely different.

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« Songes de Bretagne » de Rémi Mogenet

En un peu plus de cent pages et douze chapitres bien denses, ce « récit de voyage » nous entraîne dans les pensées étranges d’un auteur qui nous parle de la Bretagne et de ses mythes et légendes. Merlin et Brocéliande y tiennent une bonne place, évidemment, mais Mogenet en appelle aux saints catholiques de la région autant qu’à leurs prédécesseurs païens.

Le style est à l’ancienne, avec des « Or » en début de phrase et des « Voici ! » pour annoncer un événement. On y trouve aussi des poèmes et des développements  sur l’âme et les visions qu’ont certains (dont l’auteur) de portes vers les autres mondes, de fées, d’anges et de démons.

Voilà une lecture profondément atypique pour votre Bademoude qui a appris plein de choses sur ces drôles de saints de l’Ouest, même si certains noms ont résonné dans sa mémoire défaillante, comme Tolkien, Le Braz, Hugo ou Flaubert.

Cette démarche intellectuelle décalée est intéressante et intrigante, dans cette période où le conformisme matérialiste règne en maître. Voilà un livre comme on en lit peu, et un auteur qui pense vraiment différemment de la plupart de ses contemporains.

D&D n°588 – La série au drôle de titre vaut le détour.

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« Life », saison 2 et dernière (2008-2009), série créée par Rand Ravich

Après une saison 1 sympathique, j’ai visionné dans la foulée la deuxième et dernière. Franchement, c’est une excellente série, mélangeant habilement le procédural, une enquête bouclée par épisode, et le fil rouge ou intrigue de fond. Cette dernière est particulièrement compliquée et se dénoue d’une façon originale et inattendue.

Les acteurs sont excellents, les actrices jolies (la partenaire du flic roux comme celle qui la remplace en fin de saison 2), l’humour est omniprésent et les situations souvent cocasses. On apprend des choses sur Los Angeles (comme l’existence des « badge bunnies » pour filles à flics) et on ne s’ennuie pas une seconde sans qu’il y ait une overdose d’actions, bagarres et coups de feu. Tous les personnages ont une personnalité bien campée et les relations entre eux sont aussi intéressantes que crédibles.

Il y a même des petits bouts de philosophie dedans, et, si on n’évite pas les bons sentiments, ils ne sont pas dégoulinants. Au contraire, presque.

Faute de lecture intéressante, faites comme moi, évadez-vous avec des bonnes séries.

D&D n°587 – Une zénitude toute relative.

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« Life », saison 1 (2007-2008), série créée par Rand Ravich

En voilà une série peu connue, et c’est dommage. Faut dire qu’elle a un drôle de titre. C’est l’histoire d’un flic roux qui a fait douze ans de taule pour un crime qu’il n’avait pas commis. Bien que super riche –  sa charmante avocate lui ayant obtenu de confortables indemnités – il reprend son boulot de détective à la police de Los Angeles.

Tout en résolvant les affaires avec son flair et son sens de la psychologie, il poursuit son enquête sur ceux qui l’ont piégé et recherche les vrais assassins. Sa partenaire est belle et revêche, leurs rapports sont à la fois tendus et drôles. Il a un conseiller financier ancien taulard sympathique et rigolo. Ben oui, le plus d’une série, c’est de faire sa place à l’humour.

Bien joué, bien construit, délassant, et avec un flic qui en a bavé mais qui s’essaye au bouddhisme, c’est pour moi une sympathique découverte. J’embraye sur la saison 2 et dernière dans la continuité.