D&D n°765 – Long, lent et circonstanciel


« Akiloë ou le souffle de la forêt » de Philippe Curval
Par un étrange hasard, au moment où la Guyane s’embrasait et faisait sa grève générale, je commençais ce bouquin qui trainait depuis longtemps dans ma bibal de « à lire ».
Vu les circonstances, je me suis forcé à aller au bout. Parce que ce fut long. Pas difficile, le verbe est beau, fort et précis, mais ce n’est pas un thriller. On s’arrête facilement.
Le roman raconte la vie d’un Indien warana de l’Amazonie guyanaise, orphelin de père puis de mère en bas âge dans sa forêt, recueilli d’abord par une institurice et son mari gendarme du village « civilisé » voisin, puis par un physicien polonais, devenu restaurateur dans un trou non loin de Cayenne, qui adoptera cet adolescent. Quand ce père adoptif meurt à son tour, il entre à la Légion comme sportif et devient recordman du monde de saut à la perche. Il finira astronaute. Deux ou trois femmes feront son éducation sexuelle et amoureuse.
Ce n’est ni de la science-fiction ni du fantastique, c’est le parcours physique mais surtout intellectuel d’un sauvage amérindien, ses croyances, ses découvertes, ses évolutions intellectuelles, morales et émotionnelles. C’est original mais on se demande tout le temps comment l’auteur a pu se mettre à la place de son drôle de héros et nous inventer ses modes de pensée.
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D&D n°764 – Londres en couleurs

 

« Capital » (« Main basse sur Pepys Road ») (2015), minisérie de la BBC d’après le roman de John Lanchester

Le capital du titre se réfère à Londres, pas à Karl Marx. Les habitants d’une rue reçoivent des cartes postales avec dessus un étrange message inquiétant « We want what you have ». C’est l’occasion de portraits assez formidables et drôles des londoniens ordinaires : un banquier surfriqué, une vieille dame seule, un épicier pakistanais, une fille au pair hongroise, un ouvrier du bâtiment polonais, une contractuelle réfugiée clandestine du Zimbawé … Plus leurs familles, leurs gosses et leurs amis. Il y a aussi un flic chargé de l’enquête.

En quelques mois tout ce petit monde va être bouleversé et les choses finiront bien, mais pas pour tout le monde. C’est sympathique, remarquablement joué (pas comme dans les séries prétentiardes et nulles de France 2) et, cerise sur le cake, les flics n’ont pas le beau rôle.

Vu la date de la première courte saison, je crains qu’il n’y en ait pas de deuxième. Dommage.

D&D n°763 – La magie à vapeur subtile

 

« Le Paris des Merveilles. II. L’élixir d’oubli » de Pierre Pevel

Sans doute passe-je par une période de bonne humeur, histoire de contrarier mon pseudo, mais j’ai lu avec avidité et plaisir ce tome II, peu après le tome I.

Sur une autre trilogie de l’auteur, façon mousquetaires et dragons, j’avais calé au milieu de deuxième volet. Mais là, pas du tout, les aventures extraordinaires du mage Griffont et de la belle enchanteresse Isabel m’ont tenu en haleine, le sourire aux lèvres, tout du long.  Je ne comprends pas vraiment pourquoi mais le fait est. L’élégance des personnages, d’esprit comme de costumes, s’accorde parfaitement avec le style à l’ancienne mais pas trop qui sait rester léger et alerte.

On y rencontre,  steampunk oblige, des personnages célèbres comme Lupin et Lord Dunsany en ce début de XXe siècle, ou  Cartouche dans le long flashback au XVIIIe, et même Merlin ! Mais ils apparaissent presque naturellement dans l’histoire, sans aucune lourdeur.

Alors non, il n’y a pas plus de message philosophique ou moral dans cette trilogie que dans la précédente mais cette fois je n’en ai pas éprouvé le manque. La légèreté et l’élégance seraient-elles des remèdes à la mélancolie ?

D&D n°762 – Amoureux de sa bagnole

 

« Suréquipée » de Grégoire Courtois

Sur une idée déjà utilisée depuis longtemps, la voiture intelligente, Grégoire nous propose un roman court.

Plus proche de Kitt de K2000 que de Christine de Stephen King (trop méchante) ou de Choupette (ou Herbie) la Coccinelle VW (trop gentille), ce véhicule n’est pas une IA, bien que cela se passe au XXIIe siècle.

Non, c’est une invention de généticiens (les démiurges du futur, comme chacun sait), un être vivant qui a des yeux d’aigle le jour et de hibou la nuit, des vitres en cornée et des sièges en peau humaine. Alors forcément que son proprio va en tomber amoureux. Mais la bagnole n’est pas vraiment équipée pour le sexe. C’est ballot.

Heureusement c’est bref, 156 pages bien aérées (faire long avec UNE idée fatiguée, comment dire…), mais c’est moderne : tout au présent (dans un joyeux mélange chronologique). Et la fin est ouverte, ou elliptique, ou à deviner. Moderne, quoi.

Incidemment, on apprend page 55 que les arbres de sont pas considérés comme vivants parce qu’inertes. Ah bon ?

D&D n°761 – La réalité dépasse la fiction

 

« La vie secrète des arbres » de Peter Wohlleben

J’aurais pu cataloguer ce bouquin en fantastique mais c’eut été mensonger. Peter est un forestier teuton qui nous fait partager sa passion pour les arbres. Mais qu’est-ce qu’il nous fatigue avec de la vulgarisation scientifique, le Bademoude ? vous questionnerez-vous. Parce que ce n’est pas du tout vulgaire, déjà, et que même un biologiste de métier comme moi en ressort ébahi.

Les arbres communiquent, ça vous le saviez, mais en plus ils pratiquent l’entraide et la solidarité. Ils ont une foule de stratégies variées pour croître, se défendre des importuns (voisins ou parasites), et élever leurs enfants. Ils s’adaptent, évidemment, et contournent les obstacles. Ils possèdent également une mémoire des événements. De là à penser qu’ils ont un cerveau, il n’y a qu’un pas que Peter franchit allègrement. Il pratique l’anthropomorphisme à fond, et c’est novateur et intéressant.

Beaucoup d’auteurs de fantastique et de SF ont donné une âme ou une volonté consciente aux arbres et aux forêts. Peter leur démontre qu’ils n’avaient pas tort.

D&D n°760 – Une fin expéditive

 

« Grimm », saison 6 et finale (2017), série créée par  David Greenwalt et Jim Kouf

Après quatre saisons sympathiques, la cinquième  a commencé à me lasser. Je ne devais pas être le seul puisque les scénaristes ont pondu la saison finale, torchée en treize épisodes quand les cinq précédentes en comptaient vingt-deux.

Eh ben ils se sont bien trituré les méninges et ont pondu une fin tout à fait jouissive en recollant tous les morceaux depuis la première saison. Bel effort.

Sachant que c’est la fin, on s’angoisse vraiment quand un super méchant, du type Satan, ange déchu surpuissant avec un bâton, veut emmener la fille d’Adalind dans son monde parallèle derrière les miroirs pour en faire son épouse. La petite a de la ressource et tous nos héros vont la protéger. Mais ce type est vraiment invincible. Et le voilà qui tue tout le monde, y compris nos héros gentils ?

Drôle de final, non ?

D&D n°759 – Interview avant sa mort

 

« Dernière conversation avant les étoiles » de Philip K. Dick, édité par Gwen Lee et Doris Elaine Sauter et traduit par Hélène Collon

Mon fils est un grave fan du monsieur. Il a piqué dans ma bibliothèque tous les bouquins de Dick achetés dans les 60’ et 70’ avant de dévorer l’œuvre complète, y compris « L’Exégèse » en cours de publication. Et il m’a offert celui-là pour Noël. J’ai déjà eu l’occasion de biftonner sur cet auteur incontournable et adoré en France. Ma relecture relativement récente de Le Dieu venu du Centaure  dispose de liens permettant de récapituler mes ressentis sur son œuvre (pour résumer : ils sont variés).

Ces longs enregistrements sont bizarres comme l’interviewé, capable d’écrire un roman en dix jours, inspiré par des voix venues d’ailleurs, peut-être est-ce Dieu ou alors des aliens qui seraient nos dieux comme nous humains serions les leurs ?  On ne sait pas, lui non plus, ça dépend. Il a aussi pas mal d’humour sur le monde qui l’entoure (en 1982, hein), sur la vieillesse et sur les femmes. Il a aussi une assez haute estime de sa qualité d’écrivain, mais c’est justifié. Relativement plaisant à lire, parfois rigolo, parfois répétitif et ennuyeux.

Pour amateurs et admirateurs, et ils sont légion.