D&D n°553 – Du polar écolo-science-fictif.

 

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« La disparition soudaine des ouvrières » de Serge Quadruppani

Malgré le fort marquage à l’ultra-gauche de l’auteur, il s’agit d’abeilles et non de femmes du peuple.

Parmi ses multiples casquettes, Serge est le traducteur des enquêtes de Montalbano, de Andrea Camillieri. On retrouve, dans cette enquête de la commissaire Simona Tavianello (la cinquantaine épanouie), le même goût pour les paysages italiens et la nourriture italienne (pas la moléculaire, hein).

Cette histoire commence doucement mais prend vite un agréable rythme de croisière. Simona va devoir se débrouiller entre une justice aux ordres du pouvoir, des policiers dont certains sont honnêtes, des apiculteurs, des journalistes des deux bords et les projets fous d’une entreprise de semences.

Un polar tranquille, avec une ambiance italienne, de drôles de zigotos et une dimension un peu science-fictive (que deviennent les abeilles ?), voire un peu dingue sur la fin.

Une sympathique distraction écologiquement correcte.

D&D n°552 – Gaffe aux incohérences…

 

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« Continuum, saison 2 » (2013), série créée par Simon Barry

Presque enthousiaste après la première saison , j’ai regardé jusqu’au bout mais par devoir la suite de cette série canadienne, la énième à jouer avec les paradoxes temporels.

Vu tout ce qu’elle fait aujourd’hui, elle et tous les Liber8, il y a peu de chances que le futur d’où ils viennent n’ait pas été modifié. La quête de notre fliquette brune du futur (qui n’a plus qu’une expression : le front plissé) perd beaucoup de son sens. Et voilà que les scénaristes inspirés nous en rajoutent des couches. Il y a maintenant d’autres visiteurs du temps, ceux-là viendraient d’encore plus loin dans le futur. Et l’homme à la cigarette devenu grand chef du futur s’envoie des messages à lui-même jeune.

En fin de saison, on nage en pleine confusion. Peut-être une conception canadienne du cliffhanger ? En tout cas le charisme de la dame a disparu, comme l’intérêt qu’on peut avoir pour son histoire.

D&D n°551 – Bravo Madame, encore.

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« Truc » suivi de « Nous ne méritons pas les chiens » de Anne Duguël

Cette dame, encore appelée Gudule, est aujourd’hui l’un des grands écrivains fantastiques de langue française, voire le et la meilleure.

Auteur(e) de nombreux romans pour la jeunesse et pour adultes, elle préfère la forme du roman court, et elle y excelle. Je n’ai pas tout lu mais encore rien de mauvais (malgré la quantité) et j’ai toujours été emporté, envouté par ses histoires.

Dans un mélange, variable selon les romans, de fantastique, d’horreur, de sexe et d’humour, je reste à chaque fois scotché au récit. Le style idéal, simple ou poétique, violent ou rêveur, colle toujours parfaitement aux personnages, à ce qu’ils pensent et à ce qu’ils vivent.

Ces deux romans d’une centaine de pages sont à dévorer d’urgence. Derrière l’horreur ou le comique des situations, c’est la condition humaine qui se révèle, et même la condition animale dans le deuxième roman, aussi fort que le premier.

Avec toute mon admiration pour votre talent, Madame, je vous assure de mon total respect.

Et vous, picoreurs d’avis non autorisés, je vous adjure de lire ce livre (à commander chez l’éditeur Rivière Blanche). Non mais sans blague.

P.S. : D’autres romans en suivant ce lien

D&D n°550 – L’originale et la copie.

 

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« Ringer », saison unique (2011-2012), série créée par Eric C. Charmelo et Nicole Snyder

Tout le monde a vu ou connaît Buffy, idole des ados/adus de la fin des 90 au début des 2000’, série culte de Joss Whedon. L’actrice Sarah Michelle Gellar revient dans cette série qui ne durera qu’une saison.

Et c’est compréhensible. Pourtant, le pitch est séduisant : deux jumelles que tout oppose se retrouvent et l’une prend la place de l’autre qu’elle croit morte, reprenant la position sociale enviable (et mari et amant qui vont avec) de sa sœur. Mais tout a été arrangé, et sa sœur n’est pas morte. Tadam !

Après quelques situations intéressantes et des switch(e)s scénaristiques assez bien trouvés au début, tout tourne vite en rond. L’accent est mis sur le pathos, les larmes, l’amour filial, les relations parents-enfants, les trucs habituels sans intérêt ni nouveauté.

Bien sûr que les inconditionnels de Buffy seront heureux de retrouver leur actrice préférée jouant deux personnages qui n’ont de commun que le physique. Elle s’en sort plutôt bien (quoique pas au niveau d’Anna Torv dans Fringe, mais c’est juste un avis personnel).

Délassant, mais sans fond ni nouveauté.

D&D n°549 – L’esprit du Fleuve n’est pas mort, car il bande encore.

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« Iceflyer » de Christian Vilà

 Loin de moi l’idée de faire dans la vulgarité de mauvais aloi, mais ce bouquin de la fin des années nonante me fait penser à cette expression. D’autant qu’il y a pas mal de sexe dans ce court roman. Beaucoup de jeux aussi. L’auteur a l’air de bien connaître le milieu des parieurs, des canassons au poker ou aux billes.

 Mais c’est aussi de la SF de cette fin de XXème siècle, avec des individus génétiquement modifés (les « génétocs » sont tous toqués) ou « informatés », des avatars de l’intelligence artificielle qui ont bien du mal à exister en tant qu’individus. Quand les humains intègres développent des nouveaux pouvoirs inaccessibles aux machines, comme la télépathie. Le héros lui-même est un peu trafiqué, a des capacités hors-normes, bien pratiques aussi pour envoyer ces dames au septième ciel. Mais le vrai héros n’est pas celui qu’on croit. Il faut toujours se méfier des apparences.

 Le début m’a semblé laborieux, un peu fouillis, mais à partir du milieu ça dépote, et le rythme s’accélère jusqu’à une fin surprenante. De la bonne littérature de genre, ou de gare, sans aucune péjoration dans ces qualificatifs. En l’occurrence, on mélange les codes du polar et ceux du cyberpunk, avec un soupçon de gore et une pincée de sexe.

 Le genre de bouquins fait pour s’évader, se détendre, passer un moment dans un autre monde… qui ressemble quand même au nôtre.

D&D n°548 – L’atome, c’est mal.

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« Françatome » de Johan Heliot

J’ai toujours eu du mal à lire des uchronies, à quelques rares exceptions près dont Rêves de Gloire, le chef d’œuvre de Roland C. Wagner, et La Lune seule le sait, le premier roman de la trilogie de la Lune de Johan Heliot, justement.

Le truc qui consiste à ré écrire l’Histoire pour en faire une histoire, je n’arrive pas trop à m’y projeter et à y croire puisque, par construction, c’est un gros mensonge. Mais c’est la mode, la tendance en SF, alors que ce n’en est pas vraiment. Passons.

Là c’est une époque que j’ai vécue, les années 50 et suivantes, et dont je me souviens encore assez. N’étant pas historien ni expert en uchronie, je ne sais pas précisément quand a lieu la bifurcation dans ce bouquin (les 60′?). Le général de mes deux Gaulle (c’est comme ça qu’on l’appelait) devient dictateur militaire et réussit à faire passer la France devant les Amerloques et les Ruskofs dans la course à l’espace et aux armements, grâce à l’énergie atomique. D’où le titre du roman.

On suit les aventures, souvenirs et délires d’un photographe revenu en France puis dans l’Algérie de son enfance pour sauver le Monde à la demande de son père. Ce paternel est un brillant ingénieur qui a aidé un certain Maximilien (alias de von Braun) à développer une station orbitale, atomique bien sûr, qui risque aujourd’hui de retomber sur Terre avec toute sa radioactivité.

Les chapitres courts et le style clair permettent d’avancer dans cette histoire confuse qui finit en ellipse. Là encore, il est possible que je n’aie pas tout compris. Ni à l’irruption des « hommes bleus », ni à l’éventuel message sous-jacent ( la science n’a pas de morale et tue sans regret ?).