D&D n°642 – Y a des génies

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« J’ai vu passer le bobsleigh de nuit » de Gébé

Oui, le grand, l’immense Gébé d’Hara-Kiri, dans ce superbe album en beau et grand papier. Ça sent le cadeau de la Noyel, me direz-vous ? À juste titre.

N’empêche, quel plaisir que ces voyages dans une tête à nulle autre pareille. Je ne veux pas imaginer que vous ignorez ce génie, même si vous êtes jeune, ou alors très, et qu’il est grand temps de jeter un caillou dans le gouffre de votre inculture.

Gébé est fascinant, indubitablement, et il est inracontable, et il est unique. L’originalité totale. Vive lui !

D&D n°632 – Un chef d’œuvre absolu.

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« Le Voyageur du Mésozoïque » de André Franquin

Dans mon dernier bifton, j’ironisais sur la littérature ou les séries télé pour adulescents. Et pourtant, je voue une admiration sans borne à certains auteurs de bandes dessinées qui publiaient dans des journaux que j’achetais enfant, comme Franquin ou Tilleux. J’ai lu cette histoire à neuf-dix ans ! Et non, je n’y vois aucune contradiction. Aujourd’hui, plus proche du septua que du sexa, quand je relis pour la quatre-vingt-douzième fois (environ), cette aventure de Spirou et Fantasio, je continue à y découvrir des détails et la larme admirative (et nostalgique) me vient vite à l’œil.

C’est d’ailleurs plutôt une aventure du Comte de Champignac, et du marsupilami, que de nos deux héros, dont l’un passera toute l’histoire à être enrhumé. C’est de la science-fiction, oui, avec du réalisme scientifique dedans, oui, mais avec le bouchon poussé juste un peu trop loin, quand le dinosaure arbore des taches rouge et jaune ou que ce végétarien avale par distraction un savant atomiste des plus antipathiques (une première dans le genre, cette mort en direct).

Franquin est à cette époque, vu de ma fenêtre de non-spécialiste, au sommet de son art, de la qualité inimitable de son dessin à l’humour de ses textes. On peut y lire les plus beaux discours de Monsieur le Maire de Champignac, friand de formules sans queue ni tête. On peut y voir tout le mépris que portait l’auteur aux militaires et à leurs armes. On peut admirer chacune des pages dont aucune n’est banale. On peut lire et relire cette histoire sans jamais s’en lasser.

J’espère qu’on trouve cet album (sorti en 1960 ?) dans toutes les médiathèques et autres équivalents à disposition des gens de tous âges dans ce pays qui ne ressemble plus à grand-chose, mais aussi en Belgique d’où il vient et dans toutes les francophonies du monde.

D&D n°628 – Tilleux est un géant !

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« Aventures exotiques », tome 3 de l’intégrale de Maurice Tilleux.

Spirouiste de toujours, peu de dessinateurs sont à mon avis capables d’exprimer le mouvement comme Franquin ou Tilleux. Pour l’auteur de Gil Jourdan, c’est surtout les bagnoles, camions, motos, avions et autres engins. (Pour info inutilo: j‘ai dû recevoir une éducation « genrée » puisque je jouais aux petits soldats (de plastic plutôt que de plomb) et aux petites voitures. J’aime toujours les bagnoles, plus du tout les soldats.)

Dans ce volume il y a trois célèbres aventures en images et phylactères, L’enfer de Xique-xique, Le gant à trois doigts et Le Chinois à deux roues.
De toute façon, Tilleux dessine comme un génie qu’il est, vous installe des ambiances terribles sur plusieurs pages, hachées trempées de pluie, de nuit toute en bleu et violet, ou de désert jaune ardent qui donne soif.

Et surtout, surtout, il y a l’humour, des calembours de Libellule aux facéties de l’incorrigible inspecteur Annibal Crouton, de l’humour froid de Gil aux remarques acerbes de Queue-de-cerise, pas une page sans sourire ou rigoler. Ce qui n’empêche en rien la poursuite de l’enquête et la résolution de l’énigme en toute rigueur et vraisemblance.

J‘ai repris cet album au hasard dans ma bibal de campagne, mais tout Tilleux est bon. Vive lui !
Peut-être comprenez-vous mieux pourquoi je n’ai jamais pu me mettre aux mangas.